- Aux Antilles, le chlordécone est encore détecté chez 8 personnes sur 10.
- Pour améliorer le suivi médical des patients, la HAS recommande de prescrire un dosage de la chlordéconémie aux populations à risque.
- Dans la liste, on retrouve les personnes consommant régulièrement des produits de pêche, de chasse ou de jardin potager en zones contaminées, les femmes enceintes ou en âge de procréer exposées, les enfants et les personnes vivant en zones à risque, les travailleurs potentiellement exposés.
Alors que l’utilisation du chlordécone, un insecticide toxique pour l’être humain et très persistant dans l’environnement, a pris fin en 1993 aux Antilles, ce pesticide est encore détecté chez plus de 8 Antillais sur 10, selon l’étude Kannari 2 lancée par Santé publique France en 2024. Plus précisément, en Guadeloupe, 81,3 % de la population adulte ont du chlordécone détectable dans le sang. En Martinique, 85,5 % de la population est concernée.
Chlordécone : quelles sont les populations les plus exposées ?
Le rapport souligne que les hommes de 50 ans et plus, résidant dans des zones géographiques contaminées et travaillant dans les secteurs de la pêche ou de l’agriculture, sont les plus fortement exposés. Les femmes en âge de procréer (18 à 49 ans), présentent des niveaux faibles d’imprégnation voire non détectables, bien que 10 % des femmes en Martinique et près de 6 % en Guadeloupe, dépassent encore la Valeur Toxicologique de Référence interne. "Les résultats confirment que l’imprégnation par le chlordécone est principalement associée à la consommation de poissons, crustacés et mollusques de mer", précise l’autorité sanitaire.
Les effets néfastes du chlordécone
Pour rappel, le chlordécone nuit au système nerveux et a des effets néfastes sur le fonctionnement de certains organes (foie, rein, cœur...). L’Assurance Maladie ajoute que ce pesticide est classé comme cancérigène probable et perturbateur endocrinien (substance qui altère les fonctions du système endocrinien, causant un effet sur la santé d’un individu, sa descendance ou des sous-populations). "En 2021, l’Anses a conclu à une probable relation causale entre le cancer de la prostate et l’exposition aux pesticides en général, et au chlordécone en particulier." En outre, cet insecticide, qui parvient à traverser la barrière placentaire, comporte des risques pour la grossesse et le neurodéveloppement de l'enfant.
Chlordécone : un dosage sanguin recommandé pour améliorer le suivi médical des patients
"L’exposition chronique au chlordécone concerne l’ensemble des personnes résidant ou ayant résidé au moins six mois en Guadeloupe ou en Martinique", signale la Haute Autorité de Santé. Afin d’améliorer la meilleure prise en charge médicale et de favoriser un suivi adapté et harmonisé des personnes contaminées ou à risque de l’être, la HAS recommande de prescrire un dosage de la chlordéconémie, à savoir la concentration en chlordécone dans le sang, aux populations à risque. La chlordéconémie "reflète l’imprégnation à un instant précis d’une personne, influencée par l’exposition au chlordécone au cours des trois années précédentes."
L’autorité sanitaire préconise le test pour :
- Les enfants de moins de 7 ans, en particulier ceux qui résident dans des maisons individuelles avec jardin ou qui fréquentent des aires de jeux ou de loisirs des zones contaminées, où le sol est accessible
- Les personnes de plus de 7 ans résidant dans des zones contaminées, d’autant plus si elles ont l’habitude de se ronger les ongles ou ont un pic (un trouble du comportement alimentaire qui consiste à ingérer de façon répétée des substances non comestibles)
- Les travailleurs agricoles des exploitations agricoles en zones contaminées
- Les couples ayant un projet de grossesse, exprimé en consultation préconceptionnelle
- Les femmes enceintes
- Les nouveau-nés, via une mesure de la chlordécone dans le sang du cordon, après une chlordéconémie détectable chez la mère au cours de la grossesse
Mettre en place des actions pour réduire l’exposition au chlordécone
"Selon le résultat du dosage, il est recommandé de mettre en place les actions de prévention suivantes en vue de la réduction de l’exposition." Plus précisément, en cas de chlordéconémie détectable, le prescripteur du dosage doit donner des informations individualisées en consultation à l’aide d’un questionnaire sur les habitudes alimentaires et le comportement du patient. "En cas de chlordéconémie supérieure à 0,4 µg/L, ce dernier peut soit suivre la conduite à tenir pour le seuil d’action précédent, soit orienter le patient vers un centre régional des pathologies professionnelles et environnementales (CRPPE)."


