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Coronavirus : ces patients qui ne guérissent pas

De plus en plus de médecins voient des anciens malades de la Covid-19 revenir les consulter environ six semaines après leur sortie de l’hôpital avec des symptômes qui n’ont rien de respiratoires.

Coronavirus : ces patients qui ne guérissent pas dragana991/iStock

  • Publié le 13.05.2020 à 18h00
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Le Covid-19 pourrait devenir une maladie chronique”. De la Chine à la France, de plus en plus de médecins voient des anciens malades de la Covid-19 revenir les consulter environ six semaines après leur sortie de l’hôpital avec des symptômes qui n’ont rien de respiratoires. “Ils se plaignent de diarrhées, de douleurs musculaires ou articulaires, de lividoses [marbrures sur les jambes, NDLR] ou de manifestations cutanées”, énumère Benjamin Davido, infectiologue qui travaille à l'Hôpital Raymond-Poincaré (Garches) en région parisienne, auprès de Futura-Sciences. Dans la majorité des cas, les patients sont des femmes et plutôt jeunes. Une fois sur deux, ils sont testés positifs à la Covid-19.

En Chine, des médecins ont fait état des cas similaires. A Wuhan, berceau de l’épidémie, un patient est par exemple resté positif pendant 49 jours. Au 24 avril, d’après Jiao Yahui, un inspecteur de la Commission nationale de la santé de la province de Hubei, où est située Wuhan, plus de trente patients rétablis de la Covid-19 continuaient à être testés positifs. Les médecins chinois ont également rapporté certains cas ayant été testés négatifs après avoir été infectés et revenant ensuite positifs sans présenter de symptômes. 

Ce phénomène constitue un vrai casse-tête pour les hôpitaux. S’ils n’ont normalement le droit de laisser partir les patients guéris qu’après deux tests PCR négatifs, afin d’être certains qu’ils ne sont plus contagieux, en France, la règle a été abandonnée car trop compliquée. “On garde inutilement des patients guéris alors qu'ils pourraient bénéficier plus tôt de soins de rééducation”, explique Benjamin Davido. Sans compter le manque de lits et le coût financier et psychologique pour les personnes condamnées à être isolées pendant plusieurs semaines et perpétuellement inquiètes.  

Le flou des tests 

L’infectiologue est par ailleurs très sceptique quant aux tests. En effet, les tests PCR qui reposent sur la détection du génome dans les prélèvements nasopharyngés en disent peu sur la présence du virus dans l’organisme. Au bout d’un certain temps, le SARS-CoV-2 va se loger dans les poumons et n’est plus détectable. Ainsi, les personnes détectées positives deux fois à plusieurs semaines d’intervalle le seraient en raison d’un relargage de morceaux de virus morts dans l’organisme. On ignore donc si elles seraient à nouveau contagieuses ou pas. Pour l’heure, même les tests sérologiques qui mesurent les anticorps sont incapables de donner des résultats concluants concernant l’immunité.

En Chine, plusieurs épidémiologistes avancent toutefois que les patients guéris qui continuent à être testés positifs ne sont sans doute plus infectieux. Pour eux, il semble par ailleurs peu probable qu’un humain puisse être porteur du virus toute sa vie. D’après Rong Meng, expert en maladies infectieuses de l'hôpital Ditan de Pékin, bien que le virus ait continué à être détecté chez certains patients guéris, des études ont montré qu’ils étaient beaucoup moins contagieux dans ces cas-là. Qui plus est, un résultat positif à un test d’acide nucléique ne signifie pas nécessairement que le virus est actif, rappelle-t-il. 

D’après Zhang Boli, président de l'université de médecine traditionnelle chinoise de Tianjin, le séquençage du génome des virus restants de certains patients guéris de la Covid a montré que le virus était mort. Cela pourrait donc suggérer que seules des traces du matériel génétique du SARS-CoV2 sont restées dans le corps des patients.

Une deuxième vague de nouveaux symptômes ? 

Le cas de l’homme resté positif aux tests de dépistage du virus pendant 49 jours à Wuhan est quant à lui exceptionnel. Ce patient présentait de la fièvre et d’autres symptômes le 25 janvier mais s’est remis après une semaine de traitement. Il a ensuite été testé positif au virus le 8 février. Dans les semaines suivantes, il a subi neuf tests d’acide nucléique. Il a testé négatif une seule fois, le 11 mars. Il a également subi deux tests de détection des anticorps fin février qui se sont révélés positifs pour une forme d’immunoglobuline mais négatifs pour une autre. Ces résultats suggèrent que l’infection a persisté pendant un temps mais s’est atténuée à partir de la phase aiguë, expliquent les médecins qui se sont occupés de lui.

Le 15 mars, le patient a reçu une thérapie plasmatique, qui consiste à transfuser des composants sanguins riches en anticorps. Quelques heures plus tard, il a souffert d’une forte fièvre mais sa température est revenue à la normale dès le lendemain. Les deux jours suivants, ses tests de dépistage au virus se sont révélés négatifs. "Sans traitement au plasma, ce patient pourrait devenir un cas d'infection chronique, expliquent les médecins au journal Caixin. Nous voulons savoir combien de patients ont des situations similaires.” 

Ainsi, “le Covid-19 pourrait devenir une maladie chronique”, commente Wang Qingshu, un médecin de l'hôpital de Wuhan. La deuxième vague tant redoutée de la Covid celle des patients qui retournent à l’hôpital avec des symptômes divers après en être sortis. Toutefois, pour Benjamin Davido, ce phénomène n’est pas unique au coronavirus : il se pourrait bien que de nombreuses maladies jusque-là inexpliquées soient liées à des virus attrapés précédemment. “Dans de nombreuses maladies auto-immunes, comme le lupus ou l'arthrite réactionnelle, on ne trouve pas de cause identifiée. Parfois même les gens ne consultent jamais. Ici, parce que des patients ont été testés positifs au coronavirus, on relie leurs symptômes à ça”, explique-t-il à Futura-Siences.

 

 

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