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20% des Africaines utilisent des crèmes dépigmentantes : une nouvelle campagne de sensibilisation envahit le métro

Environ 20% des Africaines utilisent des crèmes dépigmentantes pour s'éclaircir la peau, selon la mairie de Paris. Une pratique répandue, signe de beauté et de chance dans certaines communautés. 

20% des Africaines utilisent des crèmes dépigmentantes : une nouvelle campagne de sensibilisation envahit le métro kazzakova/Epictura

  • Publié 21.02.2018 à 18h00
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Selon la Mairie de Paris, environ 20% des Africaines utilisent des crèmes éclaircissantes dans la capitale. Si les marques diffèrent selon les pays d’origine, l'objectif est le même pour toutes : avoir la teint plus claire. Signe de chance, de beauté et de santé dans certaines régions.

Mais cette pratique est interdite en France, notamment à cause de l’hydroquinone, un composé organique aromatique qui contribue au vieillissement prématuré de la peau, la fragilise et l’expose à certains types de cancer. En empêchant la production de mélanine d’agir, la peau perd également sa protection naturelle contre les rayons UVA et UVB du soleil.

L’hydroquinone est utilisé dans plusieurs secteurs industriels comme le processus de fabrication des revêtements et du caoutchouc, la photographie en noir et blanc, les polymères, la peinture, les vernis, les huiles à moteur, les produits agrochimiques, ou encore dans le traitement de l’eau comme agent antirouille pour évaporateurs.

Quelles conséquences pour la peau ? 

Appliqué pure sur la peau, il peut causer une rougeur extrême, une sensation de brûlure, ou provoquer des démangeaisons. L’application cutanée à long terme de produits éclaircissants à base d’hydroquinone peut ainsi épaissir les fibres de collagène de la peau et endommager les tissus conjonctifs. Ce qui conduit à une peau rugueuse, parfois couverte de tâches foncées. L’hydroquinone peut également amincir la peau et laisser apparaître des vergetures définitives.

Selon le dermatologue Pierre-Patrice Cabotin, "le problème de l'hydroquinone, c'est que ça entraîne un éclaircissement en inhibant les cellules pigmentaires (les mélanocytes), mais ça a également un effet destructeur. À la longue, on peut avoir des dépôts en profondeur, du fait de la dégradation de l'hydroquinone et de divers produits de la mélanine qui donnent des peaux noirâtres – l'ochronose – et qui sont définitives". Il précise : "On peut utiliser de l'hydroquinone, sur des durées limitées, à des concentrations définies, et sous surveillance médicale".

Une campagne d'affichage a été lancée dans le métro parisien pour lutter contre le blanchiment de la peau sous le #stopdepigmentation.

Un bras de fer de plusieurs années

Le bras de fer des autorités sanitaires et des crèmes éclaircissantes dure depuis plusieurs années. En 2008 déjà, le tribunal de grande instance de Paris avait condamné les gérants de Mina Coiffure, un petit commerce du XVIIIe arrondissement, à 4 mois de prison avec sursis et 1000 euros d'amende pour "tromperie sur la marchandise", "exercice illégal de la pharmacie", "détention de marchandises prohibées". "Ce procès arrive au bon moment. Il va forcément créer une prise de conscience chez les vendeurs condamnés. Ça ne changera pas le fantasme dans les têtes, mais ça peut changer des habitudes", expliquait Khadi Sy Bizet, médecin noire.

Crème #CaroWhite exposée en vitrine rue Marcadet 75018 Paris.
Les produits à base d’hydroquinone sont interdits à la vente libre en France, mais les boutiques vendant ce type de crèmes ont pignon sur rue ! #StopDépigmentation #Mali #Sénégal #CotedIvoire #Congo #Afrique pic.twitter.com/BWzHQ0ld8Y

— Guillaume Paret (@ParetGuillaume) 10 février 2018

La peau blanche, gage de chance 

Mais l’éclaircissement de la peau est un phénomène de société. De Kinshasa à Conakry en passant par Abidjan ou Dakar, on fait croire aux femmes qu’elles seront plus belles métisses. Qu’elles plairont plus aux hommes, qu’elles porteront chance à leur foyer. En mai 2008, le Docteure Fatimata Ly, présidente de l’association internationale d’information sur la dépigmentation artificielle (AIIDA), a organisé une journée de sensibilisation pour évoquer "les aspects médicaux, sociaux, et religieux de la dépigmentation artificielle. Il s’agissait de sensibiliser la population sur les méfaits et dangers de la dépigmentation et de condamner le rôle des médias audio-visuels faisant la publicité des produits dépigmentants".

Elle explique au site Afrik.com que "le phénomène a pris tellement d’ampleur qu’il est devenu le troisième problème de santé publique dans ce pays, après le paludisme et les maladies respiratoires". Mais il semble difficile d’enrayer le marché des crèmes éclaircissantes qui devrait peser plus de 31,2 milliards de dollars en 2024 à l’échelle mondiale.

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