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Allergènes

Semaine mondiale de l'allergie : “arrêtez de minimiser, arrêtez de nous oublier”

Jusqu’au 27 juin, se tient la Semaine mondiale de l’allergie, organisée par l'Association Allergie France. L’allergologue Dr Séverine Fernandez profite de cette occasion pour faire le point sur ce trouble qui peut prendre de nombreuses formes (respiratoires, alimentaires, médicamenteuses) et les défis qui l'entourent.

Semaine mondiale de l'allergie : “arrêtez de minimiser, arrêtez de nous oublier” nicoletaionescu/istock




Près d’un Français sur trois souffre d'une allergie et l'incidence grimpe depuis plusieurs années. Pourtant, ce trouble reste assez peu pris en compte. "La France ne fait pas exception : les maladies allergiques ne sont pas assez connues et reconnues dans le pays", confie la Dr Séverine Fernandez. Ainsi, pour cette édition française 2026, dont elle est la responsable, le mot d’ordre est : "Soignez les allergies, c'est essentiel". Un thème d’autant plus important que les cas sont aussi de plus en plus sévères.

- Pourquoi Docteur : comment expliquez-vous les allergies aux personnes qui ne connaissent pas bien cette maladie ? 

Dr Séverine Fernandez : L’allergie, de manière générale, est une réponse inappropriée de notre système immunitaire. Nos anticorps - qui sont censés nous défendre contre les bactéries, les virus, les parasites - se dérèglent. Ils vont se mettre à vouloir détruire et protéger le corps contre des protéines de notre environnement. Finalement, le corps se met à attaquer des choses banales de notre environnement : les aliments, le pollen…. 

"On observe une tendance à l'aggravation pour tous les types d'allergies…"

- Actuellement, on estime que près d’un Français sur trois souffre d'une allergie et que le taux pourrait grimper à une personne sur deux d’ici 2050. Faut-il s’inquiéter de cette prévision ? 

Le chiffre souvent cité de “50 % de la population allergique” doit être compris comme une projection, et non comme une prédiction certaine. Il ne s’agit pas d’une estimation officielle de l’OMS. Cette projection provient de travaux et de prises de position portés notamment par l’EAACI, l’European Academy of Allergy and Clinical Immunology, qui alerte depuis plusieurs années sur la progression rapide des maladies allergiques. L’EAACI rappelle que les allergies concernent déjà plus d’un milliard de personnes dans le monde et que leur prévalence pourrait atteindre plusieurs milliards de personnes dans les années 2050 si les tendances actuelles se poursuivent.

L’idée des “50 %” repose donc sur un raisonnement prospectif : on observe une augmentation importante des allergies depuis plusieurs décennies, sous l’effet de facteurs multiples — pollution, changement climatique, urbanisation, modification des modes de vie, exposition accrue aux allergènes — et l’on prolonge cette tendance dans le temps. Ce n’est pas une certitude mathématique, mais un signal d’alerte.

De plus, on observe une tendance à l'aggravation pour tous les types d'allergies… non pas du nombre d'allergies, mais surtout de la sévérité. Cela nous alerte aussi beaucoup.

Hausse des cas d'allergies : "cette progression est multifactorielle"

- Sait-on pourquoi les cas deviennent plus sévères ? 

On a beaucoup de données sur ce phénomène. Ce n’est pas une cause unique qui explique pourquoi les cas d’allergie s'aggravent. Cette progression est multifactorielle, en réalité. Par exemple, pour les allergies respiratoires, les pollens ont tendance à polliniser plus longtemps. Quand on reprend les données des capteurs polliniques, on voit, en effet, un élargissement du calendrier pollinique depuis plusieurs années. De plus, on observe l’apparition d’espèces qui n'étaient pas présentes dans certaines régions. Par exemple, il y a l'ambroisie. Plutôt concentrée dans la vallée du Rhône, originellement, cette plante envahissante s’étend progressivement aux autres régions. 

Pourquoi les pollens sont-ils plus présents ? Stressées, parce qu'elles aussi subissent les changements environnementaux, les plantes se disent qu’elles doivent se reproduire pour survivre. Elles lâchent donc davantage de pollens dans l’air.

