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QUESTION D'ACTU

9 millions de Français concernés

Cholestérol: la guerre sur les statines va commencer

Largement prescrites en France et dans le monde pour combattre l'excès de cholestérol, les statines font l'objet de plusieurs critiques. La sortie d'un livre va réveiller la polémique.

Cholestérol: la guerre sur les statines va commencer MIKE DERER/AP/SIPA

  • Publié 10.02.2013 à 17h39
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Après le guide des médicaments inutiles et dangereux, après la remise en cause des pilules de nouvelles générations, le Pr Philippe Even poursuit sa croisade médiatique contre la pharmacopée française. Le 21 février, nous apprend le Journal du dimanche, le pneumologue sort un nouvel opus ciblé, cette fois, sur les statines. Prescrites en France à cinq millions de personnes, ces molécules servent à faire baisser le taux de cholestérol et à prévenir le risque cardiaque. L’hypercholestérolémie est un facteur de risque cardiovasculaire fréquent : plus de 9 millions de français sont concernés. Les statines font partie des médicaments les plus prescrits au monde.

L'histoire commence dans les années 80. La bataille entre les industriels du médicament pour trouver la parade fait rage . Tahor, Elisor, Zocor, Crestor déferlent sur le marché. De grandes études, comme l’étude 4S, confirment alors l’efficacité des ces molécules dans la bataille contre le mauvais cholestérol (LDL cholestérol).  Elles démontraient une réduction de la mortalité chez des patients victimes d’infarctus. Mais le champ des prescription s'élargit à la prévention primaire, c'est-à-dire, aux personnes qui présentent un risque faible.

En 2005, plusieurs voix s’élèvent contre le dogme du mauvais cholestérol. Parmi les accusateurs les plus virulents, le Dr Michel de Lorgeril qui n’hésite pas à dénoncer « la plus grande arnaque de  la médecine scientifique ». Les statines ne feraient pas baisser la mortalité, les études affirmant le contraire seraient biaisées et leurs auteurs, prisonniers des conflits d’intérêt.  De plus, les effets secondaires liés aux statines ne seraient pas négligeables. Enfin, la surprescription  des statines déjà dénoncée par l’assurance maladie.

C’est donc la thèse que devrait développer le Pr Even dans l’ouvrage à paraître. De leur côté, les cardiologues ne manqueront de réagir en demandant aux personnes déjà victimes de continuer à suivre leur traitement. Tous les ingrédients sont donc réunis pour un nouveau feuilleton à rebondissements. Avec au milieu des patients déboussolés une fois encore par cette polémique  autour du médicament.

Mais quelle est la position des agences sanitaires ? En 2010, la Haute Autorité de Santé publiait une nouvelle étude médico-économique centrée sur l’évaluation de l’efficacité et de l’efficience (rapport coût/efficacité) des statines. Ces travaux reposaient  sur l'analyse des données médicales et économiques disponibles ainsi que sur la réalisation d'études complémentaires. La Has jugeait les statines « efficaces avec une efficience inégale en fonction du profil des patients ».  Pour l’agence  sanitaire, « le traitement par statines diminue le risque de mortalité toutes causes d’environ 10% d’une part et le risque d’événements cardio-vasculaires de 15 à 23%, d’autre part. Plus le risque cardio-vasculaire initial des patients traités par statines est élevé, plus le nombre de décès évités sera important».

Mais l’Agence apporte plusieurs bémols à ces conclusions.

Avant la mise en place d’un traitement médicamenteux, « le respect de règles hygiéno-diététiques reste un des éléments clés de la prise en charge du patient hypercholestérolémique », rappelle à la Has.  Règles diététiques, arrêt du tabac,  limitation de la consommation d’alcool ou encore pratique d’une activité physique régulière doivent être conseillées par les médecins. « Cependant, ajoute l’Agence, si cela n’est pas suffisant, un traitement par statines peut être envisagé. »

Toutes les statines ne sont pas équivalentes.
Les statines permettant une plus forte réduction du niveau de LDL-c sont également les plus chères, note la Has.

Les effets indésirables
. En 2002, l’Agence du médicament (Ansm) rapportait que « la plupart sont légers et de courte durée. Il s'agit principalement de troubles digestifs, de maux de tête et d'éruptions cutanées. Une fatigue, des insomnies et des manifestations allergiques peuvent également être observées. Exceptionnellement, précisait l’Ansm,  les problèmes musculaires peuvent être graves ». Il se  traduisent par douleurs, « une sensibilité anormale et douloureuse des muscles à la palpation, une sensation de fatigue musculaire, des crampes musculaires. Ces symptômes peuvent avoir une intensité très variable et sont en général mineurs ».

L’intérêt des statines en prévention primaire
reste à évaluer plus précisément chez les sujets à faible risque cardiovasculaire estime la HAS. « Les différentes études publiées montrent l’intérêt d’un traitement par statines lorsque le risque cardiovasculaire est élevé. La plupart des recommandations internationales, y compris en France, se prononcent pour une évaluation du risque cardiovasculaire avant d’engager un traitement par statines en prévention primaire.

En 2011, déjà, la Haute autorité de santé anticipait sur la polémique qui allait naître autour des statines. « Peu de sujets en médecine sont autant documentés que les statines et l’athérosclérose vasculaire. Il est donc très surprenant de trouver tant de positions si opposées sur un sujet qui peut paraître si consensuel.

L’analyse présentée par la HAS peut, à notre avis, contribuer à apaiser le débat, concluaient les auteurs». Sur ce point, ils ont sans doute eu tort !.

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