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QUESTION D'ACTU

Coupe du Monde de Football

«Sur un terrain de foot, la vision périphérique est primordiale»

La performance visuelle des sportifs de haut niveau repose sur la perception des mouvements, la vision périphérique, la rapidité de traitement de l'information. A l'heure de la Coupe du Monde de Football, les précisions sur la santé visuelle des athlètes avec le Dr Maxime Delbarre.

\ iStock/szirtesi




- Pourquoi Docteur : Pourquoi la santé oculaire est un enjeu majeur pour les sportifs de haut niveau ?

Dr Maxime Delbarre : La santé oculaire, c'est un enjeu majeur pour les sportifs de haut niveau puisqu'il y a plus de quatre-vingt pour cent de l'information qui nous entoure qui est traitée par le système visuel. Donc si on a un système visuel défaillant, on va forcément être moins performant puisque avant d'envisager de faire un mouvement, un geste précis : tout passe par le regard et le traitement de l'information par le cerveau.

Chaque mouvement va être précédé d'une perception visuelle et ensuite l'action va être menée. Et s'il y a des défauts, notamment sur la correction, si l'information, elle est incomplète, elle est mal comprise. À ce moment-là, le geste sera imprécis, quel que soit le niveau du sportif.

- Quels sont les troubles de la vision qui peuvent passer inaperçus et affecter les performances ?

Il y a des troubles visuels, on va dire standards, que qu'ont monsieur et madame Tout-le-Monde. C'est-à-dire qu'on peut très bien avoir un petit astigmatisme qui passe quasiment inaperçu et qui peut engendrer une baisse de performance pour des sujets qui ont besoin d'une vision quasi parfaite ou d'une très bonne acuité visuelle. Rien que cela, c'est la base en fait à corriger.

- Et en dehors des corrections sur les problèmes les plus classiques de vision, est-ce qu'il y a des techniques qui permettent d'entraîner les capacités visuelles, un peu comme on s'entraîne avec ses muscles avant de pratiquer un sport de haut niveau ?

Au-delà de la perception en dixième qui est le minimum, il y a plein d'autres choses dans la vision qu'on peut améliorer. Je peux par exemple vous citer la vision périphérique, c'est quelque chose qui peut s'entraîner, apprendre et c'est très important pour les gens qui jouent notamment des sports de ballon type basket ou football. Sur un terrain, un défenseur ou un attaquant, il est tout le temps en train de scanner. Il apprend à scanner autour de lui où sont les adversaires, où sont ses coéquipiers et de pouvoir anticiper des mouvements d'autres personnes.

"Le système visuel peut se développer comme un muscle"

Donc ça, c'est la vision périphérique et cela se développe. En fait, le système visuel qui est assez plastique peut se développer comme un muscle. Il y a le cortex visuel et plus largement, on va dire, les circuits cérébraux qui sont impliqués dans le traitement de l'information visuelle.

Et cela peut être remodelé, un, avec l'expérience, mais également avec l'entraînement et la répétition.

- Et l'entraînement, cela peut consister en quoi ?

C'est très variable parce que cela dépend du sport qui est pratiqué. Si vous faites du tennis de table ou par exemple du foot ou du tennis, ce n'est pas la même chose. Alors, il y a beaucoup de systèmes qui peuvent permettre d'entraîner les athlètes au début.

Par exemple, un joueur de tennis, il apprend à regarder le mouvement au service et pas où va aller la balle parce que c'est trop tard : un service à deux cent kilomètres heure, c'est quatre cent millisecondes de vol de la balle. Donc en fait, comme on réagit en environ deux cents millisecondes, vous avez que deux cents millisecondes pour faire votre geste et renvoyer la balle, ce n’est pas possible.

En pratique, il y a plein de petits exercices. Par exemple, on peut très bien sur un terrain de foot, l'entraîneur va montrer un panneau avec un chiffre. Et en continuant de jouer avec le ballon, il faut réussir à percevoir le chiffre qui est affiché ou la couleur qui va être affichée. Cela permet de stimuler la vision périphérique.

