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QUESTION D'ACTU

Vélo, activité sportive modérée, transports en commun...

Pic de pollution : les attitudes à adopter pour diminuer les risques

Depuis quelques jours, certaines régions françaises enregistrent des taux de pollution aux particulines fines supérieurs à ceux de Pékin. Face à ce risque, il est possible de se protéger, estiment les experts.

Pic de pollution : les attitudes à adopter pour diminuer les risques Christophe Ena/AP/SIPA

  • Publié 15.03.2014 à 09h25
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Toux, irritations de la gorge, yeux qui piquent, si vous ressentez ces symptômes, c'est que vous êtes très certainement victime de la pollution aux particules fines qui sévit actuellement sur la France. Ce vendredi, ce sont plus de trente départements français qui ont été placés en alerte maximale à cause de leur niveau de pollution aux particules alarmant.

Pour preuve, ces derniers jours, l'air était parfois plus respirable à Pékin qu'à Paris. Le taux de particules fines (PM2.5), les plus petites et les plus dangereuses, était en effet de 75,1 µg/m³ en moyenne hier dans la capitale française, contre 22,2 à "Beijing", selon les données de l'association Airparif et de l'ambassade américaine en Chine.


Des chiffres plus qu'inquiétants lorsque l'on sait qu'il y a « deux à trois fois plus de risque d'infarctus du myocarde les jours de pollution importante, mais aussi de crise d'asthme », comme l'explique le Dr Pierre Souvet, président de l'Association Santé Environnement France (ASEF), contacté par pourquoidocteur. Et face à ces dangers, les municipalités ont pris des mesures inédites. Parmi elles, la mairie de Paris a par exemple décidé que tous les transports en commun franciliens seront gratuits de vendredi matin à dimanche soir. Une mesure positive mais difficile à appliquer, et aux résultats contrastés, selon les experts.

Transports en commun "free" : une mesure bénéfique difficilement applicable
A Tallin, la capitale estonienne, la gratuité dans les transports en commun publics a été instaurée le 1er janvier 2013. Mais le projet du maire de cette ville de 416 000 habitants peine toujours à convaincre. Même si les trois quarts des habitants de la ville approuvent cette mesure, celle-ci n'aurait fait augmenter que de 3 % le nombre d'usagers des transports en commun (dont moins de la moitié, 1,2 %, serait due à la gratuité).
Pour les chercheurs de l’Institut royal de technologie de Stockholm (Suède) qui ont mené une étude sur l'impact de cette mesure, le reste de cette hausse serait lié à l’amélioration de la qualité du service et à l’ouverture de nouvelles lignes de bus.
Pourtant, avant l'entrée en vigueur de cette mesure, Edgar Savisaar (centre-gauche) avait prédit une augmentation du trafic des voyageurs de 20 % qui aurait entraîné une baisse significative des émissions de polluants. Le résultat n'est cependant pas nul puisque, d'après un élu en charge des transports, la circulation routière aurait sensiblement baissé.

Mais pour le Dr Pierre Souvet, encore faut-il que les transports en commun soient en mesure d'absorber ce surplus de voyageurs. Ce médecin cardiologue reste donc sceptique quant à la mise en pratique de cette mesure en France, notamment en Ile-de-France. « On voit bien les difficultés qu'ont déjà les voyageurs pour circuler dans les RER franciliens au quotidien. » Et ce dernier de rajouter, qu'en plus, cette mesure ne serait efficace sur la santé des gens que si elle venait à perdurer dans le temps. « Ces épidoses de pic de pollution aux particules fines sont des épiphénomènes, certes très préoccupants. Cependant, la pollution de fond, celle du quotidien, est tout aussi dangereuse. Et face à elle, les politiques environnementales menées par les pouvoirs publics peinent à convaincre ! », rajoute-t-il.

Ecoutez le Dr Pierre Souvet, président de l'Association Santé Environnement France: « C'est un élément positif. Mais ll faut que les infrasctuctures suivent, et que ces jours-là, il y ait plus de transports en commun à disposition des usagers pour absorber ce surplus...»



