Une personne sur six dans le monde aura des problèmes d’infertilité au cours de sa vie, estime l’Organisation Mondiale de la Santé. Pour mieux la comprendre, il faut d’abord l’identifier. C’est l’objet d’une étude de l’University of the Basque Country : ses auteurs ont développé une méthode pour repérer des biomarqueurs de l'infertilité masculine. Ses résultats ont été publiés dans la revue spécialisée Cells.
Infertilité masculine : pourquoi le spermogramme ne suffit pas ?
Actuellement, le spermogramme est le principal outil de mesure de la fertilité masculine. Il permet d’analyser différents paramètres : volume de l'échantillon, concentration en spermatozoïdes, mobilité, morphologie, etc. "Bien que cela soit intéressant, ce n'est pas suffisant, alerte Irune Calzado, chercheuse au sein du groupe Reproduction humaine de l’université. Le spermogramme manque de capacités diagnostiques et pronostiques. Obtenir des valeurs normales ne signifie pas nécessairement qu'une personne est fertile."
Décrypter le métabolisme des spermatozoïdes pour comprendre l'infertilité
La scientifique et ses collègues ont décidé de s’intéresser aux molécules impliquées dans le métabolisme des spermatozoïdes, en analysant les métabolites. Cela peut être des acides aminés, des protéines ou des acides nucléiques, liés aux réactions métaboliques de l’organisme. "Par exemple, l'analyse des métabolites permet de déterminer si une voie métabolique est altérée dans le cadre d'une maladie", précise la chercheuse. L’utilisation de cette technique sur les spermatozoïdes était un défi technique. "En raison de leur robustesse, les spermatozoïdes sont très difficiles à rompre, explique-t-elle. Nous avons donc dû optimiser une technique d'ultrasons à haute fréquence pour garantir une désagrégation efficace des spermatozoïdes et permettre l'extraction de tous les métabolites qu'ils contiennent."
Infertilité masculine : mieux la comprendre pour mieux la prendre en charge
Cela a permis aux scientifiques de repérer des biomarqueurs potentiels présents dans les spermatozoïdes : au total, ils ont recensé 955 métabolites et 473 lipides. "Nous devons déterminer quelles altérations affectent les patients infertiles, prévient la chercheuse. Par exemple, il est probable que, pour certaines affections, certains lipides ou protéines soient absents, ou présents en quantités plus ou moins importantes, et ainsi de suite. Tout cela reste à explorer." À long terme, elle espère pouvoir établir des liens entre les métabolites et différentes pathologies liées à la fertilité, pour permettre de mieux la détecter. "Cela ouvre la voie à un meilleur diagnostic et à une meilleure prise en charge de ces patients", conclut-elle.


