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Cancer du poumon : pourquoi la mortalité grimpe chez les femmes

Le cancer du poumon tue moins les hommes, mais poursuit son avancée chez les femmes. Le succès croissant du tabac depuis les années 1970 est en partie responsable.

Cancer du poumon : pourquoi la mortalité grimpe chez les femmes Rene Fluger/AP/SIPA

  • Publié 02.02.2015 à 07h00
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Le tabac fait de plus en plus de ravages dans la population féminine. En 2015, la mortalité par cancer du poumon devrait dépasser celle par cancer du sein en Europe. La France est particulièrement touchée, selon une étude parue dans Annals of Oncology… alors que les femmes ne fument pas plus que les hommes. Sont-elles plus vulnérables aux effets du tabac ? Fument-elles différemment ? Pourquoidocteur fait le point.

 

Le rôle du féminisme dans le tabac

Les taux de décès par cancer sont en baisse globale, à deux exceptions notables : le cancer du pancréas et celui du poumon chez la femme. Dans ce cas, la mortalité estimée en 2015 devrait progresser de 9 %, et dépasser celle par cancer du sein. Le Royaume-Uni et la Pologne sont loin devant, mais la France suit un rythme plutôt inquiétant. « On s’attendait à ce croisement des courbes vers 2015 », commente le Pr Etienne Lemarié, pneumologue.

 

Le tabac n’est pas étranger à cette hausse de la mortalité par cancer du poumon. Une étude, parue dans Addiction, estime que d’ici 20150, le taux de décès dans la population féminine aura dépassé celui de la population masculine. Ce croisement correspond à celui du tabagisme. « En 1953, 17 % des femmes et 72 % des hommes fumaient. 30 ans après, toujours aussi peu de femmes fumaient, alors que le tabagisme des hommes commençait à diminuer », note Serge Karsenty, sociologue. « Le tabagisme masculin n’a pas cessé de diminuer jusqu’en 2005, avec une légère reprise entre 2005 et 2010. » Le nombre de fumeuses, lui, n’a cessé de progresser sur la même période.

 

Ecoutez Serge Karsenty, sociologue : « Cela nous rapproche des années où le féminisme a pris ses marques. C’est un signe d’égalité manifesté par les jeunes filles de l’époque. »

 

Actuellement, on compte presque autant d’adeptes du tabac chez les deux sexes : 27 % de femmes, 33 % d’hommes.

 

« Il n’y avait pas de raison qu’elles ne fument pas »

Les femmes ne fument pas plus, mais elles consomment différemment. L’Institut national de la prévention et de l’éducation à la santé (Inpes) s’est penchée, en 1999, sur les particularités des fumeuses. Outre le désir d’égalité des sexes, le tabac est devenu une sorte de béquille face au monde du travail et à la vie de famille. « La cigarette aide la femme moderne à gérer ces situations parfois difficiles ; elle décompresse en fumant », souligne l’Institut dans un dossier.

 

Pour Serge Karsenty, la réalité est un peu plus nuancée. « La raison fondamentale du tabagisme féminin, c’est simplement qu’il n’y avait pas de raison qu’elles ne fument pas autant que les hommes », estime ce sociologue. « On me demande pourquoi les femmes fument. La meilleure réponse c’est : pourquoi pas ? » C’est plus au niveau du sevrage que les différences apparaissent. Et la grossesse n’y fait rien : 4 fumeuses sur 5 reprennent leurs habitudes après leur accouchement.

 

Ecoutez Serge Karsenty : « Il y a des femmes qui ne subissent pas comme les hommes un effet d’âge. Elles continuent d’avoir des taux de tabagisme plus importants. »

 

50 % des cancers liés au tabac

Le décalage entre le pic de la mortalité masculine et celui de la mortalité féminine intrigue les spécialistes. « Jusqu’ici, on estimait que la courbe chez la femme avait un retard d’une vingtaine d’années parce que les femmes ont commencé à fumer en grande quantité plus tard. Or, on arrive à 40-45 ans , souligne le Pr Etienne Lemarié. « La question de savoir si le tabac est la seule cause de cette mortalité peut se poser, au vu de ces chiffres. » En effet, les types de cancer du poumon ne varient pas entre les deux sexes : les adénocarcinomes dominent. Le traitement ne change pas non plus. En revanche, 50 % des cancers bronchiques chez la femme ne sont pas dus au tabac, rappelle le pneumologue.

 

Ecoutez le Pr Etienne Lemarié, pneumologue : « On sait qu’il y a d’autres causes que la fumée de tabac : la fumée domestique, et il y a une piste endocrinienne qui a le vent en poupe. »

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