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Période trouble

Crise d'adolescence : comment la gérer ?

Tous les enfants traversent une crise d'adolescence. Parfois, ils la naviguent sans trop d'encombre, parfois elle leur est bien plus difficile à gérer. Et si leur parents cherchent à les y aider, le comment n'est pas toujurs évident. C'est pourquoi nous avons demandé à Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur avec Estelle Denis de "Ados : le décodeurs", de nous livrer quelques conseils.

Crise d'adolescence : comment la gérer ? AntonioGuillem/ iStock

  • Publié le 03.03.2022 à 14h00
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- Mieux Vivre Santé : Avant tout, reposons les bases, qu’entendons-nous par crise d’adolescence ? A quoi celle-ci est-elle dûe et quels en sont les signes annonciateurs ? 

Stéphane Clerget : On désigne par le terme de crise d'adolescence les remaniements émotionnels, comportementaux et cognitifs qui apparaissent à l’occasion de la puberté, c’est-à-dire lors de la transformation corporelle qui débute par le déclenchement de la sécrétion des hormones sexuelles et des hormones de croissance. 

C’est alors que s’opère une modification physique importante -une croissance physique- et une modification du cerveau, lesquelles entraînent des modifications dans les sphères émotionnelle, affective et intellectuelle. Concrètement, celles-ci se traduisent par un changement du comportement chez l’enfant qui devient adolescent.

Quant à ses signes annonciateurs, le marqueur principal est le changement. Il peut y avoir une modification de la qualité de communication avec les parents et une modification du regard que portent les enfants devenus adolescents sur leurs parents. Par ailleurs, même si ce n’est pas systématique, les enfants devenant adolescents ont tendance à tenir leurs parents à distance, à être davantage dans l’opposition et à avoir des sautes d’humeur. 

- Si ces modifications physiques et psychiques se produisent chez tous les enfants, comment expliquer que tous les adolescents ne vivent pas cette période charnière avec la même intensité ? 

Il ne faut pas oublier que la puberté ne se déclenche pas au même âge chez tous les enfants. Il y a d’une part le déclenchement des transformations physiques et d'autre part, il y a leur installation. Celle-ci peut parfois être progressive, étalée dans le temps ou bien, elle peut s’inscrire dans une période beaucoup plus courte. Regardez les adolescents, certains grandissent assez progressivement alors que d’autres peuvent prendre vingt centimètres en un an. Or, plus c’est rapide, plus il peut y avoir des variations intenses sur le plan émotionnel et comportemental et, à l’inverse plus cela s’inscrit dans la durée, moins les variations sont intenses.

De plus, il ne faut pas confondre crise d'adolescence et crise d’opposition. Tous les adolescents ne sont pas forcément dans l’opposition, ils peuvent même parfois développer une relation très complice avec leurs parents. C’est le cas, par exemple, dans les familles monoparentales, le garçon va avoir tendance à ne pas s’opposer à sa mère surtout si celle-ci apparaît fragile mais va, au contraire, se comporter comme un soutien voir comme un petit mari.

Ensuite, la crise est souvent moins intense lorsque l’adolescent est inscrit dans beaucoup d’activités collectives et n’est pas souvent à la maison : il est déjà à distance de ses parents et est déjà quelque peu responsabilisé. C’est un peu la même chose dans les familles nombreuses où les grands frères ou les grandes sœurs encadrent l’adolescent : il y aura moins d’opposition que lorsque l’enfant est un enfant unique. En effet, lorsque tout est concentré sur un enfant unique, la crise peut être plus explosive.

- L’idée reçue selon laquelle la crise d’adolescence serait plus intense chez les filles est également assez répandue. Qu’en est-il réellement ?

Il y a des différences bien sûr, notamment parce que la puberté se déclenche plus tôt, deux ans plus tôt en moyenne, chez les filles que chez les garçons mais cela ne veut pas pour autant dire qu’elle est plus intense.

En revanche, et ce même si c’est de moins en moins vrai avec le temps, les filles ont tendance à intérioriser davantage. Chez elles, parce que les angoisses sont plus volontiers exprimées on observe régulièrement des phénomènes de somatisation, des troubles du comportement alimentaire… A contrario, chez les garçons la crise d’adolescence s’exprime bien plus par des problèmes comportementaux d’agressivité ou de passage à l’acte. 

Concrètement, cela signifie par exemple que l’agressivité reste plus verbale chez les filles et plus physique chez les garçons, que les tentatives de suicide sont plus nombreuses chez les filles mais que les morts par suicides sont plus fréquentes chez les garçons ou encore que les prises de risques actives en transport (vélos, scooters) sont plus répandues chez les garçons.

En somme, si la crise d’adolescence est plus flamboyante chez les filles, j’aurai tendance à dire qu’elle est plus dangereuse chez les garçons. En outre, pour un même degré d'angoisse, la fille s'exprimera plus facilement et sera mieux prise en charge alors que le garçon aura, quant à lui, tendance à tout garder pour lui ou alors à l’exprimer par un passage à l’acte. 

- Si la crise d’adolescence peut être extrêmement difficile à vivre pour l’enfant, elle l’est tout autant parfois pour les parents. Selon vous, quelle attitude doit adopter l’adulte ? 

Il faut considérer que l’adolescence reste une période de fragilité et de risque : il y a un risque de mort, il y a un risque de toxicomanie, il y a un risque d’accident et il y a un risque de suicide. Les parents se doivent de garder en tête ces grands risques et doivent en faire leur priorité.

