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Nutrition

Alimentation et santé mentale : les études ne sont pas claires

Alors que de plus en plus de chercheurs travaillent sur la psychiatrie nutritionnelles, la plupart des études n'arrivent pas à déterminer si des aliments spécifiques sont à l'origine d’une dégradation ou d'une amélioration de la santé mentale. 

Alimentation et santé mentale : les études ne sont pas claires nicoletaionescu/iStock

  • Publié 12.01.2020 à 10h30
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Un esprit sain dans un corps sain. Tout le monde connaît le dicton et chacun sait que bien manger est très important pour se maintenir en bonne santé. Mais pas seulement physique. De plus en plus d’études font le lien entre l’alimentation et la santé mentale. Notre cerveau a besoin de nutriments pour fonctionner et la nourriture que nous mangeons influence des facteurs liés à l’humeur, les hormones et la cognition. Malheureusement, dans la plupart de ces travaux, il est impossible de déterminer si les aliments sont eux-mêmes à l’origine d’une dégradation ou d'une amélioration de la santé mentale, déplorent des chercheurs dans un article récemment paru dans la revue European Neuropsychopharmacology.   

“Nous avons constaté qu'il y a de plus en plus de preuves d'un lien entre une mauvaise alimentation et l'aggravation des troubles de l'humeur, y compris l'anxiété et la dépression. Cependant, de nombreuses croyances courantes sur les effets de certains aliments sur la santé ne sont pas étayées par des preuves solides”, explique le professeur Suzanne Dickson, de l'université de Göteborg (Suède) qui a mené l’étude. 

Par exemple, il a été prouvé que les personnes souffrant de carences en vitamine B12 pouvaient être atteintes de léthargie, de fatigue, de problèmes de mémoire ou encore de psychose. La supplémentation en vitamine B12 pourrait donc améliorer leur bien-être mental. En revanche, on ignore encore si cela ferait une différence pour les personnes “saines”, notent les auteurs de l’étude.

Des preuves très difficiles à trouver

Quant à la vitamine D, alors que certaines études ont constaté que les suppléments pouvaient réduire le risque de dépression, d’autres ont trouvé qu’elle n’avait pas d’impact sur la santé mentale. De même, les preuves du rôle de l’alimentation dans le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) sont assez floues. 

“[N]ous pouvons voir qu'une augmentation de la quantité de sucre raffiné dans l'alimentation semble augmenter le TDAH et l'hyperactivité, alors que la consommation de plus de fruits et légumes frais semble protéger contre ces conditions. Mais il y a relativement peu d'études, et beaucoup d'entre elles ne durent pas assez longtemps pour montrer des effets à long terme”, indique le professeur Dickson.

“Il y a une croyance générale que les conseils diététiques pour la santé mentale sont basés sur des preuves scientifiques solides. En réalité, il est très difficile de prouver que des régimes spécifiques ou des composants alimentaires spécifiques contribuent à la santé mentale”, poursuit-elle. 

Les bienfaits du régime méditerranéen

Quelques études bien contrôlées ont réussi à mieux prouver le lien entre santé mentale et alimentation mais elles se déroulent en général sur une courte période et prennent en compte un nombre restreint de participants.

Ici, les chercheurs ont toutefois remarqué des preuves solides comme quoi le régime méditerranéen serait bénéfique pour la santé mentale. “Une revue systématique combinant un total de 20 études longitudinales et 21 études transversales a fourni des preuves convaincantes qu'un régime méditerranéen peut conférer un effet protecteur contre la dépression”, notent les chercheurs.

Il s’agit d’une pratique alimentaire traditionnelle dans plusieurs pays autour de la Mer Méditerranée caractérisée par la consommation en abondance de fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, herbes aromatiques, huile d'olive, poisson et de produits laitiers, une consommation modérée d'œufs et de vin, et une consommation faible de viande.

Dans cette étude, les scientifiques ont également trouvé des preuves solides montrant que certains changements alimentaires pouvaient aider dans des maladies. Par exemple, les enfants atteints d'épilepsie pharmacorésistante auraient moins de crises quand ils suivent un régime cétogène, riche en gras et faible en glucides.

“La psychiatrie nutritionnelle est un nouveau domaine”

Dans l'ensemble, le professeur Dickson conclut : “La psychiatrie nutritionnelle est un nouveau domaine. Le message de cet article est que les effets du régime alimentaire sur la santé mentale sont réels, mais qu'il faut prendre garde de ne pas sauter aux conclusions sur la base de preuves provisoires. Nous avons besoin de plus d'études sur les effets à long terme des régimes alimentaires quotidiens”. Car les troubles neuropsychiatriques représentant “certains défis sociétaux les plus pressants de notre époque”, “s'il est possible de prévenir ou de traiter ces affections par de simples changements alimentaires, cela changerait la vie de millions de personnes.”

A titre d’exemple, la dépression concernerait 300 millions de personnes selon les estimations. “Elle diffère des sautes d’humeur habituelles et des réactions émotionnelles passagères face aux problèmes du quotidien. Quand elle perdure et que son intensité est modérée ou sévère, la dépression peut devenir une maladie grave. Elle peut entraîner une grande souffrance, altérer la vie professionnelle, scolaire et familiale de la personne concernée. Dans le pire des cas, la dépression peut conduire au suicide. Chaque année, près de 800 000 personnes meurent en se suicidant”, explique l’OMS. Et s’il existe des traitements pour la combattre, moins de la moitié des personnes atteintes dans le monde en bénéficient. Que ce soit en raison d’un manque de ressources, d’une pénurie de soignants ou d’une stigmatisation sociale liée aux troubles mentaux.

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