- Une étude suggère que la lumière nocturne perturbe le sommeil et les rythmes biologiques liés à Alzheimer.
- L'inflammation cérébrale semble également contribuer aux troubles du sommeil observés dans la maladie.
- Réduire l'exposition à la lumière la nuit pourrait favoriser une meilleure santé cérébrale.
Télévision, téléphone, lampadaire extérieur... Dormir avec une source de lumière à proximité peut-il nuire au cerveau vieillissant ? De nouvelles recherches menées par l'Université du Kentucky, aux Etats-Unis, suggèrent que l'exposition à la lumière pendant la nuit – même une lumière faible – pourrait perturber notre sommeil et nos rythmes biologiques. Un dérèglement qui pourrait bien avoir de potentielles répercussions sur l'évolution de la maladie d'Alzheimer. De plus en plus d’études montrent en effet que les troubles du sommeil ne sont pas seulement une conséquence de la pathologie : ils pourraient participer à son développement et à sa progression.
La lumière nocturne dans le viseur
Dans une première étude publiée dans la revue SLEEP, les chercheurs du Sanders-Brown Center on Aging ont évalué les effets d'une faible luminosité nocturne, comparable à celle provenant d'une télévision, d'un smartphone, d'un éclairage de couloir ou encore de lampadaires extérieurs. Les résultats montrent que cette exposition perturbe les rythmes circadiens, c'est-à-dire l'horloge biologique qui régule notamment l'alternance veille-sommeil. Les animaux exposés présentaient des rythmes quotidiens moins stables et davantage fragmentés. Chez les modèles atteints de la maladie d'Alzheimer, cette lumière nocturne était également associée à une légère augmentation des dépôts amyloïdes (caractéristiques de la maladie neurodégénérative), ainsi qu'à une modification de l'activité des microglies, les cellules immunitaires du cerveau.
"Ces études examinent pourquoi le sommeil et les rythmes biologiques quotidiens se perturbent dans la maladie d'Alzheimer, et si ces perturbations sont influencées à la fois par l'environnement extérieur et par l'inflammation à l'intérieur du cerveau", explique Adam Bachstetter, auteur principal de l'étude, dans un communiqué.
L'inflammation cérébrale, un acteur clé du mauvais sommeil
La seconde étude, publiée dans la revue Alzheimer's & Dementia, s'est intéressée au rôle de l'inflammation cérébrale dans les troubles du sommeil liés à la maladie. Les scientifiques ont observé que les perturbations du sommeil et des rythmes circadiens apparaissaient dès le milieu de la vie, avant même l'apparition de déficits importants de mémoire. Ils ont ensuite testé une molécule expérimentale, baptisée MW151, conçue pour réduire certains signaux inflammatoires excessifs produits par les cellules gliales du cerveau. Résultat : le traitement a permis d'améliorer le sommeil et de restaurer des rythmes quotidiens plus normaux, sans pour autant diminuer les dépôts amyloïdes.
"Nous savons désormais que le sommeil peut être amélioré sans réduire l'amyloïde, souligne Adam Bachstetter. Cette découverte dissocie les troubles du sommeil de la charge amyloïde et désigne la neuro-inflammation comme un facteur modifiable."
Des pistes pour préserver la santé cérébrale
Ces travaux renforcent l'idée que les troubles du sommeil constituent un phénomène précoce de la maladie d'Alzheimer. Selon les chercheurs, ils pourraient interagir avec les mécanismes biologiques impliqués dans la progression de la maladie. "Un mauvais sommeil n'est pas seulement un symptôme qui apparaît tardivement dans la maladie, rappelle Adam Bachstetter. Il peut interagir avec la pathologie amyloïde, le fonctionnement des microglies et l'inflammation de manière à influencer l'évolution de la maladie."
"Réduire l'exposition inutile à la lumière pendant la nuit, maintenir des horaires de sommeil réguliers et des rythmes circadiens sains sont des stratégies [de prévention] efficaces et peu risquées", conclut Marilyn Duncan, coautrice de l'étude.



