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Tampon : pourquoi il provoque des chocs toxiques

ENTRETIEN - Les cas de chocs toxiques menstruels augmentent en France. Le Pr Gérard Lina explique de rôle de la composition des tampons.

Tampon : pourquoi il provoque des chocs toxiques MichalLudwiczak/epictura

  • Publié 25.04.2017 à 12h14
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  • Mise à jour le 26.04.2017 à 09h20
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Votre tampon est-il votre meilleur ennemi ? C'est ce que laisse supposer la bande annonce du documentaire diffusé ce mardi dans Le Monde en Face, sur France 5. Son auteur, Audrey Gloaguen a, durant un an, rassemblé des témoignages de chercheurs, médecins, lanceurs d’alertes et de femmes victimes d'effets indésirables graves, parmi lesquels le syndrome du choc toxique.

En 2015, 17 cas de chocs toxiques menstruels ont été signalés en France. C’est quatre fois plus qu’en 2004. Une augmentation brutale et apparemment expliquée. Le Pr Gérard Lina, responsable du Centre national de référence des staphylocoques des Hospices civils de Lyon, a lancé un projet de recherche pour mieux comprendre ce syndrome qui peut coûter la vie. Il répondait en octobre 2016 aux questions de Pourquoidocteur.

Le choc toxique est-il lié aux tampons ?

Pr Gérard Lina : Il existe de nombreux pièges à cette dénomination. La toxine n’est pas présente dans le tampon. Le staphylocoque doré qui la produit est naturellement présent dans le vagin. La toxine se multiplie pendant les règles en présence d’un tampon, ce qui crée parfois une confusion. Pour qu’un choc toxique se produise, il faut des fluides menstruels et un blocage qui s’y oppose. Les fluides servent en quelque sorte de milieu de culture. Si la protection périodique est portée trop longtemps, le risque de développement du staphylocoque augmente. Plus le tampon a une forte capacité absorbante, plus le risque est élevé.

Certaines femmes sont-elles à risque ?

Pr Gérard Lina : Les staphylocoques dorés représentent environ 4 % de la flore vaginale. Un quart d’entre eux produisent la toxine à l’origine du choc toxique. Le portage est d’environ 1 %. Cela concerne très peu de femmes car on produit aussi des anticorps contre cette toxine, on peut donc être naturellement protégé. Cela fait 20 ans que je surveille les staphylocoques et ces chocs. Ils sont vraiment rarissimes. Il y a une vingtaine de cas par an. Mais parmi eux, 16 à 18 concernent des jeunes filles en bonne santé qui se retrouvent en réanimation.

 

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Certains tampons augmentent-ils le risque ?

Pr Gérard Lina : En fonction de la composition des tampons, le risque peut évoluer. La littérature montre que le polyacrylate favorise les chocs toxiques. On l’a observé dans les années 1980 aux Etats-Unis. Une grosse épidémie a modifié les comportements. Etonnamment, on n’a conservé qu’un aspect de ce épisode : le tampon est responsable.
En réalité, la majorité des chocs toxique était bien liée à une marque mais d’autres types de tampon ont été mis en cause. Ce n’est pas parce que la marque a été retirée du marché que le risque est retombé à zéro. Ce détail a été oublié. Mais on dispose aujourd’hui de peu d’informations sur la composition des tampons et les notices ne révèlent pas grand chose.

Les Françaises sont-elles conscientes du danger ?

Pr Gérard Lina : Elles sont mal informées. Quand on interroge les jeunes femmes, les deux tiers ont regardé la notice d’utilisation, les autres non. La notion d’éducation à l’utilisation de ce type de protection n’existe pas. Tout le monde apprend à sa façon. Il y a une espèce de tabou autour de cela : les règles sont vues comme quelque chose de sale. C’est dommage car le problème est masqué. De plus, la maladie n’est pas à déclaration obligatoire, et il n’existe pas de registre ou de pharmacovigilance. On ne connaît donc pas précisément le nombre de cas. On se fie à la bonne volonté des praticiens mais il est impossible de savoir si notre mesure est exhaustive.

 

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