Pédaler à vélo reste moins nocif que conduire en voiture
Autre solution offerte aux Parisiens, l'utilisation du « Vélib' ». La municipalité propose ainsi un accès gratuit aux bicyclettes parisiennes pour toute la durée de cet épisode. Du point de vue du Dr Pierre Souvet, cette solution est « un mal pour un bien », car adopter le vélo est toujours mieux que conduire. En 2009, l’association de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, Airparif, avait en effet démontré que l'automobiliste était encore plus exposé à la pollution. Pour mesurer le taux d’exposition à la pollution chez les cyclistes, des triporteurs avaient été équipés d’appareils mesurant le dioxyde d’azote et les particules fines toutes les dix secondes. Et les résultats étaient sans appel : le cycliste était entre 2 et 5 fois moins exposé que l’automobiliste à la pollution. Les moins exposés à la pollution étaient ceux qui empruntaient les pistes cyclables.
Car l’habitacle de nos voitures est un vrai nid à pollution. Outre les particules fines, on y trouve du benzène, de l’oxyde d’azote mais aussi des substances chimiques utilisées pour les revêtements intérieurs et des polluants biologiques potentiellement allergisants. Selon des analyses effectuées par le laboratoire d’hygiène de la ville de Paris pour mesurer l’air d’une centaine de voitures, 41 % d’entre elles dépassent la valeur cible de confort pour les composés organiques volatils (COV). Un habitacle sur 4 (23 %) dépasserait même la limite acceptable pour le formaldéhyde, un puissant irritant des yeux et des voies respiratoires.

Interdire de courir pendant la récréation

Enfin, d'autres municipalités françaises sont allées encore plus loin dans l'application du principe de précaution. Résultat, dans certaines classes de primaire, les enfants se sont vus interdire de courir durant la récréation. D'autres élèves ont tout bonnement du subir l'annulation de toutes activités sportives en extérieur jusqu'à la semaine prochaine. Autrement dit, le gymnase et rien d'autres pour les cours d'EPS. Face à ces mesures, les experts sont dans l'embarras. Car l'arbitrage entre l'activité sportive (toujours bénéfique), et l'exposition à la pollution, est difficile à trancher. Interrogé par la rédaction de pourquoidocteur, Rémy Slama, épidémiologiste directeur de recherche à l’Inserm (Grenoble), recommande tout de même aux cyclistes de rouler à un rythme tranquille, et sur des pistes cyclables plutôt à l'écart du trafic.

Ecoutez Rémy Slama
, directeur de recherche à l’Inserm
: « L'arbitrage n'est pas évident. Car l'activité physique va bien évidemment augmenter l'oxygénation et donc la quantité de particules fines qui va se déposer dans nos poumons...»


Les conseils pour les plus sensibles à la pollution 
Toutefois, pour certaines personnes plus vulnérables à la pollution (nourrissons et enfants de moins de 5 ans, personnes de plus de 65 ans, sujets asthmatiques, souffrant de pathologies cardiovasculaires, insuffisants cardiaques ou respiratoires), pédaler à vélo lors de ces alertes aux particules fines reste un exercice à éviter. Et pour les femmes enceintes aussi, mieux vaut ne pas trop s'aérer dans les lieux les plus pollués. Selon une étude de cohorte européenne récente qui a impliquée 74 000 femmes ayant accouché entre 1994 et 2011, chaque hausse de 5 microgrammes (µg) de particules fines par m3 d’air augmente en effet de 18 % le risque, pour les femmes enceintes qui respirent cet air pollué, de donner naissance à des bébés de petit poids, c’est à dire nés à terme mais pesant moins de 2,5 kg. Or le petit poids à la naissance n’est pas sans conséquence sur la santé de l’enfant. « Les enfants nés avec un petit poids sont plus à risque de troubles respiratoires, cardiaques, de diabète et de surpoids. On peut donc s’interroger sur des conséquences à long terme de la pollution », s'inquiète d'ailleurs Rémy Slama, qui était l'un des co-auteurs sur cette étude.


Pour limiter ces risques, cet épidémiologiste donne donc des recommandations faciles à suivre pour ces personnes plus sensibles que les autres à la pollution. 
Elles devront notamment éviter les activités physiques importantes en extérieur et se tenir éloigné pendant ces prochains jours des sources de pollution (axes autoroutiers, périphérique parisien). Cependant, l'expert estime qu'il ne faut surtout pas rentrer dans une psychose et dramatiser la situation. Les personnes fragiles sont ainsi invitées à continuer à aérer leur maison, ou appartement. Plutôt en le faisant à des horaires où le trafic routier est faible. C'est-à-dire en début de matinée et en fin d'après-midi.

Ecoutez Rémy Slama : « Quand il y a un pic de pollution, il est plus prudent que les populations sensibles évitent les activités sportives importantes en extérieur ...»

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