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QUESTION D'ACTU

Parcours de soin

Décès par abcès du cerveau après une otite : une prise en charge anormale

Une étudiante est morte d'un abcès du cerveau, secondaire à une otite, après 14 jours et 2 passages aux urgences de l'hôpital Edouard-Herriot, à Lyon. Cette histoire pose la question de l'accès aux médecins en général et aux spécialistes d'ORL, ce que l'on appelle le "parcours de soin".

Décès par abcès du cerveau après une otite : une prise en charge anormale Evgeniy Anikeev/istock

  • Publié 13.03.2018 à 17h37
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Début février, Leana Bonilla Cruz, étudiante nicaraguayenne de 19 ans, en bonne santé, qui étudiait depuis six mois la littérature à Lyon, ressent de grosses douleurs à l’oreille. Elle se rend une première fois aux urgences de l'Hôpital Édouard Herriot, à Lyon, le 9 février, selon nos confrères du Progrès. Les médecins des urgences la renvoient chez elle avec un traitement à base d'antidouleur et d'un antibiotique.

Trois jours plus tard, devant la persistance des douleurs et l'apparition de vomissements, elle retourne aux mêmes urgences, accompagnée par ses amis. Elle y passe 8 heures et les médecins la renvoient chez elle avec un autre traitement antibiotique... en lui faisant remarquer que les urgences ne servent pas à traiter les otites.

Le 21 février, au bout de 12 jours de souffrance, elle est transportée dans le coma à l'hôpital Edouard-Henriot, de Lyon. Elle y décède d’une hypertension intra-crânienne secondaire à un abcès cérébral, sans que les médecins aient pu faire quoi que ce soit, une complication rare de l’otite, que l'on ne voit quasiment pu en France depuis l'avènement des traitements antibiotiques.

Comment peut-on mourir d’une otite ?

L’otite est une infection de l’oreille externe (le conduit auditif) et surtout l’oreille moyenne, qui est située en profondeur dans l'os et derrière le tympan. Extrêmement fréquentes, les otites ont un mécanisme causal un peu différent chez l’adulte par rapport aux enfants, ce qui impose un bilan ORL soigneux.

Grâce à l’antibiothérapie, dans la grande majorité des cas, l’otite de l’adulte est une maladie bénigne qui guérit sans séquelle. Cependant, une otite purulente aiguë, mal soignée et "qui traine", peut évoluer vers une dissémination de l’infection, d'abord vers l’os et cela donne une « mastoïdite » (infection diffusée à un os de la base du crâne) ou vers le cerveau et cela donne « méningite » (les enveloppes du cerveau) ou un abcès cérébral, c'est-dire un abcès à l'intérieur du cerveau.

L’abcès cérébral entraîne de nombreuse complications supplémentaires (thrombophlébite dans le cerveau) et une hypertension intra-crânienne, liée à un gonflement du cerveau (abcès et œdème cérébral) dans une boîte crânienne osseuse... et donc inextensible. La mort cérébrale survient alors rapidement si l'abcès ne peut être drainé.

Les urgences en accusation

La mère de la victime, qui affirme que sa fille souffrait de maux de tête violents, de vomissements récurrents et d'un écoulement de l'oreille (tous signes de complication), affirme que sa fille n'a pas été écoutée et dénonce « une erreur médicale ». Elle a porté plainte contre l'hôpital pour « homicide involontaire ».

Selon le chef de service des urgences, il n'y aurait eu "aucun dysfonctionnement" dans la procédure mise en place aux urgences. Même si Leana a attendu pour voir un médecin, elle avait vu une infirmière d'accueil et d'orientation dans la demi-heure suivant son arrivée, celle-ci a appliqué la procédure en vigueur ("tri 4") et les « examens étaient strictement normaux ». Il assure que sa température était normale et qu'elle ne vomissait pas lors de ses passages aux urgences (?) contrairement à ce qu'affirment ses amis.

Elle aurait du voir un spécialiste

Tous les bons manuels de médecine conseillent d’explorer les otites de l’adulte différemment de celles des enfants, en particulier si la fièvre est supérieure à 40°C, s’il existe un écoulement purulent par l’oreille et s’il existe de violents maux de tête. Dans le cas présent, les 2 derniers critères étaient présents et sa fièvre aurait pu être masquée en partie par un anti-inflammatoire non-stéroïdien (AINS qui aurait d'ailleurs pu favoriser la dissémination infectieuse).

Au-delà de la venue aux urgences pour une otite, qui peut être lié au fait que cette jeune étudiante nicaraguayenne n'avait pas de médecin traitant, un examen spécialisé ORL aurait dû être réalisé ou programmé, rapidement ou au moins pendant les 12 jours avant l'hospitalisation finale, en particulier lors de la 2ème visite, devant cette évolution prolongée et péjorative.

D'après le chef de service des urgences, cette consultation n'a pas pu être organisée. Dont acte. Mais c'est probablement la seule chose qui aurait été utile.

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