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QUESTION D'ACTU

Etude menée au Royaume-Uni

Cancer du poumon : 30 % de décès trois mois après le diagnostic

Mauvais pronostic, diagnostic trop tardif, prise en charge qui laisse à désirer… Au Royaume-Uni, un tiers des patients décèdent 90 jours après le diagnostic d’un cancer du poumon.

Cancer du poumon : 30 % de décès trois mois après le diagnostic Un cancer des poumons (DURAND FLORENCE/SIPA)

  • Publié 16.10.2014 à 10h00
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Un Britannique sur trois décède dans les trois mois suivant le diagnostic d’un cancer du poumon. C’est le résultat d’une grande étude parue dans la revue Thorax, réalisée à partir des dossiers de 20 142 malades. Elle confirme la mauvaise réputation du Royaume-Uni dans ce domaine. Ces résultats soulèvent une problématique plus large, qui concerne également la France : celle de la détection rapide des tumeurs, via le diagnostic précoce mais aussi le dépistage.

 

Inégaux face au cancer

30 % des cancers du poumon entraînent un décès dans les 90 jours suivant le diagnostic, 10 % dans les 30 jours. Ces chiffres sont largement inférieurs au reste de l’Europe, soulignent les auteurs de cette étude. « La prise en charge des pathologies cancéreuses est beaucoup moins bonne que dans le reste des pays, en particulier la France », confirme le Pr Christos Chouaid, professeur en pneumologie à l’hôpital intercommunal de Créteil (Val-de-Marne). « Dans le cancer du poumon, moins de patients sont opérés – c’est-à-dire diagnostiqués à un stade précoce –, un plus grand nombre d’entre eux décèdent ou ont des complications liées à la chirurgie, parce que les centres sont moins spécialisés qu’en France. Lorsqu’on regarde la prise en charge des patients qui ont des métastases, ils sont moins nombreux à avoir accès à la chimiothérapie et aux médicaments innovants. »

 

Cette étude met en évidence plusieurs facteurs de risque de décès précoce. Certains sont prévisibles : les hommes sont 17 % plus exposés à un décès dans les 90 jours, les patients octogénaires ont un risque accru de 80 %, les fumeurs de 43 %. D’autres sont plus surprenants : les patients entrés dans le système de santé via leur médecin généraliste, et qui ont réalisé de nombreuses radiographies du thorax, sont plus nombreux à décéder dans les trois mois suivant le diagnostic. Cela s’explique principalement par le fait que les rayons X détectent très mal les tumeurs à un stade précoce.

 

Ecoutez le Pr Christos Chouaid, professeur de pneumologie : « On fait une première radio, on a une anomalie, on met le patient sous antibiotiques. On le revoit deux mois plus tard et on a perdu du temps. »

 

Diagnostic précoce ou dépistage ?

En France non plus, le pronostic d’un cancer du poumon n’est pas bon. A 5 ans, seuls 14 % des malades survivent. L’absence de dépistage organisé constitue la première partie du problème. Pourtant, lorsqu’on établit un dépistage par scanner, un cancer sur deux est diagnostiqué à un stade précoce, contre 15 % à ce jour. Appliqué aux patients à risque, âgés de 55 à 74 ans, fumeurs ou anciens fumeurs – sevrés depuis moins de 15 ans et ayant fumé 30 paquets par an – il réduit la mortalité de 20 %.

 

Ecoutez le Pr Bernard Milleron, ancien président de l’IFCT (1) : « Je milite fortement pour la généralisation du scanner selon les recommandations américaines. Les autorités de santé sont en réflexion, des études sont inscrites au Plan Cancer. »

 

L’autre aspect problématique est l’examen diagnostique de référence, la radiographie. Elle devrait être systématiquement complétée par un scanner ou une fibroscopie. Ce n’est toujours pas le cas et cela nuit au « diagnostic précoce », c’est-à-dire à la détection des tumeurs quand elles sont encore à un stade I.

 

Une vision pessimiste

Il n'y a pas que les techniques d'imagerie qui freinent le diagnostic précoce, la méconnaissance du cancer du poumon aussi. Par exemple, seulement 62 % des fumeurs et 21 % des anciens fumeurs se considèrent à risque de cancer du poumon, alors qu'ils sont les premiers concernés par cette maladie.

 

Ecoutez le Pr Bernard Milleron, ancien président de l’IFCT : « Le malade connaît mal les symptômes, son risque de cancer du poumon. La population est aussi assez pessimiste. »

 

« Les médecins généralistes aussi ont une vision assez négative du cancer du poumon », poursuit le Pr Milleron. Il dénonce un manque d’information chez ces professionnels, pourtant situés en première ligne. « Ils voient rarement des cancers du poumon, pensent souvent que la maladie est symptomatique. Et moins d’un sur deux connaît l’existence du scanner comme technique de dépistage », détaille le spécialiste. La combinaison de ces deux éléments favorise donc un diagnostic tardif.

 

Le « rôle central » du généraliste

Repéré à un stade métastatique, le cancer du poumon est associé à une survie de 5 % à 5 ans. Elle est de 90 % lorsqu’il est diagnostiqué à un stade précoce. Les médecins généralistes sont en première ligne pour améliorer les résultats : « Ils voient moins d’un cancer du poumon par an, mais ils voient beaucoup de fumeurs de plus de 45 ans », souligne le Pr Chouaid. Il estime que dès que des symptômes apparaissent ou évoluent au sein de cette population, des examens plus poussés doivent être réalisés.

 

Ecoutez le Pr Christos Chouaid, professeur de pneumologie : « Les médecins généralistes ont un rôle central pour être vigilants et pour le sevrage tabagique. »

 

Restent les 15 % de cancers du poumon qui ne sont pas liés au tabac. Ils touchent le plus souvent des profils qui ne collent pas à celui du patient-type (homme, fumeur ou ex-fumeur, plus de 45 ans) : ce sont des femmes, des personnes jeunes, qui n’ont jamais fumé… Dans cette configuration, impossible de mettre en place un dépistage, ni même de diagnostiquer tôt la maladie.

 

(1) IFCT : Intergroupe Francophone de Cardiologie Thoracique.

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