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QUESTION D'ACTU

Erreurs médicales

Mauvais diagnostique, non-assistance à personne en danger, prise en charge tardive... : les secours français sont-ils fiables ?

Non-assistance à personne en danger, prise en charge tardive, mauvais diagnostique, manque d'empathie... les cas de négligence de la part des services d'urgences se succèdent. 

Mauvais diagnostique, non-assistance à personne en danger, prise en charge tardive... : les secours français sont-ils fiables ? Eureka_89 / istock

  • Publié 19.05.2018 à 18h10
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Depuis les révélations faites sur la mort de Noami Musenga, décédée fin décembre après avoir contacté le Samu de Strasbourg qui s’était moqué d’elle au téléphone, les témoignages relatant des faits de négligence affluent. Non -ssistance à personne en danger, prise en charge tardive, mauvais diagnostique, manque d'empathie... les secours français sont-ils au bord de l'hécatombe ?

Le pompier diagnostique un coup de chaud au lieu d'un AVC

Le 16 mais à Lille, le tribunal administratif a condamné le service départementale d’incendie et de secours (SDIS) du Nord et l’hôpital de Roubaix à verser 300 000 euros à Christophe pour l’avoir mal diagnostiquélors d’un accident vasculaire cérébral (AVC). L’homme, aujourd’hui âgé de 44 ans, est tétraplégique parce que le pompier de permanence qu'il a appelé en renfort en 2012 alors qu'il se sentait mal (vertiges, vomissements, troubles de l’équilibre et de l’allocution), lui a conseillé de rentrer chez lui. Pensant à un coup de chaud, le pompier n'a pas pris la peine de se déplacer. 

Mais sur le chemin, l’homme s’effondre. Environ deux heures plus tard, une passante le découvre inconscient dans la rue et le conduit à l’hôpital Victor-Provo de Roubaix. Sur place, les médecins attendent deux heures avant de se décider à l’envoyer au CHR de Lille "compte tenu de la gravité de son état de santé". Arrivé sur place à 3h30 du matin, il est trop tard : Christophe présente déjà une "tétraplégie flasque aux quatre membres" suite à son AVC. Un examen neurologique diagnostique qu’il souffre du "locked in syndrom" ou syndrome d’enfermement. Si ses facultés intellectuelles sont intactes, il est aujourd’hui tétraplégique et dépendant. Il est conscient, entend et voit mais ne peut plus parler.

Prise en charge trop tard, une femme enceinte décède

Jeudi 17 mai, le parquet de Saint-Etienne a ouvert une enquête pour "non-assistance à personne en danger et homicide involontaire", après le décès d'une femme de 38 ans, enceinte de 6 mois, non prise en charge par le Samu neuf jours auparavant. 

Victime d'un malaise le 28 février, son mari appelle les secours. L'opérateur lui conseille d'appeler SOS Médecin, ce qu'il fait. Mais lorsque le médecin intervient deux heures plus tard, la mère de famille est en détresse cardiaque. Il pratique alors un massage cardiaque et appelle à son tour le Samu. La jeune femme est placée en coma artificiel, mais ni son bébé, ni elle, ne survivent. Le procureur adjoint de la République de Saint-Etienne, André Merle, a "saisi la police judiciaire d'une enquête préliminaire".

Le Samu refuse de se déplacer, une fillette de 3 ans décède

Début février, en pleine nuit, une fillette de 3 ans en grande détresse respiratoire et neurologique a été amenée par sa mère à l’hôpital d’Aix-les-Bains. Contaminée par la grippe, la petite Lissana n'a pu être réanimée. Sa famille a affirmé avoir appelé le Samu en voyant l'état de la petite fille se dégrader. Mais les secours auraient refusé de se déplacer, obligeant la mère à emmener elle-même sa fille à l'hôpital.

