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Alimentation bio: est-ce que cela réduit vraiment le risque de cancers?

Une large étude française de suivi de cohorte énonce que les plus gros consommateurs d’une alimentation issue de l’agriculture biologique auraient un risque de cancer réduit de 25% par rapport à ceux qui en consomment le moins. Une indication plus qu'une véritable certitude. Comme pour les crèmes glacées. Explications.

Alimentation bio: est-ce que cela réduit vraiment le risque de cancers? pawel_p / istock

  • Publié 28.10.2018 à 08h40
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Consommer des produits "bio" réduirait les risques de développer un cancer, selon une large étude française parue dans le JAMA Internal Medicine, inédite de par le nombre de personnes suivies et sa durée. Cette étude est en effet issue de l'analyse de la cohorte NutriNet-Santé qui est une cohorte nationale dédiée à l'analyse du rôle de l'alimentation sur la santé.

Les auteurs posent d'emblée le débat autour de la question qu'ils se sont posée : "Bien que les aliments biologiques soient moins susceptibles de contenir des résidus de pesticides que les aliments conventionnels, peu d'études ont analysé le lien entre la consommation d'aliments biologiques et le risque de cancer".

Près de 70 000 participants

Une très large cohorte nationale de Français, 68 946 adultes, a participé à l'étude entre le 10 mai 2009 et le 30 novembre 2016. L’évaluation de la consommation de produits biologiques s’est basée sur les données de consommation de 16 aliments, mais il ne s’agit pas d’une évaluation au gramme près de ce que ces personnes pouvaient manger tous les jours. Les participants ont été répartis en 4 groupes en fonction de la fréquence avec laquelle ils consomment des produits bio puis les chercheurs ont analysés comment se répartissaient les cas de cancers apparus pendant l'étude entre ces 4 groupes. Les chercheurs avaient défini une alimentation biologique comme étant "un régime moins susceptible de contenir des résidus de pesticides".

1 340 cas de cancer ont été identifiés au cours de l’expérience, dont 459 cancers du sein, 180 cancers de la prostate, 135 cancers de la peau, 99 cancers colorectals, 47 lymphomes non hodgkiniens et 15 autres lymphomes. Et le résultat de l'étude est significatif : "Des chiffres élevés de consommation d'aliments bio étaient inversement associées au risque global de cancer".

Un risque de cancer réduit de 25%

Plus précisément, les personnes du groupe des plus gros consommateurs d’aliments issus de l’agriculture biologique auraient un risque de cancer réduit de 25% par rapport à ceux du groupe de personnes qui en consomment le moins. C'est un risque relatif, c'est-à-dire que cela correspond à une différence en valeur absolue de 0,6%, qui plus est sur un nombre modeste de cancers. Donc on est loin du phénomène épidémique.

Les auteurs vont même plus loin et objectivent des réductions de risque relatifs qui iraient jusqu’à 34% pour les cancers du sein survenant après la ménopause, et 76% pour les lymphomes.

Une hypothèse des chercheurs

"Pour expliquer ces résultats, l’hypothèse de la présence de résidus de pesticides synthétiques bien plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus de l’agriculture conventionnelle comparés aux aliments bio est la plus probable", déduit dans Le Monde Emmanuelle Kesse-Guyot, chercheuse (Institut national de la recherche agronomique, INRA) dans l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Inserm, INRA, université Paris-XIII) et coauteure de ces travaux.

Comme une réduction significative du risque de cancer a été observée chez les grands consommateurs d'aliments biologiques, "la promotion de la consommation d'aliments biologiques au sein de la population pourrait constituer une stratégie préventive prometteuse contre le cancer", concluent les scientifiques.

Les études à l'encontre des pesticides se multiplient

Dernièrement, les études à l'encontre des pesticides se multiplient. Dans un rapport inquiétant publié mardi 4 septembre, l’ONG Générations Futures affirme que plus de 6 résidus de pesticides sur 10 retrouvés dans l’alimentation européenne sont potentiellement des perturbateurs endocriniens. Ces substances chimiques étrangères à l’organisme sont suspectées d’affecter la croissance et le développement du fœtus, le sommeil, la circulation sanguine ou encore la fonction sexuelle et reproductive. 

Cette hypothèse doit donc être explorée par d'autres études pour être confirmée ou infirmée. Est-ce que pour autant, on peut tirer de cette étude une recommandation absolue de consommation des aliments bio ? Certainement pas car il ne s'agit en rien d'un modèle d'étude qui permet d'établir une relation de cause à effet. 

La glace qui tue

De nombreux facteurs intercurrents (des biais) peuvent en effet perturber les résultats, même si les chercheurs ont essayé d'éliminer tous les biais par différentes méthodes statistiques. Mais c'est comme pour l'histoire des noyades qui sont corrélées statistiquement à la consommation de crème glacée.

Les glaces n'y sont pour rien, mais quand on consomme beaucoup de crème glacée, c'est généralement qu'il fait chaud, et quand il fait chaud, on a plus de chance d'être tenter de se baigner... et de se noyer. Donc peut-être que les personnes qui mangent plus de bio, mangent aussi plus de légumes et plus de fibres, et ces fibres sont également bénéfiques contre le cancer.

Consommer des aliments bio est sans doute meilleur pour la santé (s'ils sont bien lavés), mais pas la peine de se ruiner pour cela. On n'a pas encore observé d'hécatombe liée au cancer depuis l'apparition des tomates de super-marché pleines de pesticides et vu-ides de goût.

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