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Lecture rapide : les conseils d'un champion de France

Comment peut-on lire plus vite et surtout plus efficacement, en comprenant tout le sens du texte et sans dénaturer le plaisir de la lecture ? Florian Manicardi, champion de France de lecture rapide (et de mémorisation) en 2020 et formateur auprès d’étudiants et de seniors, nous livre quelques techniques, à retrouver sur son site Memorall et sur sa chaîne YouTube éponyme.

Lecture rapide : les conseils d'un champion de France alexeyrumyantsev / istock

  • Publié le 13.01.2023 à 11h00
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120 mots par minute. C’est le niveau de vitesse de lecture que devraient atteindre tous les élèves de l’école élémentaire avant leur passage en 6ème, selon le ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, qui devrait annoncer d'ici peu, selon France Info, un grand « plan orthographe » à base de dictées quotidiennes pour renforcer les capacités de « décodage ». La vitesse de lecture d’un adulte moyen est estimé à 300 mots par minute, contre 450 chez un étudiant et 675 chez un professeur d’université, selon un classement de Forbes. Les lecteurs dits rapides, eux, tournent à plus de 1.000 mots par minute, tel le champion de France Florian Manicardi, qui peut en lire « entre 800 et 1200 » en fonction du texte.

- Mieux Vivre Santé : Qu’est-ce que la lecture rapide ?

Florian Manicardi : Contrairement à ce que l’on croit, la lecture rapide (LR) ne consiste pas à lire tous les mots très rapidement. L’objectif est de lire l’essentiel, les éléments les plus importants du texte. Il faut donc avoir un bon esprit de synthèse, ainsi qu’une bonne confiance en soi : il ne faut pas partir perdant et se dire que « si je ne lis pas tout je ne vais pas comprendre, si je survole je vais oublier », etc. Il faut se concentrer sur la lecture plutôt que sur un possible échec.

- L'intérêt est donc avant tout fonctionnel. Est-ce que cela ne fait pas sortir du cadre de la littérature ?

FM : La LR est d’abord un outil de productivité, mais cela ne veut pas dire que les techniques de lecture rapide basiques gâchent le plaisir de lire. Je dois admettre que j’ai une certaine déformation professionnelle – ça aide lors de passages un peu longs ! Mais pour bien apprécier certains livres, je ne lis pas comme je lis en compétition, avec des techniques de lecture ultra-rapide qui permettent de balayer le texte, de lire seulement un mot sur trois ou quatre, voire une ligne sur deux. D’autant que cela peut sembler décourageant pour les non-initiés. On peut apprendre à lire plus efficacement, avec quelques astuces de base, sans jamais perdre le plaisir de la lecture.

- Par quoi commencer ?

FM : Premier conseil, apprendre à lire des groupes de mots en un seul coup d’œil. Quand on lit en temps normal, on fait comme à l’école, mot à mot : on isole chaque terme pour les lire à la suite. Or en lecture rapide, on regroupe des mots qui vont généralement ensemble, qui sont cohérents. Prenez une boîte de médicaments, où il est écrit « voie - buccale » ou, plus long, « tenir - hors - de la vue - et de portée - des enfants » : chaque mot est habituellement associé à un autre. En lisant ainsi des groupes entiers de mots, la vitesse de lecture augmente de façon considérable. La preuve avec l’exercice du tachitoscope, un outil qui fait défiler les mots à grande vitesse, que je propose à mes élèves. Les étudiants doivent d’abord lire un texte dont les mots défilent un à un, à vitesse de 250 mots par minute. Puis ils doivent lire un autre texte équivalent, que l’on fait cette fois défiler trois mots par trois. Résultat, la vitesse de lecture augmente à 300 mots par minute, et ce alors même que la plupart des étudiants croient qu’elle a stagné voire ralenti. Sans s’en rendre, ils ont été plus rapides en lisant le texte par communautés de mots.

