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Maladie d'Alzheimer

Questions sur le dépistage de la maladie d’Alzheimer

Par Dr Eric Du Perret

Dépister quand, où, comment, pourquoi? Les questions sont claires. Les réponses un peu moins... Ce qui justifie les craintes de centaines de milliers de malades potentiels.

IStock/wildpixel

Y’a-t-il un intérêt à dépister tôt ?

Dépister tôt pour traiter n’est pas encore une totale certitude pour les médecins. Il existe des médicaments qui étaient censés retarder l’entrée dans la maladie ; De combien de temps ce n’est pas net, mais c’est vrai que, les yeux dans les yeux, quand vous demandez aux plus farouches détracteurs parmi les médecins, s’ils prendraient ces thérapeutiques pour leur propre usage, ils répondent tous oui, parce qu’il n’existe pas d’autre traitement…  Pourtant depuis le mois de juin, la ministre de la Santé a décidé de ne plus rembourser ces médicaments. Sur avis des experts de l’HAS. En fait il semble que cette expertise soit violemment remise en cause par des experts incontestablement  reconnus de la maladie. Ces derniers réclame la suppression de cette mesure qui suscite une médecine à deux vitesses : ces médicaments ne sont pas interdits ; juste déremboursés. Ce qui signifie que les médecins peuvent continuer à les prescrire … et les malades à les payer !

En fait, ce dépistage précoce n’est pas qu’une question de traitement mais plutôt, tout simplement, un droit … Droit de savoir, droit de ne pas perdre de temps pour réaliser un dernier rêve, avoir une dernière conversation de fond, droit de transmettre.

Quelques mois de gagnés à cette période de la vie c’est l’éternité. Et puis il y a les erreurs de diagnostic !

Enfin la recherche a besoin de malades à un stade précoce pour tester de nouveaux médicaments dont on nous promet l’arrivée dans les 4 années à venir.

On peut se tromper sur le diagnostic de maladie d’Alzheimer ?

Une dépression nerveuse très grave et mal traitée peut entrainer une dégradation de la conscience qui y ressemble beaucoup… Et là on a un traitement très efficace. 

La lente descente de l’alcoolisme donne aussi des symptômes qui ressemblent.

Il y a aussi ce que l’on appelle les démences vasculaires. Le résultat est un peu le même mais la cause est différente. Dans la maladie d’Alzheimer, il y a des modifications du cerveau qui semple englué dans une espèce de colle dont on saura bien le débarrasser un jour. Pour tout ce qui est vasculaire, c’est la circulation sanguine qui ne fait pas totalement son boulot et cela n’évolue pas de la même façon.

Donc, dépister le plus tôt possible l’Alzheimer pour tenter de rendre cette descente vers l’oubli la plus digne possible. Or, il n’existe aucune prise de sang, pour affirmer ce terrible diagnostic ?

Il n'existe pas, actuellement, de test sanguin unique qui permet de déterminer si une personne est atteinte de la maladie d'Alzheimer. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les médecins même lorsqu’ils sont quasiment certains du diagnostic parlent de « maladie d'Alzheimer probable ».  Mais en fait lorsque l’on reprend des milliers de cas on s’aperçoit que ce diagnostic était exact, selon les études, dans 80 à 90 % des cas recensés.

Ces modifications de quelques détails de la vie quotidienne qui vont alerter l’entourage, il faut en penser quoi ?

 Que le médecin de famille qui pourra, alors, s’aider d’une consultation dans un centre spécialisé dans la mémoire, est capable de rassurer tous ceux qui – mal informés – s’inquiètent, à la cinquantaine, devant la perte d’un trousseau de clés ou l’oubli d’un rendez-vous. Il existe deux raisons bien distinctes d’expliquer ces actes involontaires. La plus logique est, incontestablement, le manque d’attention qui ne permet donc pas de se souvenir. Un petit effort de concentration permet facilement de reconstituer l’histoire. Dans la maladie d’Alzheimer, en revanche, il existe un mécanisme, aujourd’hui inconnu, qui empêche à la mémoire de s’imprimer sur notre disque dur qui pourtant fonctionne très bien.

Quels sont les symptômes à rechercher si l’entourage doute ?

La médecine si elle est incapable de quantifier la maladie, a établi, en suivant pendant douze ans 4000 personnes de plus de 65 ans en Gironde, quatre grands symptômes qui ne doivent pas être considérés comme anodins et que l’on retrouve dans les premiers mois de la maladie.

Premièrement, l’utilisation du téléphone. Les malades ne s’en servent plus de leur propre initiative, connaissent des problèmes pour chercher et composer les numéros inconnus.

Deuxièmement, l’utilisation des moyens de transport. Au début de la maladie, il peut exister des difficultés pour voyager seul et de façon indépendante par les transports en commun ou avec sa propre voiture, pour aller dans des endroits inconnus.

Troisième motif d’inquiétude, est l’incapacité à s’occuper de la prise des médicaments, de leur dosage et surtout des horaires.

Enfin, 4ème catégorie de signes, des problèmes de gestion du budget familial pour faire des chèques, payer des factures, planifier des dépenses sont le quatrième motif d’alerte.

 S’il existe une perturbation dans une de ces quatre activités de la vie courante, il y a suspicion de maladie d’Alzheimer ?

 Oui et il faut consulter rapidement.

 Ce n’est pas un diagnostic très compliqué à entendre la simplicité des ces questions…

 Détrompez vous ! Il faut parfois beaucoup de temps pour établir un diagnostic.  Même si ce n’est pas toujours simple d’obtenir un rendez-vous dans une bonne consultation de la mémoire !