Maintenant, pour ce qui est de l'attitude à adopter face à l’adolescent, il est bon de modifier la manière dont on l’éduque. Je m’explique, il faut accepter le changement et ne plus l’éduquer comme on le faisait lorsqu’il était encore enfant. 

Il est également crucial de maintenir le dialogue et la communication, même si cela peut-être difficile puisque c’est justement à cette période que l’enfant va vouloir se couper un peu plus se couper de ses parents. Dans ce cas précis, le maintien d’un lien avec un membre de la famille (un des parents, un frère, une sœur, un oncle….) est important, notamment pour faire passer des messages. 

Par ailleurs, il faut également donner plus de liberté à son enfant. Bien entendu, on continue de le surveiller mais on essaye autant que possible de le faire à distance. Ainsi, on lui donne une certaine liberté de sortie tout en restant informé des lieux qu’il fréquente.

Un autre point à souligner, est que lorsque les parents sont toujours ensemble ou bien qu’ils sont remariés, il est important que le couple parental reste soudé. En effet, même si la crise que traverse l’enfant peut mettre leur relation à l’épreuve, les parents doivent tenir bon et rester unis. Ce lien rassurera l’adolescent.

Enfin, il faut avoir en tête que l'adolescence est une période durant laquelle on est souvent plus angoissé que lorsque l’on a huit ou neuf ans, plus déprimé que lorsque l’on a huit ou neuf ans… On ne peut donc pas se contenter de faire appel au rationnel puisque l’adolescent ne l’est pas toujours. 

Il faut considérer que les ados sont fragiles et que finalement, ils ressemblent beaucoup aux petits enfants de trois à cinq ans : ils dorment beaucoup, ils remettent les règles en question, ils mangent soit beaucoup soit trop peu, ils prennent des risques et, ils connaissent leurs premiers amours. Dans ce dernier cas de figure, les relations amoureuses, il est essentiel de prendre leur souffrance au sérieux. Certes, les choses sont souvent très volatiles mais au moment où ils vont mal, elles demeurent très intenses. 

Puis il convient de se rappeler, encore une fois, que ce ne sont pas ceux qui se plaignent le plus qui souffrent le plus. C'est avec ceux qui s'expriment le moins qu’il faut être le plus vigilant : le silence et l’isolement peuvent être très préoccupants. 

- Concrètement, quels conseils donneriez-vous aux parents pour qu’ils puissent gérer au mieux cette période parfois très difficile ?

Les parents font ce qu’ils peuvent mais ils ont globalement tendance à trop parler d’école et à manquer de sujets de conversations. Bien sûr, il est parfois nécessaire de rappeler les règles et la morale mais il ne faut pas faire que ça,il ne faut pas être uniquement dans le questionnement. Et pour cause, trop de questions vont agacer l’adolescent, il va alors refuser d’y répondre et se renfermer davantage ou alors, il va baratiner. Ainsi, si vous voulez faire parler votre adolescent, ce n’est pas du tout la bonne technique, mieux vaut engager un dialogue en parlant de son quotidien d’adulte, en parlant de sa vie sans reproche, ni question. Cela pourra amener l’adolescent à parler de lui. 

De plus, il est souvent très bon de déléguer. En ce sens, l'enfant peut être pris en charge de temps en temps par un autre adulte -que l’on connaît bien entendu, il ne s’agit pas de le confier à n’importe qui- tel qu’un membre de la famille, un moniteur de sport ou un professeur d’art… La présence d’autres adultes est importante, or elle est de plus en plus rare aujourd’hui. Effectivement, les parents travaillent tard et les ados sont de plus en plus souvent livrés à eux-mêmes alors qu’ils ont besoin de modèles.

Si votre enfant n’a pas de lien particulier avec des adultes, inscrivez-le à des activités diverses et variées ! Les adolescents n’ont jamais passé autant de temps devant les écrans, or c’est très délétère ! Alors qu’auparavant on disait “laissez-les s’ennuyer”, aujourd’hui ça n’a plus de sens : les laisser s’ennuyer revient à les laisser devant un écran et ça n’a aucun intérêt. Il est donc important de les inscrire dans pleins d’activités extrascolaires, de les envoyer en colonie de vacances…. 

- Enfin, parfois les parents ne suffisent pas. Comment repérer le moment à partir duquel il peut être bon d’envoyer son ado voir un professionnel (psychologue, psychiatre..) ?

Il faut savoir que les adolescents sont aujourd’hui souvent demandeurs. Ils n’ont plus aucun problème à exprimer le besoin d’aller voir un spécialiste, ce sont les parents qui tendent parfois à être plus réticents. 

Cela étant dit, les signes à repérer sont les suivants : si votre enfant s’isole, qu’il ne voit plus personne et qu’il devient silencieux, emmenez-le voir un psy ; si ses notes chutent brutalement, ce qui peut être synonyme de mal être, emmenez-le voir un psy ; s’il paraît triste pendant plus de quinze jours -les périodes de tristesse de quinze jours sont fréquentes à l’adolescence, il faut donc commencer à s'inquiéter lorsqu’elles dépassent quinze jours- emmenez-le voir un psy ! 

Enfin, il faut également faire très attention à la consommation d’alcool et de cannabis que l’on a tendance à banaliser aujourd’hui, alors que c’est un problème de santé publique chez les jeunes.

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