- Des chercheurs finlandais ont identifié un mécanisme reliant certains produits chimiques aux hormones sexuelles.
- Le récepteur PXR peut augmenter la production d'une protéine qui régule la testostérone et les œstrogènes.
- Cette découverte éclaire l'action de nombreux perturbateurs endocriniens.
Médicaments, pesticides, plastiques... Les substances chimiques présentes dans notre environnement pourraient bien modifier l'équilibre hormonal du corps humain sans que nous le sachions. En Finlande, des chercheurs de l'Université d'Oulu viennent d'identifier un mécanisme biologique inédit qui pourrait expliquer comment certains composés influencent les hormones sexuelles – la testostérone chez l’homme et les œstrogènes chez la femme. Leur étude, publiée dans la revue Basic & Clinical Pharmacology & Toxicology, apporte un nouvel éclairage sur l'action des perturbateurs endocriniens.
Des substances qui perturbent l'équilibre des hormones sexuelles
Au centre de cette découverte se trouve le récepteur PXR (pregnane X receptor). Cette molécule agit comme un capteur chargé de surveiller la présence de substances chimiques dans l'organisme. Jusqu'ici, les scientifiques savaient surtout que PXR régulait la manière dont le foie élimine certains médicaments. Mais les chercheurs ont découvert que cette molécule joue aussi un rôle dans la production de la SHBG, une protéine qui transporte les hormones sexuelles dans le sang. La SHBG régule notamment la quantité de testostérone et d'œstrogènes réellement disponibles pour l'organisme.
Pour mieux comprendre ce mécanisme, les scientifiques ont administré pendant une semaine un antibiotique appelé rifampicine, connu pour activer fortement le récepteur PXR, à des volontaires en bonne santé. Le résultat a été sans appel : les niveaux de SHBG dans le sang ont doublé chez la majorité des participants. Chez les hommes, les taux de testostérone totale ont également augmenté.
Des expériences menées sur des cellules du foie ont ensuite confirmé le phénomène : la rifampicine stimule la production de SHBG, mais cet effet disparaît lorsque le récepteur PXR est bloqué. "Nous savons depuis longtemps que certaines substances chimiques peuvent perturber l'équilibre des hormones sexuelles, explique le professeur Janne Hukkanen, auteur principal de l'étude, dans un communiqué. Nous avons maintenant identifié un mécanisme – une nouvelle voie PXR-SHBG-testostérone – qui explique ces effets chez l'humain."
Prédire l'influence des perturbateurs endocriniens
Cette découverte pourrait avoir des implications importantes pour la santé publique. En effet, le récepteur PXR peut être activé par de nombreuses substances : certains médicaments, des composés présents dans l'alimentation, mais aussi des produits chimiques environnementaux comme les pesticides, les retardateurs de flamme ou certains plastiques.
"Comprendre ce mécanisme améliore notre capacité à prédire comment les médicaments et les substances chimiques environnementales peuvent affecter les systèmes hormonaux, affirme Janne Hukkanen. Cela pourrait aussi aider à développer des substances plus sûres et à réduire leurs effets nocifs."


