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Témoignage

Retour en maternelle des enfants : malgré une organisation draconienne, “les distances restent compliquées à respecter”

Plus de promenade dans le parc, désinfection systématique du matériel après utilisation, masque et blouse pour le personnel enseignant… Mélanie, maîtresse dans une classe de maternelle, nous raconte son épuisante première semaine de retour à l'école. 

Retour en maternelle des enfants : malgré une organisation draconienne, “les distances restent compliquées à respecter” Jianbi Chen/iStock

  • Publié le 18.05.2020 à 09h00
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Le déconfinement s'est amorcé lundi 11 mai et certaines écoles ont rouvert leurs portes. Mélanie, maîtresse de maternelle dans une école privée Montessori, dresse le bilan de sa première semaine de reprise. 

“Nous avons rouvert l’école lundi 11 mai. C’est une école privée donc nous auriont pu choisir de rester fermés : certains établissements Montessori ne rouvrent que le 25 mai. Nous avons en revanche décidé de ne pas reprendre les cours d’anglais pour les enfants extérieurs à l’école. Pour préparer la rentrée, ma collègue et moi sommes venues une journée la semaine précédant le déconfinement pour nettoyer toute l’école et enlever le matériel qui serait trop compliqué à désinfecter au fur et à mesure que les enfants s'en servent.

Actuellement, deux de mes collègues ne sont pas encore revenues. L’une est à risque et l’autre doit s’occuper de ses enfants pour qui l’école n’a pas encore repris. Concernant les élèves, qui ont entre trois et cinq ans, sur vingt, seuls neuf sont revenus en classe (il n’y a que ma classe dans l'école). On devrait en récupérer un de plus la semaine prochaine. Dix enfants, c’est la limite acceptable pour nous car il y a une règle à respecter en fonction du nombre de mètres carrés par classe. 

Quelques familles ont déménagé, des parents préfèrent garder leurs enfants à la maison et d'autres sont coincés à l’étranger. Nous comptons beaucoup d’expatriés parmi nos élèves : certaines familles étaient rentrées à l’étranger pour être confinées avec leurs proches et n’ont pas pu revenir en France car il n’y a pas d’avion.

Pour certains petits, le retour à l’école a été difficile car cela faisait deux mois qu’ils étaient avec leurs parents. Il y a même un enfant qui n’avait passé que deux semaines à l’école avant le début du confinement, il avait très peur de revenir. Sans compter qu’en nous voyant, certains enfants ont été effrayés par les masques et les blouses. 

Plus de promenades dans le parc 

Concernant l’organisation pour lutter contre la Covid, nous avons limité le nombre d’objets faisant des va-et-vient entre l’école et la maison. Les enfants ne transportent plus de cahiers et n’ont plus le droit de ramener de jouets ou de peluches de chez eux. Quant aux parents, ils ne peuvent plus assister à l’anniversaire de leur enfant dans la classe ou le conduire dans l’établissement. Nous avons mis une distance de sécurité devant la porte et nous essayons d’échelonner les arrivées pour qu’ils ne se croisent pas trop le matin.

Une fois dans l’école, les petits doivent immédiatement enlever leur manteau et leurs chaussures aux vestiaires. Ils mettent des chaussons et nous accrochons nous-mêmes les manteaux pour éviter qu’ils ne se croisent. Dès qu’ils sont prêts, ils vont se laver les mains. Avant, nous avions des serviettes classiques. Maintenant, ils s’essuient les mains avec du papier absorbant jetable. Cependant, nous ne pouvons pas leur demander de mettre des masques ni leur mettre de gel. Au niveau des distances, nous avons repensé l’espace dans la classe pour garder un mètre minimum en chaque place mais parfois ils se croisent à côté des étagères et ils aiment bien regarder ce que font les autres. Quand ils le font, ils gardent bien les mains derrière leur dos.

