- Les livreurs à vélo travaillent en moyenne 63 heures pour des revenus très faibles.
- Leur santé physique et mentale est fortement dégradée.
- L’absence de protection sociale aggrave une précarité déjà marquée.
Ils sillonnent la ville à toute heure pour délivrer des repas, des courses et des colis, mais à quel prix pour leur santé ? Une vaste enquête menée par l'ONG Médecins du Monde met en lumière la réalité des livreurs à vélo en France : conditions de travail très dures, précarité et lourdes conséquences pour la santé.
Une santé physique et mentale fragilisée
Selon l’étude SANTÉ-COURSE, menée auprès de plus de 1 000 livreurs à Paris et Bordeaux (Médecins du Monde, IRD, INED), ces travailleurs cumulent en moyenne 63 heures par semaine. Pourtant, leur rémunération reste très faible, souvent inférieure à 6 euros brut de l’heure. Comme le raconte Samy, 20 ans, livreur depuis 1 an, à France 3 Régions : "Je commence à 10 heures, je termine à 14 heures et après je commence à 17 heures/18 heures et je ferme à 23h30" pour gagner "60, 65 €" par jour. Ce déséquilibre s’explique notamment par le paiement à la course, laissant de nombreux temps d’attente non rémunérés. A cela s’ajoute parfois la location de comptes, qui fragilise encore davantage les revenus.
Les conséquences sur la santé sont majeures. Près de la moitié des livreurs estiment que leur état s’est dégradé depuis le début de leur activité. L'étude révèle que 45 % souffrent de détresse psychologique, avec des troubles anxio-dépressifs marqués. Sur le plan physique, les chiffres sont tout aussi préoccupants : 85 % évoquent une fatigue chronique, 36 % des douleurs lombaires intenses et 32 % des troubles urinaires. Les longues heures à pédaler, les charges lourdes et les conditions climatiques expliquent en partie ces pathologies. Sans compter que les risques d’accidents sont également élevés. "Je me suis fait taper par une voiture", témoigne un livreur à France 3, illustrant un quotidien exposé au danger.
Une précarité sociale qui limite l’accès aux soins
Au-delà des troubles de santé, l’enquête de Médecins du Monde souligne une précarité structurelle. Environ 32 % des livreurs n’ont aucune couverture santé. Le manque de temps, de moyens et parfois une situation administrative fragile freinent l’accès aux soins. Cette réalité est aggravée par le statut d’auto-entrepreneur, qui prive ces travailleurs de protections sociales essentielles : pas de congés payés, ni d’assurance chômage ou de couverture en cas d’accident.
Face à cette situation, Médecins du Monde alerte sur l’urgence de lois plus protectrices. La directive européenne sur le travail via plateforme, attendue d’ici 2026, pourrait marquer un tournant, selon l'ONG.