Pourtant, la fillette avait 3 ans et plus de 40°C de fièvre depuis le dimanche 28 janvier, date à laquelle le diagnostique de grippe avait été posé par un médecin. La persistance de la fièvre pendant 2 jours et l'apparition progressive d'une gène respiratoire croissante, très inhabituelle dans la grippe hivernale, auraient du alerter les médecins du Samu, en particulier avec les antécédents de bronchiolite qu'avait la fillette. Tous les signes de gravité d'une grippe inhabituelle étaient présents pour déclencher une intervention du Samu et une hospitalisation immédiate en réanimation pédiatrique. Cela n'a pas été le cas, suggérant un notable dysfonctionnement de la chaine d'urgence. 

Amputé après une prise en charge tardive du Samu

Ces drames ne sont pas sans rappeler celui vécu par Thomas Veyret (21 ans), amputé après une prise en charge tardive du Samu en 2017. "C’était le même discours odieux et surtout aucune empathie pour la personne, aucune considération de son état", se souvient le jeune homme après avoir entendu l'enregistrement de l'appel passé par Naomi Musenga au Samu. 

A l'époque, Thomas exécute des figures sur un trampoline sur son lieu de travail, à Grenoble et retombe mal. Il appelle alors le Samu et explique à l'opérateur que sa jambe est "à l'équerre", donc fracturée. L'opérateur lui demande de la redresser lui même : "Attendez je vais doucement parce que là...", explique le jeune homme. Et son interlocuteur de lui répondre : "Allez doucement mais là j’attends depuis un moment". Ce mauvais geste et sa prise en charge tardive empêchent l'oxygénation de sa jambe pendant plusieurs heures. 

Comme le souligne BFMTV, Thomas a en effet dû attendre 7 heures avant de passer l'angioscanner, un examen permettant de visualiser les artères et vaisseaux sanguins responsables de l'irrigation du corps en oxygène. "La situation est commune entre l’affaire qui concerne mon client et cette jeune femme décédée, Naomi, à savoir que c’est ce manque d’écoute qui cause l’erreur médicale", a déclaré Me Edouard Bourgin, l'avocat de la famille Veyret.

Saturation des services d'urgences

Attentes interminables, pénurie de personnels et de matériel, manque d'information... les services d'urgences français sont saturés. A Tours, deux femmes âgées de 90 ans sont décédéesdans la salle d'attente des urgences à quinze jours d'intervalle. Toutes deux étaient en fin de vie des suites d'une maladie grave et sont restées entre 4 et 6 heures allongées sur un brancard dans une pièce bondée, rendant leur dernier souffle au milieu d'autres patients, sans assistance d'un professionnel de santé.

"C'est un phénomène exceptionnel", a commenté auprès de France Bleu Touraine le professeur Pierre-François Dequin, responsable médical du Pôle Urgences du CHRU Trousseau. "Les équipes soignantes sont meurtries, blessées, choquées par ces décès indignes". Le premier décès est survenu dans la nuit du 11 au 12 avril, le deuxième le 3 mai dernier. Ces deux drames témoignent-ils de l'implosion des centres hospitaliers français ? D'une saturation des services d'urgences ? D’après les chiffres fournis par le ministère de la Santé vendredi 16 mars, 97 hôpitaux sur 650 ont dû activer le plan "hôpital en tension" afin d’obtenir l’ajout de lits supplémentaires dans les différents services.

Vers une "certification" des Samu ?

Face à cette succession de drames, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a demandé une "certification" des Samu. "Il y a aujourd’hui beaucoup d’affaires qui remontent : des affaires aux urgences, des affaires liées au Samu et des affaires liées à la prise en charge des pompiers, aussi soumis à la même pression et au même risque", a-t-elle déclaré à l'occasion d’une visite du centre de régulation du Samu du Val-de-Marne à Créteil. 

La ministre a estimé que ces affaires démontrent "qu’il y a une marge d’amélioration de leurs pratiques, notamment une harmonisation des procédures, une meilleure formation des personnes qui répondent au téléphone" et une "assurance qualité". Et de poursuivre : "Très peu de Samu ont une assurance qualité, or c’est une activité profondément à risque (…) donc elle doit être soumise à une forme d’accréditation, de certification" et "il faudra que ce soit très rapidement mis en place sur le territoire, dès cet été". Affaire à suivre.

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