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QUESTION D'ACTU

Accès aux soins

Quand se soigner génère autant de fatigue que la maladie

Entre délais, plateformes, démarches et parcours éclatés, l’accès au soin produit désormais une fatigue qui dépasse souvent la maladie elle-même.

Quand se soigner génère autant de fatigue que la maladie iStock/dragana991




L'ESSENTIEL
  • Le système de sante est parfois difficile à comprendre pour les patients.
  • Ils doivent souvent anticiper les démarches nécessaire pour une consultation.
  • Pour les plus fragiles, cette complexité entraîne une fatigue qui s'ajoute à celle liée à la maladie.

Pendant longtemps, la difficulté principale était la maladie. Aujourd’hui, pour beaucoup de Français, une autre épreuve s’ajoute progressivement : réussir à traverser le système de santé lui-même. Chercher un rendez-vous, attendre plusieurs semaines.,  créer des comptes sur différentes plateformes, retrouver des examens, récupérer des comptes-rendus, relancer des secrétariats, comprendre des prescriptions parfois contradictoires, autant de tâches qui deviennent compliquées à gérer.

Le soin commence désormais souvent bien avant la consultation médicale. Et cette accumulation de petites difficultés finit par produire une véritable fatigue du parcours de soins. Le phénomène concerne particulièrement les patients chroniques, les personnes âgées et les familles confrontées à plusieurs intervenants médicaux. Médecin traitant, spécialistes, laboratoire, hôpital, pharmacie, infirmière : plus les acteurs se multiplient, plus la coordination devient complexe.

Les patients doivent organiser eux-mêmes leur parcours de soins

Officiellement, le système parle de “parcours coordonnés”. Mais dans la réalité, de nombreux patients ont le sentiment de devoir organiser eux-mêmes leur prise en charge. Cette situation produit une charge mentale considérable.

La fatigue n’est plus uniquement physique ou liée à la maladie. Elle devient aussi administrative, cognitive et émotionnelle. De nombreux professionnels de santé observent aujourd’hui des patients qui arrivent déjà stressés ou découragés avant même le début de la consultation. Certains décrivent une impression permanente de “courir après le système”. D’autres finissent par renoncer à certains soins devenus trop compliqués à organiser.

Les patients les plus fragiles sont souvent les premiers touchés.Ce sont les plus âgés, les plus isolés, les personnes peu à l’aise avec le numérique, celles qui maîtrisent difficilement les démarches administratives ou simplement celles qui n’ont plus l’énergie de gérer des parcours complexes.

Le paradoxe est frappant entre une médecine performante et sa complexité croissante

Jamais la médecine n’a été aussi performante techniquement. Mais jamais l’accès concret au soin n’a semblé aussi exigeant pour une partie de la population. Le problème ne vient pas seulement du manque de médecins ou des délais. Il vient aussi de la complexité croissante du système lui-même. Chaque acteur travaille souvent correctement… mais le patient doit assurer seul le lien entre eux.

C’est ce qui explique le rôle de plus en plus central joué par certains professionnels de proximité, notamment les pharmaciens. À l’officine, les équipes voient arriver des patients perdus, stressés, parfois épuisés par leur parcours. Une partie du travail consiste alors à ré-expliquer, rassurer, clarifier, reconnecter des informations dispersées. Autrement dit : le système continue globalement de fonctionner, mais au prix d’un effort croissant demandé aux patients eux-mêmes.

Le risque est que cette fatigue devienne une nouvelle inégalité de santé. Car dans un système complexe, ceux qui s’en sortent le mieux sont souvent ceux qui savent le mieux s’organiser, comprendre les démarches et naviguer entre les différents acteurs. Et lorsqu’il faut déjà beaucoup d’énergie simplement pour réussir à se soigner, certains finissent inévitablement par décrocher.

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