- L’exposition au glyphosate a été associée à des modifications de plusieurs hormones essentielles à la grossesse et au développement fœtal.
- Cela pourrait expliquer les effets néfastes de l'herbicide sur les grossesses qui avaient été relevés dans plusieurs études sur les animaux.
- Pour les chercheurs, il est essentiel de comprendre comment les produits chimiques peuvent affecter la grossesse.
Bien que son autorisation ait été renouvelée en 2023 par l’Union européenne, le glyphosate reste une source d’inquiétude pour de nombreuses personnes. D'ailleurs, plusieurs études ont établi des liens préoccupants entre le désherbant et des complications de grossesse. Les nouveaux travaux d’University of Michigan School of Public Health, publiés le 15 juin 2026 dans la revue scientifique Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology, ne vont pas rassurer les détracteurs du désherbant.
Les chercheurs ont mis en évidence que le produit chimique affecte plusieurs hormones essentielles à la grossesse et au développement fœtal.
Glyphosate : ses effets sur la grossesse seraient seraient liés à des changements hormonaux
Pour tenter de comprendre l’effet du glyphosate sur les grossesses, l’équipe a suivi 752 futures mamans à Porto Rico. Les volontaires ont fourni des échantillons d'urine jusqu'à trois fois pendant leur grossesse, aux alentours des 18e, 22e et 26e semaines. Des prélèvements sanguins ont également été effectués. Ces derniers ont permis de mesurer le taux des hormones qui contribuent au bon fonctionnement du placenta, à la croissance fœtale et au déclenchement du travail. Ils ont par exemple relevé les niveaux d’œstrogènes, des hormones thyroïdiennes et de la corticolibérine (CRH). La CRH est une hormone impliquée dans la réponse au stress et dans les processus biologiques liés à l'accouchement.
Les analyses ont tout d’abord montré que le glyphosate et l’acide aminométhylphosphonique (AMPA, un des métabolites les plus communs du glyphosate) ont été retrouvés dans 70 % des échantillons. Cela confirme que l'exposition était courante parmi les participantes.
Les scientifiques ont ensuite remarqué que chaque augmentation modérée du taux d'AMPA était suivie d’une diminution de 10,6 % du taux d'œstriol (un des trois principaux œstrogènes produits dans le corps humain) pendant la grossesse. Une hausse similaire du taux de glyphosate était associée à une baisse de 8,3 % du taux d'œstriol. L'AMPA a également été associée à des niveaux plus élevés de l'hormone thyroïdienne T3, connue pour jouer un rôle important dans de très nombreux processus physiologiques de l'organisme, y compris la croissance biologique et le développement du corps.
À des stades de grossesse plus avancés, l'AMPA a aussi été associée à une augmentation de l'hormone stimulant la thyroïde. De son côté, le glyphosate a été lié à une hausse de la CRH.
Ainsi, les résultats de cette étude suggèrent que les effets nocifs du glyphosate observés sur les grossesses et les fœtus dans de précédents travaux pourraient provenir d’une perturbation hormonale.
Grossesse : comprendre l’impact des pesticides pour mieux s’en protéger
"Ces résultats viennent étayer des études en laboratoire et sur des animaux indiquant que les herbicides à base de glyphosate peuvent affecter le système endocrinien et apportent de nouvelles données chez l'humain grâce à des mesures répétées effectuées pendant la grossesse", écrivent les auteurs dans leur communiqué. Toutefois, ils précisent que cette étude était observationnelle et que des recherches complémentaires sont nécessaires, notamment pour analyser plus précisément l’impact des variations hormonales mises en lumière.
"Alors que l’attention du public ne cesse de croître concernant l’alimentation, les pesticides et la santé environnementale, ces résultats contribuent à faire évoluer le débat, passant d’une préoccupation générale à des changements mesurables dans les processus physiologiques", ajoute Mislael Valentín-Cortés, premier auteur de l’étude. "Comprendre comment les expositions courantes peuvent affecter la grossesse est une étape importante vers la protection de la santé maternelle et infantile."


