- Les Français se jugent plus souvent "trop gros" qu'il y a vingt-cinq ans.
- Les hommes sont désormais presque autant concernés que les femmes.
- Les réseaux sociaux et la quête du "summer body" renforcent cette pression.
Jamais les Français n’ont semblé aussi préoccupés par leur silhouette. Alors que les discours "body positive" se sont multipliés ces dernières années, une étude de l’Ifop réalisée pour Darwin Nutrition montre au contraire une hausse spectaculaire des complexes liés au poids. Influencés par des idéaux corporels toujours plus prégnants, femmes et hommes sont de plus en plus nombreux à se juger "trop gros".
Une insatisfaction corporelle en forte progression
Selon cette enquête menée auprès de 3.004 personnes, 61 % des Françaises estiment aujourd’hui être "trop grosses", contre 41 % en 2001 et 36 % en 1997. Le mécontentement vis-à-vis du poids atteint un niveau record : 63 % des femmes se déclarent insatisfaites de leur poids, contre 37 % en 1998. Quant aux hommes, ils ne sont plus épargnés : près d'un sur deux (48 %) se considère désormais "trop gros", alors qu'ils n'étaient que 34 % à le penser il y a vingt-cinq ans. Cette évolution traduit, selon les auteurs de l'étude, une pression esthétique qui ne concerne plus seulement les femmes.
Le ventre apparaît comme la principale source de complexes. L'Ifop souligne que "mincir du ventre est ainsi une aspiration trois fois plus forte aujourd'hui (76 %) qu'il y a une cinquantaine d'années (28 % en 1979), et ceci autant chez les hommes que chez les femmes".
L'été, saison de tous les complexes
L'approche des vacances et du "summer body" accentue encore cette pression. Aujourd'hui, 40 % des Français se disent en "alerte minceur" avant l'été, contre 22 % en 1979. Chez les femmes, le phénomène est particulièrement marqué. "L'aspiration à maigrir avant les vacances est deux fois plus forte aujourd'hui (38 %) qu'à la fin des années 70 (23 %) tout en restant très genrée : près d'une Française sur deux (46 %) souhaite perdre des kilos avant les vacances d'été, contre trois hommes sur dix (30 %)", observe l'Ifop.
Pour atteindre cet objectif, 85 % des sondés privilégient une alimentation plus saine et trois quarts misent sur l'activité physique. Les régimes stricts restent populaires, notamment chez les femmes. Quant aux médicaments amaigrissants de type GLP-1, comme Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, leur utilisation demeure limitée : seulement 10 % des personnes interrogées envisagent cette option.
La pression des réseaux sociaux
Pour les chercheurs, les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette explosion des complexes. L’enquête révèle que 66 % des femmes de moins de 35 ans consultent des contenus beauté, 62 % suivent des influenceurs sport et 51 % regardent des images de corps "parfaits" auxquelles elles souhaitent ressembler.
François Kraus, directeur du pôle "Genre, Sexualités et Santé sexuelle" à l'Ifop, résume le paradoxe actuel : "Près de dix ans après #MeToo et l'essor d'une parole féministe sur le corps, et en plein moment body-positive, on aurait pu s'attendre à un apaisement du rapport des Français à leur poids. C'est l'inverse que révèle cette étude." Et de conclure : "Tout se passe comme si l'acceptation des corps était devenue un mot d'ordre que l'on partage volontiers… Sans jamais cesser de se trouver trop gros."


