- Contrairement à l’idée reçue selon laquelle ne plus sentir les odeurs serait un simple désagrément, une étude montre que l’impact sur la qualité de vie peut être comparable à celui de maladies chroniques majeures comme la maladie de Parkinson, l’AVC, le diabète.
- Les patients souffrant d’anosmie et d’hyposmie rapportent une souffrance émotionnelle, psychologique et sociale importante.
- La perte d’odorat altère le plaisir de manger, les relations sociales et même la sécurité (impossibilité de détecter une fuite de gaz ou de sentir la fumée).
En cas de perte totale de l’odorat (anosmie) ou de perte partielle de l’odorat (hyposmie), la plupart des adultes concernés peuvent reconnaître les substances salées, sucrées, acides et amères, mais ne peuvent pas faire la différence entre des saveurs spécifiques. C’est pourquoi ces derniers se plaignent souvent d’une perte du goût et du fait de ne pas apprécier la nourriture.
Perte de l’odorat : les patients font état d'une souffrance comparable à celle ressentie par ceux atteints de maladies chroniques
Selon des chercheurs de l’université d'East Anglia (Angleterre), ces deux troubles sont de plus en plus fréquents, mais restent sous-diagnostiqués. Pourtant, ils affectent considérablement le bien-être physique, social et psychologique des patients. Dans une nouvelle étude, ces derniers ont évalué à quel point un dysfonctionnement olfactif peut être dévastateur pour les personnes touchées en comparant son impact sur la qualité de vie et la santé mentale à celui d'autres pathologies chroniques. Pour les besoins des travaux, l’équipe a analysé des années de données médicales issues de dizaines de recherches comparant les scores de qualité de vie pour un large éventail de maladies, notamment le diabète, l'AVC, l'insuffisance cardiaque, l'asthme et les pathologies cardiovasculaires et respiratoires, la maladie de Parkinson.
Les résultats, publiés dans la revue Clinical Otolaryngology, ont montré que les troubles de l’odorat et du goût entraînaient systématiquement une souffrance émotionnelle, sociale et psychologique importante, souvent comparable à celle de maladies chroniques considérées comme invalidantes. Dans le détail, les patients ont fait état d’une perte de plaisir à manger, des difficultés à socialiser, une anxiété accrue concernant leur sécurité personnelle (par exemple, l’incapacité à sentir la fumée ou le gaz) et un sentiment perturbant d’engourdissement émotionnel. "Le plus alarmant est peut-être le fait que les taux de dépression et de repli social chez les personnes ayant perdu l’odorat et le goût se sont avérés élevés à plusieurs reprises", ont signalé les auteurs.
Plaisir de manger, relations sociales… Les conséquences de la perte de l’odorat touchent tous les aspects du quotidien
L’étude confirme que les adultes atteints de perte de l’odorat ne prennent plus de plaisir à manger et que le fait de se nourrir devient un acte purement fonctionnel. "L’odorat est responsable de la majeure partie de ce que nous percevons comme le goût. Ainsi, lorsqu’il est perdu, les repas peuvent paraître fades, métalliques, voire repoussants. Certaines personnes perdent du poids par manque d’appétit, tandis que d’autres en prennent en recherchant des saveurs plus fortes ou plus sucrées", a expliqué Carl Philpott. Ce déficit sensoriel affecte le quotidien des personnes concernées, en perturbant les repas de familles, les fêtes et les sorties entre amis que la plupart des patients tiennent pour acquis.
Une sous-estimation du caractère invalidant de la perte de l’odorat
D’après les scientifiques, ces données remettent en question l'idée largement répandue selon laquelle la perte de l'odorat ou du goût n'est qu'un simple désagrément. "Le problème, c'est que les médecins rassurent souvent les patients en leur disant que le problème est mineur ou temporaire, même lorsque les symptômes persistent pendant des années. Les services spécialisés sont rares et l'accès aux traitements reste limité. (…) Une meilleure reconnaissance, des investissements dans les cliniques spécialisées et une recherche accrue sur les traitements sont nécessaires de toute urgence, non pas pour le confort de tous, mais pour une véritable santé et un bien-être optimal", a conclu Carl Philpott.


