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QUESTION D'ACTU

Question éthique

« Opération Renaissance » fait un flop : pourquoi la téléréalité n’aurait pas dû s’emparer de l’obésité

Le nouveau programme de M6, Opération Renaissance, a été diffusé lundi 11 janvier 2021 pour la première fois, puis stoppé faute d'audience. Ce nouveau type de télé-réalité, venu tout droit des Etats-Unis et critiqué de toute part, a soulevé une vraie question éthique. 

« Opération Renaissance » fait un flop : pourquoi la téléréalité n’aurait pas dû s’emparer de l’obésité CreativaImages / istock.

  • Publié le 20.03.2021 à 15h00
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L'ESSENTIEL
  • Lancée en janvier 2021, l'émission "Opération Renaissance" a été stoppée faute d'audience
  • Elle proposait un suivi télévisé du parcours de personnes en surpoids ayant recours à la chirurgie bariatrique
  • L'obésité toucherait 17% de la population en France

Après avoir défrayé la chronique, l’émission "Opération Renaissance" a silencieusement disparu des écrans de la chaîne M6, faute d’audience. Une bonne chose, selon ses détracteurs.

Le programme, produit et présenté par Karine Le Marchand, a beaucoup fait parler de lui à cause de sa thématique : 10 personnes obèses ont été suivies pendant trois ans dans leur parcours de chirurgie bariatrique et dans leur lutte pour changer de silhouette. "J’ai voulu comprendre le mécanisme de la perte de poids. Pourquoi le corps s’emballait à un moment donné. J’ai voulu donner la parole à ceux qui ne la prennent pas habituellement. C’est ce que j’aime faire dans la vie", explique Karine Le Marchand, qui ne s’attendait surement pas au tollé suscité sur les réseaux sociaux par son émission.

Un programme "dangereux" et "culpabilisant"

Dans une tribune publiée sur Médiapart, signée par plus de 170 personnes, soignants ou collectifs, l'association anti-grossophobie Gras Politique a dénoncé la "dangerosité" du programme, qui idéalise la chirurgie bariatrique, pourtant parfois porteuse d’échecs et de nombreux risques pour la santé.

La dimension pluri-factorielle de l’obésité est aussi minimisée, au profit de la seule volonté des malades. "C’est bien à l’obèse qu’on s’attaque. C’est à lui·elle de changer, c’est à lui·elle de faire. Le sacro-saint mythe de la volonté, premier pilier de la grossophobie, permet de nier toutes les violences subies par les gros·ses, et de renvoyer les obèses à leur culpabilité : nous ne savons pas faire, nous ne savons pas nous aimer, nous ne savons pas manger, nous ne savons pas maigrir, nous nous mettrions par choix en dehors de la société qui ne veut que notre bien. Notre salut passe par l’amaigrissement, quitte à y laisser notre santé physique ou psychique : c’est la seule porte de sortie qui est mise en avant, au détriment de la prévention des violences et des inégalités, ou de la lutte contre les discriminations subies", ajoute le collectif.

La pertinence des experts choisis fait aussi débat. "C’est une émission grossophobe, qui s’appuie sur des experts qui n’en sont pas. Personnellement, je ne les croise jamais, ni dans les congrès, ni dans les sociétés savantes et encore moins dans les groupes de travail", remarque Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d'obèses (CNAO). 

"Voyeurisme" et "grossophobie"

La France compte aujourd’hui autour de 17% de personnes souffrant d’obésité, et les projections pour 2030 sont de l’ordre de 25%. De ce fait, la chirurgie de l'obésité connaît un développement rapide au sein de l’Hexagone. 240 000 interventions ont été réalisées entre 2006 et 2014 et 450 000 ont été programmées entre 2006 et 2017. Depuis 2010, plus d’une femme âgée de 18 à 54 ans sur mille est opérée chaque année.

M6 a donc bien mis le doigt sur un vrai sujet de société, mais de manière très maladroite, selon le médecin nutritionniste Arnaud Cocaul, spécialisé dans la prise en charge des personnes obèses. "Je comprends que cette émission ait choqué les personnes obèses. Déjà, Karine le Marchand est une ancienne anorexique. Comment une ancienne anorexique peut-elle présenter correctement une émission sur les personnes souffrant d'obésité ? C’est impossible, car elle est à leurs antipodes. Et la manière qu’elle a de s’allonger sur le divan, avec ses jambes fines et galbées, face à des femmes souffrant d’obésité, c’est une forme de grossophobie", juge le professionnel de santé. "Le concept se veut empathique et didactique, mais il n’est que voyeuriste. Pourtant, les intervenants de cette émission sont sérieux et respectables : c’est la mise en scène qui ne va pas", estime Arnaud Cocaul.

Télé-réalité et maladie : une question éthique

Par ailleurs, l’émission de Karine Le Marchand a soulevé une vraie question éthique : peut-on baser le concept d’une émission de télé-réalité sur une pathologie ? La réponse est non, selon Anne-Sophie Joly. "La façon dont l’obésité a été traitée par cette émission ne valorise en aucun cas l’éducation thérapeutique, c’est du voyeurisme à l’état pur. Par ailleurs, l’image longiligne de Karine Le Marchand instaure un dialogue non verbal avec les personnes souffrant d’obésité qui ont participé à l’émission. Son physique leur dit : "tu vois, toi tu es obèse et moi je ne le suis pas". Pour moi, c’est un concept médiatique abominable, et je m’inquiète pour les personnes qui y ont pris part. Est-ce qu’on monterait une émission similaire avec quelqu’un qui a un cancer du cerveau ou une polyarthrite ? Je ne pense pas", conclut-elle. De quoi décourager Karine Le Marchand de produire sa nouvelle émission sur les personnes transgenres ? Rien n'est moins sûr. 

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