- L’hypoxie intermittente, à savoir les épisodes répétés de manque d’oxygène pendant le sommeil, désynchronise l’horloge interne, en particulier celle du foie.
- Cette désynchronisation modifie les rythmes quotidiens d’activité du foie, un organe clé du métabolisme (sucre, lipides).
- Comme les fonctions métaboliques ne suivent plus le rythme jour/nuit normal, l’efficacité de certains médicaments dépendrait davantage du moment où ils sont pris.
En cas d’apnée obstructive du sommeil, les pauses respiratoires anormales sont fréquentes. Problème : cette réduction ou interruption de la ventilation pendant la nuit provoque un manque en oxygène, appelée "hypoxie intermittente chronique." Ces épisodes répétés de manque d’oxygène sont de plus en plus reconnus comme un facteur de dysfonctionnement métabolique. "Cependant, son impact sur la régulation métabolique circadienne reste mal compris", d’après des chercheurs de l’université Grenoble Alpes, de l’Inserm et du CHU Grenoble Alpes. C’est pourquoi ils ont voulu se pencher sur le sujet en utilisant des souris présentant une hypoxie intermittente. Pour les besoins de l’étude, publiée dans la revue Science Advances, l’équipe a analysé les effets de ce stress respiratoire sur le rythme circadien. Elle s’est concentrée sur le foie, à savoir l’organe central de la régulation énergétique.
Une véritable reprogrammation temporelle de l’activité hépatique survient en réponse au manque d’oxygène
Les scientifiques ont constaté qu’une hypoxie intermittente de quatre semaines ne se contente pas d’altérer certaines voies énergétiques majeures orchestrées par le foie. Selon les résultats, ces épisodes répétés de manque d’oxygène reprogramment le métabolisme hépatique et systémique de manière spécifique au moment de la journée. "Cette réorganisation implique une régulation circadienne coordonnée des voies du glucose et des lipides, avec un glissement du métabolisme oxydatif vers des processus économes en oxygène tels que la gluconéogenèse, le renouvellement du glycogène et la mobilisation des lipides", ont écrit les auteurs. En clair, l’organisme change de carburant et de stratégie énergétique pour fonctionner avec moins d’oxygène, en suivant son rythme biologique.
Prendre en compte la reprogrammation des rythmes métaboliques du foie pour cibler le moment d’administration des traitements
Selon les auteurs, ces données mettent en lumière un aspect jusqu’ici méconnu de l’apnée du sommeil et pourraient changer sa prise en charge. En effet, la réponse de l’organisme à certains médicaments, notamment ceux agissant sur la glycémie ou le métabolisme lipidique, pourrait être modifiée par l’hypoxie intermittente, qui reprogramme les rythmes métaboliques du foie. Ainsi, l’efficacité des traitements pourrait ainsi varier selon l’heure de la journée, avec des moments optimaux d’administration différents de ceux observés chez des personnes ne présentant pas ce trouble de la ventilation nocturne.