Pour ce qui est des pauses, avant nous sortions les enfants dans le parc et nous marchions autour de l’étang avec une corde, mais là, cela demanderait beaucoup trop d’organisation. Il faudrait désinfecter la corde à chaque fois et les enfants toucheraient tout dehors. Nous avons donc remplacé la balade par des petits jeux ou du yoga. 

Difficile d'empêcher aux enfants de nous faire des câlins 

Malgré toute cette organisation, les distances restent compliquées à respecter. Les enfants se collent pour se raconter des histoires, veulent se faire des câlins et nous en faire aussi. Le jour de la rentrée, certains parents nous ont mis directement leur enfant dans les bras quand ce dernier pleurait. Dans la journée, quand les petits ont des chagrins, nous ne pouvons pas les envoyer balader et leur dire de se débrouiller seuls. Ils essayent de grimper sur nos genoux et s’accrochent comme de mignons petits koalas.

Pour se protéger, nous avons des blouses avec des manches longues qui descendent jusqu’au genou, ça recouvre les vêtements. Pour l’instant, ça va car il ne fait pas trop chaud, mais j’espère que les températures ne vont pas trop augmenter. Pour ce qui est des masques, l’école nous en a fourni des chirurgicaux que l’on change toutes les quatre heures. Nous en utilisons donc deux par jour mais ça ne comprend pas ceux utilisés lors des trajets pour venir et repartir de l’école. 

Globalement, cette première semaine s’est bien passée. Je suis contente de revoir les enfants et ces derniers sont ravis de retrouver leurs copains et leur travail. Mais ce nouveau mode de fonctionnement est épuisant. Comme nous avons fait le choix de garder du matériel pour qu’ils puissent continuer à faire des choses sympas —on ne peut pas se contenter de leur dire de colorier sur des photocopies —, il faut désinfecter chaque objet après utilisation. Or, ils en prennent un nouveau toutes les deux minutes. Donc ça ne s’arrête jamais. Comme je suis la seule à être formée Montessori et à pouvoir désinfecter le matériel, je dois m’occuper de tout : je passe mes journées à nettoyer le matériel, les tables, les toilettes… Mes mains sont en ruine à force de lavage. Si les 20 enfants étaient revenus, cela aurait été impossible !

Des parents stressés 

Nous, nous avons pris le parti de garder du matériel mais je me demande comment ça se passe en maternelle classique. Ils ont enlevé tous les jouets des enfants et pendant les récréations, c’est un enfant par carré et ils ne peuvent pas bouger. C’est d’une tristesse absolue ! Dans de telles conditions, je me demande si un retour à l’école n’est pas plus traumatisant qu’autre chose pour eux. 

C’est pourquoi, je comprends les parents qui ont fait le choix de ne pas remettre leurs enfants à l’école. En maternelle ou en primaire, il n’y a pas de retard scolaire. Et, nous passons tellement de temps à tout désinfecter que ce n’est clairement pas maintenant que les enfants avancent. Aussi, si les parents sont très stressés de faire revenir leur enfant, cela ne sert à rien. Mais si au contraire ils n’en peuvent plus de les avoir dans les pattes à la maison, ce n’est peut-être pas plus mal qu’ils les remettent à l’école. Il faut penser au bien-être psychologique de tout le monde.

Chez nous, les parents qui ont fait revenir leurs enfants sont très reconnaissants qu’on ait rouvert. Ils sont contents que leurs enfants retrouvent leurs amis mais tout de même assez stressés. Le premier jour, avant la fin de la journée, on leur a envoyé un mail pour les prévenir que la rentrée s’était très bien passée. On a eu des retours tout de suite, ça leur a permis de revenir sereinement le soir, en sachant déjà qu’il n’y avait pas eu de problème. Tous les jours, ils nous demandent d’un air inquiet si ça va bien et si personne n’est malade. Cette semaine, un enfant dont on a fêté sur l’anniversaire a éternué sur son gâteau. J’espère que ça ira….C’est vrai qu’on devient vite paranoïaque dans un tel contexte…”

 

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