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QUESTION D'ACTU

Qualité des soins

Opérations inutiles : les hôpitaux en pleine schizophrénie

« Opérations inutiles ? Qualité des soins ? » Ces dernières années, aucune des réformes portées par l’administration pour améliorer la qualité des soins à l’hôpital n’a porté ses fruits. Par contre, elles ont réussi à pousser les structures hospitalières à multiplier les actes.

Opérations inutiles : les hôpitaux en pleine schizophrénie Mark Thomas/REX Shutter/REX/SIPA

  • Publié 28.11.2017 à 12h51
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Séjours de malades raccourcis, application universelle et sans discernement de la « tarification à l’activité » (T2A), mise en place des 35 heures, infirmières polyvalentes (« de pool ») qui passent de service en service sans produire de travail d’équipe, recours excessifs aux intérimaires, millions d’heures à récupérer qui ne le seront jamais, consultations-usines nageant en pleine dinguerie grâce à l’utilisation de logiciels ineptes… L’hôpital, ses médecins et ses personnels, poussés par l’administration à développer l’activité à tout prix, sont au bord de la crise de nerfs.

L’avenir radieux de l’hôpital-entreprise

Et pourtant, les mêmes technocrates, les défenseurs de « l’hôpital entreprise », qui se vantaient de gagner des « parts de marché » grâce aux « gains de productivité », ceux qui ont poussé à cet immense gâchis, viennent maintenant s’insurger contre le manque de pertinence de certains actes ou de qualité des soins... (cf Article du JDD sur les opérations inutiles).
Dieu sait pourtant s’ils ont tarabusté les médecins et les personnels des hôpitaux chaque année pour insister sur la nécessité d'augmenter l'activité de 2, voire 3 % pour « maintenir les emplois de soignants ».
Ils ont assommé tout le monde avec des « contrats d'objectifs et de moyens » et ils sont restés obstinément accrochés au « tout T2A » comme une moule à son rocher alors que tous les indicateurs viraient rapidement au rouge cramoisi.

La politique de la carotte

Mais quels sont les moyens qu’ils proposent pour améliorer la pertinence et la qualité des soins ? Rien de moins que de créer des « indices de pertinence et de qualité » de leur crû, c'est-à-dire transformer la qualité en quantité et la valoriser en payant des « bonus qualité » aux établissements, voire aux soignants.
La vieille politique de la carotte mais toujours sans tenir compte du fait que l’on ne soigne pas un diabète grave ou une lombalgie chronique comme une simple appendicite.

Une évaluation technocratique des soins

Et qu’est-ce que c’est que ces nouveaux « indices de pertinence et de qualité » qu’ils veulent utiliser pour mesurer cette la qualité des soins ? Des index basés sur le résultat des soins ? Non, ce serait trop simple et pas assez « abracadabrantesque » : ils proposent tout simplement d’évaluer la qualité des soins prodigués aux malades par un index basé sur le « respect des procédures »… Par exemple, sur la « traçabilité de l'évaluation de la douleur dans le dossier médical », mais pas sur « l'efficacité du traitement antalgique évaluée par le patient » ! 

Des solutions pourtant simples

Pourtant, les solutions sont connues et régulièrement énoncées par les vrais acteurs du système hospitalier.
La recherche de la pertinence et de la qualité des soins supposent d’arrêter l’application « universelle » de la tarification à l’activité (T2A) dans les hôpitaux et de la réserver à ce pour quoi elle est adaptée : les soins standardisés programmés.
Il faut améliorer le travail d’équipe en effectifs stables et suffisants (et ne pas jouer sur la prétendue « polyvalence » des « infirmières de pool »).
Il faut certes développer l’évaluation comparative sur de multiples index entre des équipes et des établissements comparables, mais ceux-ci doivent absolument inclure « l’évaluation par le patient », ce dernier critère étant mis en place dans tous les pays où règnent un peu de connaissance des problèmes de santé et de clarté d’esprit.
Il faut enfin assurer les corrections des pratiques dans une démarche continue d’amélioration de la qualité et en assurer la diffusion publique des résultats.

Que veulent vraiment les technocrates ?

Mais est-ce que nos « technocrates-managers » veulent vraiment améliorer au final l’état de santé et la qualité de vie des malades ? Ou le but poursuivi est-il uniquement d’aligner des colonnes de chiffres avec des pourcentages d’amélioration ?
Dans une conférence récente, le Professeur Degos soulignait qu’un des points clés de l’évaluation de la qualité et de la sécurité des soins concerne son objectif : « Vise-t-elle à évaluer les procédures mises en œuvre dans les établissements de soins, à les accréditer sur des critères réglementaires, ou plutôt à considérer les conséquences des soins à court, ou plus long, terme sur la vie des patients ? Doit-elle prendre en considération l’intérêt général ou l’intérêt particulier du malade ? ». Tout est dit !

Il est clair que tous les médecins et les soignants des hôpitaux sont d’accord pour remettre le malade au centre de l’évaluation.

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