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Antibiorésistance

Antibiotiques : les bactéries multi-résistantes responsables de 33 000 morts en Europe

33 000 personnes sont mortes au sein de l’Union européenne en 2015 à cause des bactéries résistantes aux antibiotiques. Un inquiétant constat qui confirme que la résistance des super bactéries aux antimicrobiens est un enjeu majeur pour la santé publique mondiale.

Antibiotiques : les bactéries multi-résistantes responsables de 33 000 morts en Europe jarun011/iStock

  • Publié 07.11.2018 à 16h40
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Des "super bactéries" qui résistent aux traitements antibiotiques les plus puissants : voici la nouvelle menace qui plane sur la santé humaine. Alors qu’en 2014, un rapport sur la résistance aux antibiotiques prédisait que d’ici 2050, les infections résistantes aux antimicrobiens pourraient devenir la principale cause de décès dans le monde en occasionnant 10 millions de mort par an, une nouvelle étude publiée dans la revue The Lancet Infectious Diseases émet un constat tout aussi alarmant.

Selon les chercheurs, les bactéries résistantes aux antibiotiques ont causé la mort de 33 000 personnes en 2015 au sein de l’Union européenne. "Le fardeau de ces infections est comparable à celui de la grippe, de la tuberculose et du VIH/Sida combinés", s’inquiètent les scientifiques.

Un tiers des décès recensés en Italie

Pour parvenir à ce chiffre, ils ont élaboré un modèle de calcul des contaminations et des morts pour cinq types d’infections à partir des données du réseau européen de surveillance EARS (European Antimicrobia Resistance Surveillance Network). Ils sont arrivés à la conclusion que 671 689 personnes ont été contaminées en 2015 et que 33 110 personnes sont décédées suite à une infection par des bactéries multi-résistantes.

Parmi les victimes, une majorité d’enfants de moins de 12 ans, ainsi que de personnes âgées de 65 ans et plus. L’Italie et la Grèce sont particulièrement touchés par ces infections aux bactéries multi-résistantes. L’Italie, notamment, compte à elle seule pour plus d’un tiers des morts associées aux bactéries résistantes aux antibiotiques. En 2015, 10 000 personnes y sont décédées d'infections, notamment par la bactérie Escherichia coli (E. coli) et le staphylocoque doré.

Pour les médecins, la surconsommation d’antibiotiques est bien à l’origine de ces décès. Sur le total des 670 000 infections par une bactéries multi-résistantes estimées en 2015, près de 75% ont été contractées en milieu hospitalier. D’où "l’urgence d’une prise en compte de la résistance aux antibiotiques comme une donnée de santé vitale pour les patients et le besoin de concevoir des traitements alternatifs pour les patients qui ont d'autres maladies et qui sont vulnérables du fait de défenses immunitaires amoindries ou de l'âge".

La bioconjugaison contre les super bactéries

Cette estimation du nombre de décès par infection à une bactérie multi-résistante intervient alors qu’une équipe de chercheurs vient de mettre au point un moyen de modifier les antibiotiques afin de les rendre efficaces contre les infections causées par les bactéries multi-résistantes.

Leurs travaux, publiés dans la revue Nature Chemistry, portent sur l’antibiotique Vancomycine, qu’ils ont réussi à rendre plus puissants contre deux souches de bactéries devenues résistantes aux médicaments. Ils se sont pour cela servis d’une découverte antérieure, selon laquelle l'acide aminé sélénocystéine peut se fixer comme une "poignée" sur les médicaments à petites molécules comme la vancomicyne. Appelées peptides antimicrobiens, ces petites protéines font partie de la défense immunitaire de la plupart des organismes.

Lorsqu'ils ont utilisé cette méthode pour fixer les peptides à la vancomycine, les scientifiques ont constaté qu'ils s'attachaient constamment au même endroit sur l'antibiotique, produisant des molécules chimiquement identiques. Ils ont alors testé plusieurs combinaisons impliquant différents peptides antimicrobiens, jusqu’à trouver celle capable de venir à bout des bactéries multi-résistante. Associée au peptide dermaseptine, la vancomycine est cinq fois plus résistante contre la bactérie infectieuse Enterococcus faecalis (E. faecalis), très répandue dans les établissements de santé.

La super bactérie Acinetobacter baumannii

De plus, l'équipe a découvert que la vancomycine combinée à un autre peptide antimicrobien appelé RP-1 a éliminé la super bactérie Acinetobacter baumannii, contre laquelle la vancomycine seule n'a aucun effet. A. baumannii est également très résistant aux médicaments et une cause fréquente d'infections associées aux soins de santé.

Des tests avec une trentaine d'autres molécules, dont le resvératrol et la sérotonine, suggèrent que l'approche peut facilement lier des peptides à pratiquement n'importe quelle molécule organique qui possède le "bon type de cycle riche en électrons", notent les chercheurs. "Au vu de ces résultats, nous pensons que notre chimie sera une technique de bioconjugaison précieuse pour la communauté et pourrait conduire à une génération de molécules conjuguées thérapeutiques" capables d’éliminer les bactéries multi-résistantes.

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