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Syndrome d’alcoolisation fœtale

Alcoolo-dépendance : améliorer le repérage précoce des femmes enceintes

8 000 enfants naissent chaque année avec un syndrome d'alcoolisation fœtale. La dépendance à l'alcool de la mère augmente fortement le risque pour ces fœtus.

Alcoolo-dépendance : améliorer le repérage précoce des femmes enceintes natursports/epictura

  • Publié 08.09.2016 à 07h22
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En France, une femme sur cinq continue de consommer de l’alcool au cours de sa grossesse. Pour le fœtus, qui ne métabolise pas les molécules d’éthanol, les effets sont dévastateurs. Chaque année, 8 000 bébés voient le jour avec un syndrome d’alcoolisation fœtale. S’y ajoutent les enfants qui souffrent de troubles associés à l’alcoolisation fœtale. Pour rappeler les risques aux familles, une Journée mondiale de sensibilisation au SAF est organisée ce 9 septembre. Car 57 % des Français pensent qu’une consommation occasionnelle ne présente pas de risque pour le bébé à venir.

Au-delà des consommations ponctuelles, 7 % des femmes consomment de l’alcool chaque jour. Or, la prévalence du SAF passe de 1 cas pour 1 000 naissances à 6 % des naissances lorsque la mère est dépendante. La recommandation officielle est simple : pendant la grossesse, la règle du « zéro alcool » s’applique. Mais qu’en est-il pour les futures mères alcooliques ? Eléments de réponse avec deux addictologues.

Un repérage difficile

Le principal problème consiste à repérer les femmes enceintes alcoolo-dépendantes. Une démarche délicate à entreprendre, notamment en raison de la désapprobation sociale. Comme le souligne Mélina Fatseas, psychiatre addictologue au CHU de Bordeaux (Gironde), « cela nécessite de sensibiliser le plus possible l’ensemble des intervenants potentiels. » Y compris les spécialistes de la petite enfance.

A l’heure actuelle, ce dépistage systématique de la consommation d’alcool est peu réalisé, voire pas du tout. « Par peur de culpabiliser la femme, parfois parce qu’elle peut mal accepter la question et refermer la porte », estime Catherine Simon, addictologue au CSAPA (1) du CHU de Brest (Finistère). Le plus souvent, la question est soulevée lorsqu’une addiction est soupçonnée. « Le repérage précoce et l’orientation vers les unités d’addictologie reste encore difficile pour les équipes d’obstétrique », résume cette spécialiste. Toute une démarche reste à appliquer à chaque grossesse.

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Catherine Simon, addictologue au CHU de Brest : « Il faut être précis : est-ce que vous consommez de la bière ? Pour certaines femmes, l’alcool, ce sont les alcools forts. »


Pour améliorer le repérage, trois établissements ont décidé d’aller au devant des patientes, avec des unités mobiles « addictions et parentalité » (2). Mélina Fatseas a participé à la création de l’une d’entre elles, affiliée à l’hôpital Charles-Perrens de Bordeaux depuis 2010. Cette équipe pluridisciplinaire est composée d’addictologues, d’infirmiers, de psychologues. Un élément important, mais qui ne suffit pas aux yeux de cette spécialiste de l’addiction. « Il faut mettre en place dans les maternités des référents pour les questions d’addiction, que ce soient des sages-femmes, des pédiatres ou des échographistes », estime-t-elle.

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Moins de deux verres par jour

Une fois repérée, la femme enceinte peut aborder une stratégie de sevrage alcoolique, avec le soutien des équipes médicales. « Il est important d’ouvrir le dialogue et être dans une relation d’aide », aux yeux de Catherine Simon. Sans compter que le lien entre les différents professionnels est essentiel et la démarche doit être envisagée sur le long cours. Les cas de grossesse ont, de toute façon, une place prioritaire dans l’agenda des CSAPA(1). « Prendre soin d’elles, c’est aussi penser à l’enfant qui arrive et à son accueil », souligne Catherine Simon.

Ecoutez...
Catherine Simon : « Il est important d’être présent plus fréquemment, parce que souvent les personnes en difficulté avec l’alcool n’ont pas l’habitude qu’on s’occupe d’elles. »


Les équipes mobiles peuvent justement aider au dialogue autour du sevrage alcoolique, avec des rencontres rapides et privilégiées en dehors d’un cadre hospitalier. Elles remplissent ainsi leur première mission : faciliter l’accès aux soins, en lien avec les maternités.

Pour le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT), cela ne fait aucun doute : la prise en charge est nécessaire pour toute consommation addictive d’alcool. Si le sevrage total n’est pas possible, une réduction de la consommation reste bénéfique. Il fixe un objectif de deux verres par jour, ou moins, et ce tout au long de la gestation. Dans la pratique, une modulation peut être nécessaire en fonction des capacités de la patiente et de son environnement.

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Catherine Simon : « On peut proposer l’abstinence totale. Mais on sait que pour certaines femmes, cela ne sera pas si simple. »

 

Un suivi après la naissance

Ces approches peuvent être non médicamenteuses – elles passent alors par la voie de la médiation corporelle et d’approches de type méditation – ou pharmacologiques. « Cela peut être un traitement par sevrage ou des antidépresseurs, si l’état de la patiente l’exige », illustre Catherine Simon. Plusieurs médicaments sont indiqués dans la dépendance à l’alcool, mais tous ne sont pas adaptés à une grossesse. Sur les trois molécules autorisées, seul le nalméfène n’est pas recommandé, par manque de preuves. Le cas du très médiatique baclofène est plus particulier : il bénéficie d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Les femmes doivent donc prendre une contraception.

Après la grossesse, le suivi doit se poursuivre, car les addictions affectent également le développement de l’enfant et son éducation. Là encore, les équipes mobiles spécialisées s’avèrent être un soutien précieux.

« Les visites à domicile permettent de mieux évaluer l’environnement de la mère, mais aussi du père, confirme Mélina Fatseas. On peut évaluer les pratiques et les compétences parentales, éventuellement les difficultés auprès de l’enfant. » Sans compter qu’un rapport privilégié peut s’établir avec l’équipe de soin. Un lien étroit avec les centres de protection maternelle infantile (PMI) et les services sociaux est bien sûr nécessaire.

 

 

(1) CSAPA : Centre de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie

(2) Trois unités mobiles « addictions et parentalité » existent en France, à l’hôpital Charles-Perrens de Bordeaux, à Marseille (LE FIL ROUGE – AMPTA) et à l’hôpital Avicenne (Bobigny, Seine-Saint-Denis).

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