- Le trouble du jeu pathologique est associé à des perturbations dans les circuits cérébraux du contrôle de soi et de la récompense.
- L'étude met en évidence une hypersensibilité aux signaux du jeu.
- Ces découvertes ouvrent des pistes pour des traitements plus ciblés.
Une question de chimie cérébrale ? Une nouvelle étude finlandaise dévoile les mécanismes du cerveau à l'origine du trouble du jeu pathologique, une forte dépendance compulsive aux jeux d’argent et aux paris malgré des répercussions négatives (surendettement, souffrance psychique, répercussions professionnelles et familiales...). En France, 1,16 millions de joueurs sont considérés comme ayant une pratique problématique et 360.000 à risque excessif. Souvent stigmatisé, ce trouble du comportement pourrait enfin bénéficier, à la lumière de ces découvertes, de traitements plus ciblés.
Des anomalies dans les réseaux du système de récompense
Le trouble du jeu pathologique touche entre 1 et 2 % des adultes dans le monde. Il s'agit de la première addiction comportementale officiellement reconnue dans les manuels diagnostiques des troubles mentaux, à l'image des dépendances aux substances. Mais pourquoi certaines personnes ne parviennent-elles pas à résister à l'envie de jouer, même face à de graves conséquences ? C'est la question à laquelle a tenté de répondre Albert Bellmunt Gil, chercheur à l'Université de Turku (Finlande), dans sa thèse de doctorat.
En combinant plusieurs techniques d'imagerie cérébrale, il a mis en évidence des anomalies dans les réseaux neuronaux du contrôle de soi et du système de récompense. Plus exactement, les connexions entre le cortex préfrontal dorsolatéral et le noyau accumbens, un centre clé de la récompense, étaient affaiblies. "Cela pourrait rendre plus difficile d’arrêter de jouer lorsque l'envie surgit", explique l’expert dans un communiqué.
Un cerveau hypersensible aux signaux du jeu
Ce n’est pas tout : les participants atteints de trouble du jeu présentaient aussi une réaction accrue dans le striatum dorsal (une zone du cerveau qui régule motivation, impulsions et prise de décision) face à des stimuli liés au jeu – un schéma observé également chez les personnes souffrant d'addiction aux drogues. L'étude révèle également des anomalies structurelles dans les réseaux fronto-striataux (reliant le cortex frontal au striatum), ce qui pourrait traduire une vulnérabilité préexistante ou consécutive à une pratique excessive du jeu. Il apparaît enfin que ces perturbations neuronales sont liées à des systèmes neurochimiques clés comme la sérotonine et les opioïdes.
Vers des traitements plus ciblés ?
"Nos travaux montrent que le trouble du jeu est associé à des changements mesurables dans les zones cérébrales impliquées dans le contrôle, la récompense et les habitudes", résume Albert Bellmunt Gil.
Ces résultats ouvrent la voie à des approches thérapeutiques plus précises. La stimulation cérébrale non invasive, déjà utilisée pour d'autres pathologies (notamment neurodégénératives), pourrait en effet cibler spécifiquement les zones identifiées. Par ailleurs, les perturbations observées dans les systèmes neurochimiques pourraient bien inspirer de nouvelles pistes pharmacologiques. Mais des études cliniques plus poussées sont nécessaires pour tester toutes ces options.



