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QUESTION D'ACTU

40 dégrés

Canicule : ce qui se passe vraiment dans le corps

La chaleur ne provoque pas seulement une « déshydratation ». Pour défendre sa température interne, l’organisme détourne du sang vers la peau, accélère le cœur, concentre les urines et produit de la sueur. Quand ces mécanismes sont débordés, le cerveau, les muscles, les reins, le foie et la coagulation peuvent être atteints en quelques heures.

Canicule : ce qui se passe vraiment dans le corps iStock/demaerre




L'ESSENTIEL
  • Le danger dépend de la chaleur réellement stockée par le corps : température, humidité, soleil, air immobile, effort, vêtements, durée d’exposition et état de santé se combinent.
  • Confusion, propos incohérents, démarche instable, convulsions, somnolence ou perte de connaissance après une exposition à la chaleur font suspecter un coup de chaleur : appeler le 15 ou le 112 et refroidir immédiatement.
  • Le paracétamol, l’aspirine et les anti-inflammatoires ne font pas baisser une hyperthermie.

Au cours de l’été 2025, Santé publique France a estimé que plus de 5 700 décès étaient attribuables à l’exposition de la population à la chaleur. Plus de 24 000 recours aux soins d’urgence ont été enregistrés pour des hyperthermies, des déshydratations ou des troubles dusodium. Ces chiffres ne correspondent pas uniquement à des « coups de chaleur » : la chaleurdéstabilise aussi des maladies cardiaques, rénales, respiratoires, métaboliques ou psychiatriques.

Le corps ne « supporte » pas la chaleur : il doit l’évacuer en permanence

Même au repos, nos cellules produisent de la chaleur. L’exercice, un travail physique, une infection, l’agitation ou certains médicaments en ajoutent. La température interne reste stable seulement si cette chaleur produite, plus celle reçue de l’environnement, est compensée par des pertes suffisantes vers l’air et les surfaces voisines. 

Le corps utilise quatre voies : le rayonnement, la convection avec l’air, la conduction par contact et surtout l’évaporation de la sueur. Le point souvent mal compris est que seule la sueur qui s’évapore refroidit réellement. Quand l’air et les murs deviennent aussi chauds, voire plus chauds que la peau, les échanges « secs » cessent de nous refroidir : l’environnement peut au contraire nous apporter de la chaleur. L’évaporation devient alors la principale porte de sortie. Elle fonctionne mal lorsque l’air est humide, immobile ou bloqué par des vêtements épais, imperméables ou un équipement de protection. C’est pourquoi 34 °C dans un logement humide et sans courant d’air peuvent être plus éprouvants qu’une température supérieure dans un air sec et ventilé.

Pour refroidir la peau, le cœur paie une partie de la facture

Dès que la température augmente, les petits vaisseaux de la peau se dilatent. Une part croissante du sang est dirigée vers la surface pour y céder de la chaleur. Pour maintenir la pression artérielle, le cœur accélère. En parallèle, la transpiration fait diminuer le volume d’eau circulant dans les vaisseaux. Le retour du sang vers le cœur baisse, tout comme le volume éjecté à chaque battement.

Chez une personne jeune et en bonne santé, cette adaptation peut fonctionner longtemps. Chez une personne âgée, insuffisante cardiaque, coronarienne, hypertendue ou traitée par certains médicaments, la marge est plus faible. La combinaison « vaisseaux dilatés + volume sanguin réduit + cœur sollicité » favorise malaise, chute de tension, syncope, trouble du rythme, douleur thoracique ou décompensation cardiaque.

Le corps privilégie la peau et le cœur au détriment d’autres territoires. Le débit sanguin rénal et digestif peut diminuer. Les reins économisent l’eau et fabriquent moins d’urine ; l’intestin reçoit moins de sang. Cette redistribution est utile pendant un temps, mais elle devient dangereuse si l’exposition se prolonge.

La nuit compte autant que le jour. Une chambre qui reste chaude empêche de dissiper la chaleur accumulée, fragmente le sommeil et entretient la déshydratation. Le lendemain, l’organisme repart avec moins de réserve, même si la température extérieure paraît moins spectaculaire.

Déshydratation, manque de sel ou excès d’eau : trois situations différentes

La sueur contient de l’eau et du sodium. Si ces pertes ne sont pas compensées, la bouche devient sèche, la soif augmente, les urines se raréfient et foncent, la tension peut baisser. Chez les personnes qui perçoivent mal la soif - notamment certaines personnes âgées, dépendantes ou atteintes de troubles cognitifs- l’absence de demande de boisson n’est pas rassurante.

Mais « boire le plus possible » n’est pas une règle sûre. Lors d’un effort prolongé, absorber de grandes quantités d’eau plus vite qu’on ne les perd peut diluer le sodium du sang : c’est l’hyponatrémie. Elle peut donner nausées, maux de tête, confusion, convulsions ou coma, des signes proches de ceux d’un coup de chaleur. Cette situation explique pourquoi il ne faut ni imposer plusieurs litres en peu de temps, ni perfuser ou faire boire automatiquement une personne présentant des troubles neurologiques.

À l’inverse, une personne isolée, dépendante ou incapable d’accéder à l’eau peut développer une déshydratation avec excès relatif de sodium. L’hydratation doit donc être régulière et adaptée à la personne, à ses pertes et à ses maladies.

En cas d’insuffisance cardiaque ou rénale, la quantité à boire doit être discutée à l’avance avec un professionnel de santé.

Le coup de chaleur n’est pas une « grosse fièvre »

Dans une fièvre infectieuse, le cerveau relève temporairement la température qu’il cherche à maintenir. Dans le coup de chaleur, le « thermostat » n’est pas réglé plus haut : l’organisme n’arrive simplement plus à éliminer la chaleur reçue ou produite. C’est une hyperthermie non contrôlée. Les médicaments antipyrétiques ne corrigent donc pas le mécanisme.

Lorsque la température interne monte suffisamment et assez longtemps, la chaleur altère directement les protéines et les membranes cellulaires. La baisse de perfusion digestive et l’agression thermique peuvent rendre la barrière intestinale plus perméable, ce qui amplifie la réponse inflammatoire. La paroi interne des vaisseaux — l’endothélium— est touchée, et la coagulation s’active de façon désordonnée. Des microcaillots et des saignements peuvent coexister. 

Le résultat ressemble, sur certains points, à une réaction inflammatoire généralisée : hypotension, atteinte du cerveau, des reins, des muscles, du foie, des poumons et du système de coagulation. La gravité dépend autant de la durée passée à une température élevée que du chiffre maximal atteint. Refroidir vite est donc un traitement, pas un simple geste de confort. 

Le seuil de 40 °C est classique mais ne doit pas devenir un obstacle au diagnostic. Une mesure frontale, axillaire ou auriculaire peut sous-estimer la température interne. La personne peut déjà avoir été mouillée, déplacée ou refroidie avant la mesure. À l’inverse, une température élevée sans trouble neurologique n’est pas à elle seule la définition d’un coup de chaleur. Dans le doute, les symptômes et le contexte priment.

Ce que la chaleur peut faire aux organes

Le cerveau : le premier signal de bascule

Irritabilité inhabituelle, confusion, désorientation, agressivité, propos incohérents, difficulté à marcher droit, trouble de la parole, somnolence ou convulsions ne doivent jamais être réduits à « un coup de fatigue ». Le cervelet, qui participe à l’équilibre et à la coordination, est particulièrement sensible. Des séquelles cognitives ou neurologiques persistantes sont possibles après les formes graves.

Les reins : moins de débit, plus de pigments à filtrer

La baisse du volume sanguin et du débit rénal peut provoquer une insuffisance rénale aiguë. Le risque augmente si les muscles se détruisent et libèrent de la myoglobine, un pigment toxique pour les tubules rénaux. Des urines très rares ou couleur « thé/cola » après un effort ou une forte chaleur sont un signal d’alarme.

Les muscles : de la crampe à la rhabdomyolyse

Les crampes sont fréquentes mais ne résument pas l’atteinte musculaire. Dans la rhabdomyolyse, les cellules musculaires se rompent massivement. Elle peut provoquer douleurs, faiblesse, gonflement, urines foncées, troubles du potassium et atteinte rénale. Elle est particulièrement redoutée dans les coups de chaleur liés à l’effort.

Le foie et la coagulation : une aggravation parfois retardée

Le foie peut sembler peu atteint au début puis se dégrader dans les 24 à 72 heures. La coagulation peut aussi se dérégler secondairement, avec baisse des plaquettes et risque de saignement. C’est l’une des raisons pour lesquelles un patient ayant présenté un véritable coup de chaleur peut nécessiter des bilans répétés, même après retour à une température normale.

Le cœur et les poumons : la réserve peut être dépassée

Tachycardie, chute de tension, trouble du rythme, manque d’oxygène du muscle cardiaque ou insuffisance cardiaque peuvent survenir. Chez les personnes fragiles, la chaleur peut déclencher une décompensation sans que le mot « hyperthermie » apparaisse au premier plan. Une douleur thoracique ou un essoufflement important pendant une vague de chaleur justifie une évaluation urgente.

Les signes qui imposent d’appeler le 15 ou le 112

Il ne faut pas attendre la perte de connaissance ni chercher à obtenir un thermomètre parfait. Après une exposition à

la chaleur, l’un des signes suivants justifie un appel immédiat :

• confusion, comportement inhabituel, désorientation, propos incohérents, démarche instable ou trouble de la parole ;

• convulsions, somnolence anormale, difficulté à réveiller la personne ou perte de connaissance ;

• effondrement, malaise persistant, douleur thoracique, essoufflement marqué ou rythme cardiaque très rapide ;

• vomissements répétés, incapacité à boire, difficulté à avaler, absence d’urines ou urines très foncées ;

• aggravation rapide chez un nourrisson, une personne âgée, une femme enceinte ou une personne atteinte d’une maladie cardiaque, rénale, neurologique, psychiatrique ou d’un diabète ;

• prise de lithium ou de médicaments à risque associée à une dégradation de l’état général.

Chez l’enfant, une somnolence inhabituelle, une irritabilité extrême, l’absence de larmes, des couches peu mouillées ou un refus de boire doivent faire réagir. Un enfant ou un animal ne doit jamais être laissé dans un véhicule, même quelques minutes et même avec une vitre entrouverte.

Les dix premières minutes : refroidir pendant que les secours arrivent

Le principe est simple : protéger les fonctions vitales et retirer de la chaleur au corps le plus vite possible. Le refroidissement ne doit pas attendre le transport. Les recommandations de réanimation privilégient les méthodes actives, l’immersion en eau froide étant la plus rapide lorsqu’elle peut être réalisée en sécurité.

Ce qu’il ne faut pas faire

• Ne pas faire boire une personne confuse, somnolente, convulsant, vomissant ou ayant du mal à avaler : elle peut inhaler le liquide.

• Ne pas donner de paracétamol, d’aspirine ou d’anti-inflammatoire pour « faire tomber la température ». Ils sont inefficaces dans le coup de chaleur et peuvent aggraver une atteinte du foie, des reins ou de la coagulation.

• Ne pas se contenter de poches de glace au cou, aux aisselles et à l’aine. Elles peuvent compléter le refroidissement, mais refroidissent trop peu de surface si elles sont utilisées seules.

• Ne pas attendre que la peau devienne sèche : de nombreuses victimes, notamment après un effort, continuent à transpirer.

• Ne pas conduire soi-même une personne confuse ou instable sans avis des secours ; son état peut se détériorer pendant le trajet.

Bien boire, sans transformer l’hydratation en slogan

Pour la plupart des adultes en bonne santé, l’objectif est de boire régulièrement, par petites prises, avant que la soif ne devienne intense, tout en continuant à manger normalement. Les aliments apportent une partie de l’eau et du sodium perdus. L’alcool aggrave la déshydratation, altère le jugement et doit être évité pendant une exposition importante.

Après plusieurs heures d’effort avec forte sudation, une boisson contenant des électrolytes peut être utile, mais elle n’autorise pas à dépasser ses pertes. Les comprimés de sel ne doivent pas être pris au hasard. Une prise de poids pendant un effort prolongé, des nausées, un mal de tête croissant ou un gonflement peuvent évoquer une surhydratation et imposent d’arrêter de boire de grandes quantités puis de demander un avis médical.

Chez une personne âgée, l’offre de boisson doit être organisée : verre accessible, petites quantités fréquentes, aliments riches en eau, aide pour se servir et accès aux toilettes. Chez une personne insuffisante cardiaque ou rénale, la consigne doit être personnalisée ; augmenter brutalement les apports peut aussi être dangereux.

Médicaments : le risque vient de plusieurs mécanismes

Il n’existe pas une unique liste de « médicaments interdits pendant la canicule ». Le risque dépend de la maladie, des associations, de la dose, de l’hydratation et de l’état rénal. La règle la plus importante est de ne jamais arrêter seul un traitement : une interruption brutale peut être plus dangereuse que sa poursuite. En revanche, une revue avec le médecin ou le pharmacien avant ou dès le début d’une vague de chaleur est particulièrement utile. [8]

Qui est vulnérable ? Pas seulement les personnes âgées

L’âge avancé augmente fortement le risque en raison d’une sudation moins efficace, d’une soif émoussée, d’une réserve cardiaque et rénale réduite, des maladies chroniques et de la polymédication. Mais les nourrissons, les femmes enceintes, les personnes en situation de handicap, atteintes de démence ou de troubles psychiatriques, les personnes isolées et celles qui dépendent d’un tiers pour boire ou se déplacer sont également exposées.

Les travailleurs en extérieur, les sportifs, les militaires, les pompiers, les personnes portant des équipements de protection ou reprenant une activité après une pause peuvent produire plus de chaleur qu’elles ne peuvent en perdre.

Le manque d’acclimatation, le sommeil insuffisant, une infection, une diarrhée, l’alcool, les stimulants et un antécédent de maladie liée à la chaleur réduisent encore la marge de sécurité.

Le logement est un facteur médical. Dernier étage, toit métallique, mauvaise isolation, fenêtres sans protection extérieure, absence de ventilation nocturne, quartier minéral et impossibilité d’accéder à un lieu frais peuvent transformer une personne « peu fragile » sur le papier en personne à haut risque.

Une prévention à la hauteur du risque : réduire la dose de chaleur et surveiller la réserve

Prévenir ne consiste pas seulement à rappeler de boire. Il faut agir sur trois leviers : diminuer la chaleur reçue ou produite, augmenter les possibilités de refroidissement et détecter tôt la perte de réserve.

Refroidir réellement la personne

Fermer les volets ou stores avant que le soleil n’entre, limiter les appareils qui chauffent, ouvrir la nuit seulement lorsque l’air extérieur est plus frais, et créer des courants d’air sont utiles. Mais lorsque le logement reste chaud, il faut prévoir plusieurs heures dans un lieu plus frais : pièce climatisée, bibliothèque, centre commercial, cinéma, domicile d’un proche ou espace municipal. Une douche fraîche, la peau mouillée associée à un ventilateur et des vêtements légers agissent directement sur le corps.

Surveiller autre chose que la soif

Pour une personne vulnérable, un simple appel demandant « ça va ? » ne suffit pas toujours. Il faut vérifier des éléments concrets : est-elle orientée ? marche-t-elle normalement ? a-t-elle bu et mangé ? urine-t-elle ? vomit-elle ? sa respiration est-elle habituelle ? La visite physique est préférable si elle vit seule, a des troubles cognitifs ou ne peut pas se déplacer vers un lieu frais.

Adapter travail et sport, pas seulement l’horaire

Décaler l’effort ne suffit pas si la nuit reste chaude ou si l’équipement bloque l’évaporation. Il faut réduire l’intensité et la durée, augmenter les pauses, prévoir eau et refroidissement sur place, travailler en binôme et permettre l’arrêt immédiat sans sanction. L’acclimatation demande une exposition progressive pendant environ une à deux semaines, elle améliore la sudation et la stabilité cardiovasculaire mais ne rend jamais invulnérable.

Préparer un plan médicamenteux et hydrique

Les personnes ayant une maladie rénale, cardiaque, un diabète, une stomie, un traitement diurétique ou du lithium devraient savoir à l’avance qui appeler en cas de vomissements, diarrhée, baisse des apports, hypotension ou diminution des urines. La consigne utile est écrite et personnalisée, pas improvisée au milieu de la vague de chaleur.

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