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QUESTION D'ACTU

Grève générale

Guyane : une espérance de vie amputée de deux ans

Une inter-syndicale de Guyane a déclaré la grève générale dans le département. Elle dénonce notamment les retards du système de santé et l'état de la population.

Guyane : une espérance de vie amputée de deux ans La place des Palmistes à Cayenne (rustinpc/Flickr)

  • Publié 27.03.2017 à 13h22
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Le plus grand département de France est en crise. Ce 27 mars, la Guyane entre en grève générale, après une semaine de tensions. Sous la houlette de l’Union des travailleurs guyanais, qui rassemble 37 syndicats, le territoire enclavé entre le Brésil et le Suriname crie son ras-le-bol. En cause, notamment, le système de santé défaillant du DOM. Ce sont pourtant 250 000 des Français qui vivent à plus de 7 000 km de la métropole. Et ils en ont assez d’être déconsidérés.

30 ans de retard

Le retard de la Guyane par rapport à la métropole – mais aussi par rapport aux autres départements d’outre-mer – atteint un niveau structurel. Quelque 250 000 personnes y vivent. Et pourtant, un cinquième de la population est à l’écart de tout médecin libéral. Un isolement médical dont les conséquences sont claires : l’espérance de vie à Cayenne et ses alentours est de deux ans inférieure celle dans l'Hexagone. Rien d’étonnant à cela.

Au manque de professionnels de santé s’ajoute un état de santé qui laisse à désirer. La Guyane se situe « dans la situation la moins favorable », souligne un rapport de la Cour des Comptes paru en 2014. Elle évoque un double défi : « un système de santé moins développé et une population, souvent en situation irrégulière, plus vulnérable qu’ailleurs ». Depuis ce rapport, la situation ne s’est guère améliorée.

Sur le plan du développement humain, la Guyane a quasiment 30 ans de retard sur la métropole. Par exemple, on y trouve quatre fois moins de douches ou baignoires par logement que dans les zones les plus défavorisées de l’Hexagone. Des inégalités qui se répercutent sur la santé des habitants.



Une personne sur deux en surpoids

Un Guyanais sur deux est en surpoids ou obèse. La faute à des revenus plus faibles qu’en métropole et des prix plus élevés. Résultat : la précarité s’aggrave sans être maîtrisée. Il faut dire que sur le département, seuls 71 praticiens étaient en activité en 2012. La moitié sont des spécialistes. Difficile, dans ces conditions, de bénéficier de soins adaptés – y compris préventifs (voir encadré).

La surcharge pondérale est un facteur de risque connu de maladies cardiovasculaires. Plus fréquentes en Guyane, elles sont aussi moins bien traitées. Ainsi, le taux de décès après un AVC est de 73 % à Cayenne, contre 28 % sur le Vieux Continent. La Cour des Comptes pointe une « insuffisance en capacités de soins de suite et de réadaptation », mais aussi un manque de suivi en ville.

Autre conséquence du manque de places à l’hôpital, la mortalité infantile très élevée. 9,2 naissances sur 1 000 se soldent par le décès du bébé dans l’année. Trop faible surveillance prénatale, nombreuses naissances prématurées – elles sont deux fois plus fréquentes qu’en métropole –, les causes sont multiples.

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Un risque infectieux élevé

Comme si cela ne suffisait pas, les Guyanais sont en plus exposés à un large éventail de maladies infectieuses. Le paludisme est endémique dans le département, particulièrement près de l’Amazonie, et la résistance à l’artémisinine – principal traitement – est en progression. Si les orpailleurs illégaux en sont les premières victimes, le parasite a tout de même provoqué 900 diagnostics en 2012.

Le cas du paludisme soulève des difficultés particulières. Le chlordécone, insecticide aux effets neurotoxiques, cancérigènes et perturbateurs endocriniens reconnus, a été massivement utilisé. A l’heure des épidémies de Zika, chikungunya et de dengue, la question du prix de la lutte contre les moustiques risque de revenir sur le devant de la scène.

C’est un fait, la Guyane est exposée à « un risque infectieux plus fort », reconnaît la Cour des Comptes. Y compris lorsque les causes ne sont pas environnementales. Pour la tuberculose, par exemple, le taux annuel est trois fois plus élevé qu’en métropole. Ce n’est pas mieux pour le VIH : 59 cas pour 100 000 habitants sont diagnostiqués dans la zone Antilles-Guyane, contre 11 pour 100 000 en France métropolitaine.

Des ministres se déplaceront

Les dépenses pour faire face à ces nombreux défis sont notoirement insuffisantes. En 2012, chaque Guyanais a dû débourser 1 566 euros en frais de maladie. Les hôpitaux, eux, n’investissent que 992 euros par habitant pour l’hôpital, sans même proposer de places en psychiatrie. Et contrairement aux autres départements d’outre-mer, ces chiffres ne progressent pas.

Face à cette crise générale, le gouvernement n'a pas envoyé de ministre sur place. La délégation, dirigée par un ancien préfet, a été repoussée par le collectif des 500 frères. Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a finalement annoncé, ce 27 mars, le déplacement d'une délégation de ministres avant la fin de la semaine.

 

La prévention à la traîne

En Guyane aussi, c’est l’Assurance maladie qui s’occupe de la prévention. Là encore, l’investissement est largement insuffisant par rapport aux besoins de la population. De 2009 à 2012, elle a consacré 6,4 millions d’euros aux programmes préventifs. Pour chaque Guyanais, cela représente 3 euros par an, contre 8 euros en Guadeloupe. Ainsi, le programme de dépistage du cancer colorectal se limite à une enveloppe de 40 centimes par habitant. Dans le cas du cancer du sein, l’écart varie du simple au double entre la Guyane et la Martinique.

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