- Comment identifier les mots plus essentiels ?

FM : Chacun sa méthode, car il s’agit de repérer les mots qui nous parlent plus que d’autres et les mots qui nous « polluent » la lecture. C’est ce que j’appelle développer son radar, qu’on a déjà tous en nous naturellement. On a en effet tendance à focaliser sur les verbes, les noms, certains adjectifs, et à sauter les conjonctions de coordination, les prépositions, les adverbes... En réalité, c’est comme avec des textes à trous ou des anagrammes : le cerveau sait combler les vides et déduire tout seul l’idée de la phrase. Avec la lecture rapide, on lit avec son cerveau et non avec ses yeux.

C’est aussi la raison pour laquelle il est nécessaire, devant un article par exemple, de bien lire les titres et les chapeaux qui résument le sujet et induisent déjà quelques informations au lecteur : quand on lit « les dotations publiques vont baisser », on a déjà en tête certaines questions (de combien, pourquoi, quand...), comme un guide de lecture. Or, à partir du moment où l’on connaît les questions, c’est plus facile de repérer les réponses dans l’article... On conditionne son cerveau à mieux anticiper la lecture à suivre.


- Quels autres astuces donnez-vous à vos étudiants ?

FM : Il est essentiel d’éviter les micro-pauses et les retours en arrière. Quand on lit en temps normal, on se fixe quelques dixièmes de secondes sur un mot, ou l’on revient en arrière, même si on a bien compris le texte. C’est une mauvaise habitude qui au bout du compte ralentit la lecture. Il est aussi recommandé d’apprendre à utiliser un guide visuel quand on lit un texte long, comme un crayon ou le doigt, afin d’habituer ses yeux à se fixer sur les groupes de mots, de concentrer son attention et de ne pas s’éparpiller. Enfin, mieux vaut avancer sur des terres connues, et commencer avec des livres que l’on apprécie, qui parlent de sujets que l’on maîtrise ou qui du moins nous intéressent.

- Comment dépasser la crainte de ne pas tout comprendre à ce qu’on lit ?

FM : Comme dans toute nouvelle discipline, il faut un peu d’entraînement et de la confiance. Il faut surtout accepter de ne pas tout lire. On croit que si on ne lit pas tout le texte, on ne retient pas tout le sens, mais renversons la question : quand on lit tout, retient-on vraiment tout... ? Le fait de ne pas tout lire, non seulement ne perturbe pas la compréhension du texte, mais en plus, cela facilite la mémorisation car on a moins de choses à retenir, de fait.

- Combien de temps est-il nécessaire pour avoir des résultats ?

FM : Dans les ateliers que je propose aux étudiants qui veulent passer des concours administratifs ou devenir professeurs des écoles, il y a déjà des résultats au bout de 1h30. En deux semaines, avec un peu d’assiduité, on peut commencer à vraiment progresser. L’objectif est que cela devienne un réflexe. L’avantage, c’est qu’en réalité on lit tout le temps : des mails, des messages, des articles en ligne, Wikipedia, des sous-titres... Ce sont autant d’occasions pour s’entraîner à la lecture rapide. Pas besoin forcément d’acheter un livre sur le sujet ! On peut aussi faire des exercices et des tests à proprement parler, comme résumer un texte en vingt mots clés. Je fais l’inverse avec mes élèves : je leur donne vingt termes et ils doivent retrouver le sens et le sujet du texte. En synthétisant à peine 2% d’un texte, on peut déduire une quantité colossale d’informations.

- Quel est intérêt de la LR dans la vie quotidienne ?

FM : Je l’utilise chaque fois que je dois lire des mails, des contrats, des dossiers, des cahiers de charte... Des textes longs et répétitifs. C’est ce que font un peu certains métiers comme les avocats, les médecins qui vous seulement parcourir les dossiers ou certaines professions qui doivent lire la presse ou faire de la veille. Cela fait tout simplement gagner un temps fou !
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