De plus, le pollen a une coque un peu protectrice. Plusieurs études aérobiologiques ont montré que cette dernière est “grignotée” par l'ozone et d’autres polluants. On sait que cela conduit les pollens à avoir des protéines plus allergisantes. 

Autre raison : quand il y a un orage, le pollen va exploser et se disperser encore plus profondément au niveau des petites branches. Or, les orages sont de plus en plus récurrents. Ce qui entraîne une aggravation des asthmes d’orage. 

Il y a aussi des raisons humaines à cette hausse des allergies. Des études montrent que certains polluants et pesticides affaiblissent notre épithélium, soit la barrière protectrice de nos organes. Cela nous conduit à avoir une inflammation un peu permanente qui nous fragilise. En résumé, on est plus sujet à développer des allergies, et en plus, on a des allergènes beaucoup plus forts qu'avant.

Allergie alimentaire : "il y a maintenant des allergènes qui sont dits émergents"

- Quels sont les types d’allergies qui augmentent le plus ? 

Comme je vous le disais, pour les allergies respiratoires, on arrive sur un plateau. Mais, avant cela en 20 ans, on avait eu une augmentation passant de 10 à 20 % de la population. Pour les allergies alimentaires, on était autour de 2 à 4 % il y a 15 ans, maintenant, on est à 6-8 %. Ça, ça nous alerte. D’autant plus qu'il y a maintenant des allergènes dits "émergents". Je vous parle de la farine de pois, les lentilles, les légumineuses ou encore le lait de chèvre et de brebis. Ils n'étaient pas des allergènes fréquents, il y a encore quelques années. Aujourd’hui, on les voit de plus en plus souvent ce qui alerte le Réseau Allergo-Vigilance (RAV). Cela nous fait très peur, car ils ne sont pas inscrits dans la réglementation des allergènes à déclaration obligatoire. Les industriels ne sont pas obligés de les mettre en évidence sur les paquets ( en gras, italique etc..). Ainsi, nos patients n’ont pas les informations claires dont ils ont besoin. Ce qui est dangereux.

On observe aussi une augmentation des cas d'anaphylaxie aux médicaments. Mais je pense qu'on les recense beaucoup mieux (depuis l’inscription de l’anaphylaxie dans la classification CIM). 

Méconnaissance des allergies : "Je ne soigne pas les nez qui coulent : je soigne des patients qui ont des pathologies sévères"

- Quelles difficultés rencontre-t-on avec les allergies ?

Nous nous sommes rendu compte - depuis le temps qu’on alerte sur les allergies - qu’elles sont trop souvent minimisées et mal prises en compte dans la société. Il y a le cliché de dire : "l'allergie, ça va, c'est un nez qui coule". Mais pas du tout ! Je ne soigne pas les nez qui coulent : je soigne des patients qui ont des pathologies allergiques invalidantes ou sévères.

Dans les allergies respiratoires, on a des enfants qui ont des asthmes allergiques invalidants. Dans l'allergie alimentaire, les anaphylaxies sont importantes. Il en est de même pour celles aux médicaments. Pour ces dernières, il faut vraiment faire des bilans complets pour identifier les allergènes. D’ailleurs, ces troubles graves sont tellement minimisés que le terme anaphylaxie, donc allergie sévère, n’est lui-même rentré dans la classification internationale des maladies (CIM) qu’en 2021.

On a un retard sur l'allergie qui est phénoménal. Cette semaine de sensibilisation a pour but de dire : arrêtez de minimiser, arrêtez de nous oublier. 

Aussi bien les allergologues que les patients, nous aimerions que les autorités prennent conscience des difficultés causées par les allergies. Les allergies sont multiples, complexes et invalidantes, voire sévères pour nos patients. Lors de l’établissement des plans de végétalisation et d’urbanisation, les autorités devraient, en plus des autres experts, interroger aussi des allergologues pour notamment choisir les plantes les moins à risque pour les personnes allergiques. Il faut revoir la réglementation sur la liste des allergènes à déclaration obligatoire, travailler avec les industriels. Il faudrait une politique générale pour lutter contre les allergies avec des moyens généraux, des capteurs, des relevés polliniques et des groupes de travail qui se consacrent à cette problématique grandissante.

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