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QUESTION D'ACTU

Déterminisme social

Comment le milieu social façonne le cerveau des enfants

La situation financière de la famille et les ressources et les opportunités disponibles dans le quartier des enfants sont les facteurs les plus fortement liés au développement cérébral.

Comment le milieu social façonne le cerveau des enfants SbytovaMN/iStock




L'ESSENTIEL
  • Parmi 649 facteurs étudiés (sommeil, stress, temps d’écran, santé, parentalité, capacités cognitives), les facteurs socio-économiques (le revenu familial, les ressources du quartier, l’accès aux transports…) expliquent environ 16 % des variations observées dans le fonctionnement cérébral.
  • Les différences observées ne reflètent pas un cerveau "moins intelligent", mais plutôt un cerveau davantage exposé à la fatigue et au stress.
  • Chez les enfants issus de milieux socioéconomiques favorisés, les chercheurs n’ont même trouvé aucun lien entre le QI et la structure ou le fonctionnement du cerveau.

QI, sommeil, stress, éducation parentale, temps passé devant les écrans… Quels facteurs influence le plus le développement cérébral des tout-petits ? C’est la question à laquelle ont voulu répondre des chercheurs de l’université Washington à Saint-Louis (États-Unis). Pour ce faire, ils ont examiné les IRM cérébrales de près de 12.000 enfants âgés de 9 à 10 ans.

Le statut socio-économique, le facteur le plus lié au développement cérébral des enfants

Afin de mener à bien les travaux, l’équipe a examiné des centaines de facteurs. Dans la liste, on retrouve les conditions socio-économiques, les capacités cognitives (les résultats aux tests et la mémoire), les données démographiques (l'origine ethnique et le sexe), la culture et l’environnement (la religion, la langue et l'exposition au bruit ou la pollution), le temps passé devant les écrans, l’adaptation sociale (les amitiés et le harcèlement scolaire), l’éducation parentale, les antécédents médicaux, la consommation de substances ou encore la personnalité (extraversion, maîtrise de soi).

Les résultats, publiés dans la revue Science, ont montré que le statut socio-économique de la famille d'un enfant (16 %), notamment la pauvreté et les opportunités, était plus fortement associé à la structure et au fonctionnement de son cerveau que tout autre facteur, y compris le QI. Selon les auteurs, les régions cérébrales reflétant les facteurs socio-économiques étaient les mêmes que celles les plus sensibles au sommeil et au stress, ce qui suggère que le désavantage socio-économique affecte indirectement le cerveau par le biais de troubles du sommeil et d'un stress chronique.

"Un cerveau fatigué et stressé" et non "un cerveau moins intelligent" 

D’après les données, les régions cérébrales associées à la cognition et à la résolution de problèmes étaient moins liées aux facteurs socio-économiques. En clair, les conditions socio-économiques semblent influencer le cerveau des tout-petits principalement en modifiant les systèmes liés aux sensations corporelles et au mouvement, plutôt qu'en agissant directement sur les régions cérébrales impliquées dans la pensée.

"Le cerveau d'un enfant issu d'un milieu socio-économique défavorisé ressemble à celui d'un enfant issu d'un milieu socio-économique favorisé, mais qui souffre de privation de sommeil et de stress. Il ne s'agit pas d'un cerveau moins intelligent, mais plutôt d'un cerveau fatigué et stressé", a expliqué Nico U. Dosenbach, professeur de neurologie et auteur principal des recherches.

Cerveau : certaines différences attribuées au QI reflètent en réalité l’influence de l’environnement

Pour vérifier ces résultats, les scientifiques ont, dans une autre analyse, les scientifiques ont éliminé les facteurs socio-économiques en analysant uniquement des enfants issus de milieux socio-économiques favorisés. Dans ce groupe, le QI n'était corrélé ni à la structure ni au fonctionnement du cerveau. Face à ces observations, les chercheurs concluent que ce que l'on voit dans le cerveau des enfants reflète souvent les effets de leur environnement et de leurs conditions de vie, pas nécessairement une capacité intellectuelle innée.

"L'avantage, c'est que le sommeil et le stress sont tous deux modifiables. Si nous parvenons à améliorer le sommeil et à réduire le stress chez les enfants issus de familles aux opportunités socio-économiques plus limitées, nous pourrons peut-être atténuer les disparités cérébrales liées au statut socio-économique", a souligné Nico U. Dosenbach.

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