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QUESTION D'ACTU

L'ANSM incriminée

Levothyrox : un chercheur aurait trouvé l'origine des effets secondaires indésirables

Un chercheur toulousain aurait repéré ce qui pourrait être à l'origine des effets secondaires indésirables de la nouvelle formule du Levothyrox. Une découverte qui incriminerait l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM). 

Levothyrox : un chercheur aurait trouvé l'origine des effets secondaires indésirables magicmine/iStock

  • Publié 05.10.2018 à 09h22
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Voilà déjà des mois que le Levothyrox, médicament utiliser pour traiter les troubles de la thyroïde, est au cœur d’un scandale sanitaire majeur en France. Si les effets secondaires indésirables provoqués par la nouvelle formule, modifiée en février 2017, sont désormais bien connus (perte de cheveux, fatigue, dépression…), on ignorait encore ce qui les provoquait exactement. Jusqu’à ce jeudi 4 octobre. Alors qu’il doit livrer prochainement le résultat de ces recherches aux côtés de l’Association française des malades de la thyroïdes (AFMT), un chimiste toulousain (dont les travaux sont financés par l'association) a révélé avoir mis le doigt sur le coupable, indique le site d’investigation Mediacités. Et cela n'est pas forcément bon pour l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM)...

Un pic d'impuretés en chromatographie

En juillet dernier, sur demande de l’Association française des malades de la thyroïdes (AFMT) Jean-Christophe Garrigues, chercheur au laboratoire des Interactions moléculaires et réactivité chimique et photochimique (IMRCP) de l’Université Paul Sabatier de Toulouse, se met à étudier les résultats d’une synthèse des recherches sur la composition du comprimé publiée par l’ANSM. C'est "en se penchant de plus près sur les chromatogrammes (méthode d’analyse qui permet de séparer les constituants d’un mélange)", que le scientifique découvre un important pic d’impuretés dans la nouvelle formule du Levothyrox, alors qu'il n'existait pas dans l'ancienne, explique Mediacités. Ce dernier "alerterait le moindre scientifique. Pourquoi l’ANSM n’a-t-elle pas poussé plus loin l’analyse de cet élément qui devient forcément inquiétant lorsque l’on est dans un contexte de crise sanitaire ?", s’interroge-t-il auprès du site d’investigation.

Jean-Christophe Garrigues réalise alors que cet élément chimique est présent à plus forte dose dans les médicaments distribués en 2017 que dans ceux achetés cet été en pharmacie. "Ce qui laisse entendre que la composition du Levothyrox aurait été améliorée depuis les débuts de la commercialisation de la nouvelle formule en 2017", interpelle-t-il. "Nous n’avons pas le détail du protocole d’analyse suivi par l’ANSM et nous ne pouvons par conséquent pas interpréter ces pics.

Pourtant, se défend le laboratoire Merck, "il est normal d’observer dans ce type d’analyse différents pics, qui sont inhérents à la méthode et ne sont pas de nature à remettre en cause la qualité du produit". 

La pétition contre le secret des affaires en matière de santé publique  

"Si le changement de formule du Levothyrox crée autant de soucis, c’est parce que c’est un médicament dit à marge thérapeutique étroite. Cela signifie qu’il n’y a pas beaucoup de marges entre une dose insuffisante et une dose trop forte", précise Bruno Toussaint, directeur éditorial de Prescrire.

L’AFMT a adressé le 26 septembre une pétition contre le "secret des affaires en matière de santé publique" à la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Ce jeudi, celle-ci avait recueilli plus de 30 000 signatures. Nous "exigeons, au nom de la sécurité sanitaire, une totale transparence sur l’origine de tous les composants de nos médicaments et la traçabilité de leur fabrication", indique la pétition dans laquelle les malades affirment ne pas comprendre "qu’une Agence chargée de la 'sécurité' sanitaire puisse faire prévaloir les intérêts commerciaux d’une firme sur la protection de la santé de tous".

Ce n'est pas la première fois qu'un scientifique pense avoir découvert une faille dans ce médicament. En mai dernier, un ancien chercheur au laboratoire Merck estimait que l’acide citrique, présent dans la nouvelle formule du traitement, influait sur son efficacité et serait à l'origine des effets indésirables. 

Rappel des faits

Début septembre, 42 victimes du Levothyrox ont assigné le laboratoire Merck devant le tribunal de grande instance de Toulouse. Ils réclament 15 000 € au titre du préjudice d’anxiété et la même somme pour le préjudice moral. Ils demandent également le maintien de la commercialisation de l’ancienne formule du Levothyrox et la réalisation d’une expertise pour pouvoir fixer le préjudice corporel subi par les malades.

En février 2017, sur demande de l’ANSM qui voulait garantir la stabilité du traitement dans le temps, Merck avait changé la composition de "l'excipient" (l'enrobage de la molécule active pour en faire un comprimé) et avait remplacé le lactose qui enrobait l’hormone thyroïdienne par du mannitol. Mais peu après avoir commencé leur nouveau traitement, de nombreux malades se sont plaint de fatigue, de troubles dépressifs, de maux de tête, de douleurs articulaires, de pertes de cheveux ou encore d’insomnie. En tout, 17 000 cas d’effets secondaires ont été recensés. Parmi eux, 5062 ont été classés comme graves et 14 décès ont été comptabilisés par l'ANSM, sans qu’un lien direct avec la nouvelle formule puisse être officiellement établi.

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