- Une nouvelle étude montre que le frein de la lèvre supérieure, à savoir la petite bande de tissu entre la lèvre supérieure et les gencives, chez les bébés n'a pas d'influence significative sur les difficultés d'allaitement.
- L’inexpérience maternelle, plutôt que l’anatomie de la bride labiale supérieure du nourrisson, était associée à un allaitement difficile.
- Aucune indication de traitement chirurgical pour le frein de la lèvre supérieure n’a été confirmée.
Frein lingual, c’est le terme médical pour parler du frein de la langue. Il s’agit d’une fine bande de tissu qui relie la langue au plancher de la bouche. Celle-ci est souvent pointée du doigt, car dans l’imaginaire collectif, elle est responsable des difficultés d’allaitement. C’est pourquoi de nombreux parents ont de plus en plus recours à la frénotomie linguale, une opération qui consiste à sectionner le frein de la langue des nourrissons. Pourtant, en 2022, l’Académie de médecine a rappelé que cet acte chirurgical, "agressif et potentiellement dangereux pour les nouveau-nés", est très souvent injustifié.
Analyser les anomalies cliniques du frein labial supérieur chez les nourrissons
Dans une nouvelle étude, des scientifiques de l’université d'Oulu (Finlande) se sont, cette fois-ci, intéressés au frein labial, à savoir la petite bande de tissu entre la lèvre supérieure et les gencives. Cette dernière est également souvent accusée de modifier la prise du sein et la succion, ce qui peut empêcher l’allaitement. Afin de savoir si c’est réellement le cas, l’équipe a examiné l'association entre les anomalies cliniques du frein labial supérieur, telles que son épaisseur, son insertion et sa mobilité, et les difficultés d'allaitement précoces, le besoin de la mère de corriger la position de sa lèvre supérieure et la nécessité d'un traitement précoce du frein lingual. Pour cela, les auteurs ont suivi 264 duos mère-enfant à l'hôpital universitaire d'Oulu entre 2023 et 2024. Les bébés étaient nés à terme et en bonne santé. Après six mois, les parents ont été interrogés sur le succès de l'allaitement.
Le frein de la lèvre supérieure n'a pas d'influence sur les difficultés d'allaitement
Les résultats, publiés dans la revue JAMA Network Open, ont montré que 228 mères, soit 86,4 %, ont signalé des difficultés d'allaitement durant les premiers jours suivant la naissance. Cependant, les données recueillies lors du questionnaire de suivi à six mois ne révèlent aucun lien entre les caractéristiques anatomiques du frein de la lèvre supérieure et les problèmes d'allaitement. L'épaisseur du frein, son point d'insertion et d'autres caractéristiques structurelles n'ont pas augmenté le risque de difficultés d'allaitement. Selon les chercheurs, le fait d’avoir déjà allaité semblait être un atout.
Parmi les mères dont les nourrissons ont été traités précocement pour une ankyloglossie (un frein de langue trop court et/ou trop fibreux), 43,6 % contre 20,8 % des mères dont les bébés n’ont pas été opérés ont rapporté la nécessité de corriger la position de la lèvre supérieure pendant l’allaitement.
Frein de la lèvre supérieure : aucune preuve justifiant un traitement chirurgical
Face à ces données, l’équipe conclut qu’un frein de la lèvre supérieure gênant l'allaitement est rare. Le frein lingual et le frein labial sont "des structures anatomiques tout à fait normales et présentes chez toutes les personnes", rappellent les Hôpitaux universitaires de Genève. Ainsi, les scientifiques ne confirment aucune indication de traitement chirurgical pour une petite bande de tissu entre la lèvre supérieure et les gencives. "Les difficultés d'allaitement chez les nouveau-nés doivent toujours faire l'objet d'une évaluation complète. J'insiste plutôt sur l'importance d'un soutien de qualité à l'allaitement, en particulier durant les premières semaines suivant la naissance, période où les difficultés d'allaitement sont fréquentes", a précisé la pédiatre et néonatologue Outi Aikio, qui a participé à l’étude.


