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Médicaments

Les antibiotiques sont inefficaces contre la plupart des infections des voies respiratoires inférieures

Par Mégane Fleury

Les médicaments antibiotiques ne permettent pas de réduire les symptômes en cas d’infection des voies respiratoires inférieures, comme la bronchite aigüe.  

Fahroni/istock
Les antibiotiques n'améliorent pas les symptômes en cas d'infection des voies respiratoires inférieures.
Il s'agit notamment des cas de bronchite ou d'exacerbations de maladies chroniques pulmonaires ou des bronches.
Généralement, les symptômes, dont la toux, s'améliorent spontanément en une quinzaine de jours.

Les antibiotiques, ce n’est pas automatique. Le slogan est apparu dans les années 2000 en France, pour réduire la consommation de ces médicaments en France. Plus de vingt ans plus tard, il est toujours pertinent. Une équipe de recherche de l’université de Georgetown, aux États-Unis, l’a démontré dans une étude parue dans le Journal of General Internal Medicine. Dans leurs travaux, ils notent que leur usage n’est pas pertinent en cas d’infection des voies respiratoires inférieures. 

Antibiotiques : qu’est-ce qu’une infection des voies respiratoires inférieures ? 

Le terme désigne les bronchites aiguës, les exacerbations aigües de bronchopneumopathie chronique obstructive ou de bronchectasie, une maladie chronique des bronches. "Les infections des voies respiratoires inférieures ont tendance à être plus dangereuses, puisqu’environ 3 à 5 % de ces patients souffrent ensuite de pneumonie, précise Dan Merenstein, professeur de médecine et auteur principal de l'étude, dans un communiquéMais tout le monde n’a pas facilement accès à une radiographie lors d’une première visite, ce qui peut expliquer pourquoi les cliniciens continuent d’administrer des antibiotiques sans aucune autre preuve d’infection bactérienne." Il observe aussi que les patients ont tendance à espérer recevoir des antibiotiques lorsqu’ils souffrent de toux. 

Les antibiotiques n'améliorent pas les symptômes en cas d'infection des voies respiratoires inférieures  

Pour mieux comprendre l’intérêt de ces traitements, les scientifiques américains ont analysé les données médicales de plus de 700 adultes. Tous se sont rendus aux urgences ou dans des structures de soins primaires à cause d’une toux et de symptômes semblables à ceux d’une infection des voies respiratoires inférieures. Pour déterminer s'il y avait une infection bactérienne ou virale, au-delà des symptômes auto-déclarés, les enquêteurs ont confirmé la présence d'agents pathogènes avec des tests de laboratoire avancés. Les patients ont ensuite continué à renseigner leurs éventuels symptômes pendant 28 jours. L’analyse montre que parmi les 29 % de personnes ayant reçu un antibiotique lors de leur première visite médicale, il n’y avait aucun effet sur la durée ou la gravité globale de la toux par rapport à celles qui n’avaient pas reçu d’antibiotique. Parmi ces personnes, certaines avaient des infections d’origine bactérienne. "Il est très important de noter que pour les personnes ayant une infection bactérienne confirmée, le délai jusqu’à la résolution de la maladie était le même pour ceux qui recevaient un antibiotique que pour ceux qui n’en recevaient pas – environ 17 jours", développent les auteurs. 

Quels sont les risques d’une utilisation inappropriée d’antibiotiques ?  

Ils rappellent que la surutilisation d'antibiotiques peut entraîner des étourdissements, des nausées, de la diarrhée et des éruptions cutanées. Le risque d’effets indésirables graves s’élève à environ 4 % : cela peut comprendre l'anaphylaxie, une réaction allergique grave et potentiellement mortelle ou le syndrome de Stevens-Johnson, une maladie rare et grave de la peau et des muqueuses. Mais la mauvaise utilisation des antibiotiques présente aussi des risques collectifs : elle engendre un risque d’antibiorésistance, soit "la capacité d'une bactérie à être insensible à un antibiotique", précise l’Assurance Maladie. Pour l’Organisation mondiale de la Santé, elle "constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement".