- Une étude menée au Liberia a montré que, même sept ans après avoir contracté Ebola, les survivants présentent plus souvent que les autres des troubles de la mémoire, de la concentration et de l’irritabilité.
- Les patients ayant subi une forme plus sévère ont eu davantage de problèmes neurologiques plusieurs années plus tard.
- Les recherches renforcent l’idée que les survivants ont besoin d’un suivi neurologique et psychologique de long terme, et pas seulement de soins pendant la phase aiguë de la maladie.
Depuis mai, les cas d’Ebola, qui se transmet par contact direct avec des fluides corporels (sang, salive, urine, sperme, sueur, selles…) des personnes infectées ou par le biais d’objets ou de surfaces contaminés, se multiplient en République démocratique du Congo. D’après les autorités congolaises, 808 cas ont été recensés jusqu’à présent, dont 192 décès, soit un taux de létalité de 24 %. Le "manque cruel de capacités de diagnostic rend très difficile de savoir exactement dans quelle mesure l’épidémie se propage. Je pense que le pic n’est pas derrière nous, mais devant nous", a déclaré Bruno Michon, chef des opérations de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), partenaire des Nations Unies.
"Pas de traitement spécifique homologué" d'Ebola
Pour rappel, cette maladie grave, souvent mortelle chez l’Homme, se manifeste par une fatigue fébrile à début brutal, des douleurs musculaires, des céphalées. Ils sont souvent suivis de vomissements, de diarrhée, parfois d’une éruption cutanée. Des hémorragies internes et externes peuvent également survenir (par exemple, hémorragies conjonctivales, saignements des gencives ou du nez, sang dans les selles, hématomes cutanés). "Il n’y a pas, aujourd’hui, de traitement spécifique homologué de la maladie à virus Ebola, notamment pour la souche Bundibugyo mais la réhydratation de soutien par voie orale ou intraveineuse et le traitement des symptômes améliorent les taux de survie. Plusieurs traitements (dérivés du sang, traitements stimulant l’immunité ou médicamenteux) sont à l’étude", précise le ministère de la Santé.
Ebola : des évaluations neurologiques pour 229 patients
Selon une nouvelle étude, parue dans la revue JAMA Neurology, Ebola laisse des traces dans le cerveau des survivants pendant des années. Pour parvenir à cette conclusion, des chercheurs américains sont partis d’un constat : "l’impact neurologique de la maladie chez les survivants reste mal caractérisé en raison des capacités limitées d’évaluation neurologique dans les régions reculées où surviennent la plupart des épidémies."
Afin de caractériser les séquelles neurologiques chez les survivants d’Ebola, l’équipe a suivi 229 personnes au Libéria entre 2015 et 2023, dont 148 survivants et 81 personnes ayant été en contact étroit avec des personnes infectées et n'ayant jamais contracté le virus. Des évaluations neurologiques ont été réalisées deux fois par an par des neurologues formés. De plus, des données des questionnaires sur les symptômes et les problèmes de santé persistants et des examens (évaluant la coordination, les réflexes, la force et d'autres signes de fonctionnement du système nerveux) ont été recueillies et analysées.
Des séquelles neurologiques identifiées chez les survivants d’Ebola sept ans après l’infection
Les résultats ont révélé que, durant la phase aiguë de l'infection, les survivants ont rapporté des céphalées, des troubles de la conscience et, plus rarement, des symptômes pseudo-AVC ou une méningo-encéphalite. Les survivants présentaient des séquelles neurologiques importantes touchant l'ensemble du système nerveux : troubles cognitifs, troubles du sommeil, dépression, dysfonction sexuelle, tremblements, fatigue, atteintes des nerfs crâniens et troubles sensitifs. Par la suite, la plupart des survivants ont présenté une amélioration de leur état neurologique. Cependant, plus de cinq ans après, les survivants étaient encore plus susceptibles de souffrir de pertes de mémoire, d'irritabilité et de difficultés de concentration.
Lors de l’analyse, les auteurs ont également constaté que les survivants ayant présenté une forme plus grave de la maladie avaient tendance à avoir des séquelles neurologiques moins importantes des années plus tard. Autre observation : "des taux élevés d'anticorps anti-Ebola chez les survivants étaient associés à une augmentation des symptômes neurologiques et à une altération des fonctions neurologiques, suggérant qu'une réponse immunitaire excessive ou persistante, plutôt que le virus lui-même, serait à l'origine de ces effets à long terme."
Ebola : un suivi neurologique est nécessaire
Face à ces données, montrant qu’Ebola est une maladie neurotrope (c’est-à-dire capable d'affecter directement le système nerveux et de persister potentiellement longtemps après la fin de la phase aiguë de l'infection), les scientifiques soulignent l’importance d’un dépistage simple des maux de tête, des troubles de la mémoire ou des changements d'humeur, intégré aux examens de routine.