"Le gardien de but doit se concentrer sur le ballon mais aussi sur le tireur"

Et puis il y a des systèmes aujourd'hui électroniques pour entraîner les athlètes. Il y a des lunettes, ce qu'on appelle stroboscopiques. C'est des lunettes qui vont priver volontairement le sportif d'une partie de l'information. Cela va stimuler encore plus son, sa vision en raison de la privation qu'il va avoir. Donc ça va forcer des mécanismes de prédiction.

Il y a aussi des systèmes lumineux, on le voit souvent, avec des petites lumières qui s'affichent et il faut taper sur les spots. Cela permet de stimuler la vision périphérique.

Et puis il existe des systèmes d'eye-tracking avec des lunettes qui analysent comment l'athlète va regarder et où il regarde et combien de temps il met à changer son regard. Par exemple, pour un gardien de but au football, il doit se concentrer sur le ballon, mais également sur le tireur, la façon dont il va réaliser le geste pour anticiper le mouvement.

L’eye-tracking analyse comment il regarde et comment il va pouvoir améliorer ça. Et puis après, il y a d'autres systèmes de réalité virtuelle aujourd'hui, par exemple au tennis, ou l’athlète va observer des services et il doit anticiper à droite ou à gauche où va partir la balle.

- Le football c'est l'actualité du moment. On est en pleine Coupe du monde. Quelles sont les qualités visuelles qui sont les plus sollicitées ? 

En pratique, il y a plusieurs choses. Il y a le temps de réaction visuelle. C'est apprendre à réagir rapidement, la réponse motrice qui doit être rapide. Il y a la vision périphérique dont je vous ai parlé. C'est primordial sur un terrain de foot, la vision périphérique. C'est une compétence vidéo cognitive qui se construit par l'expérience.

Et puis, même si c’est un peu moins important, il y a la sensibilité au contraste et la vision binoculaire, c'est-à-dire la vision du relief aussi, notamment quand le ballon est en l'air. Ce sont des choses qui peuvent se stimuler.

- Vous évoquez la vision périphérique, déterminante sur le terrain. Comment se travaille-t-elle ?

En fait, vision périphérique, cela veut dire qu'il faut regarder toujours droit devant et voir la périphérie. C'est aussi ce qu'on appelle le scanning, c'est-à-dire réussir tout le temps à avoir les yeux et la tête en mouvement pour regarder autour de soi en continu. Donc les yeux sont tout le temps en mouvement, à droite, à gauche, parfois en haut également. Et cela s'entraîne. Ce sont des techniques d'apprentissage pour savoir où regarder. Il y a la stimulation sur le côté, qui est vraiment quelque chose d'utile. On fait des échanges avec des coéquipiers et il faut réussir à percevoir ce qui va arriver dans un coin.

"Il faut percevoir des choses sur le côté rapidement"

C’est quelque-chose qui est utile aussi, par exemple, pour les pilotes de Formule un. Eux, c'est encore plus difficile parce qu'ils vont très très vite. Il faut pouvoir percevoir des choses sur le côté rapidement.

- Pour rester un peu sur le football, on voit que le jeu moderne est de plus en plus rapide. Est-ce que ça demande des capacités visuelles plus importantes qu'auparavant ?

Oui, parce qu’il faut réussir à capter l'information rapidement, à l'intégrer, à analyser et à faire le bon geste. Donc oui, plus c'est rapide, plus c'est difficile et plus c'est fatigant.

- Est-ce que le soleil, l'éclairage, qui est parfois très violent dans les stades, sont des conditions qui peuvent influencer les performances visuelles ?

Disons que oui, cela peut modifier notamment les contrastes. Quand les spots sont allumés la nuit, on a un éclairage qui est très bien fait, il y a peu d'ombre. Mais on le voit quand ils jouent en journée, vous avez des parties du terrain qui sont à l'ombre. On le voit aussi au tennis. Et là, ça peut être plus gênant parce que vous passez de l'ombre à la lumière. Il faut que votre œil s'adapte à ce changement de luminosité. Donc, cela augmente un peu la difficulté. Et puis il y a aussi un risque d’éblouissement, s'il y a le soleil au zénith et qu'il faut faire une tête, vous regardez le ballon, vous pouvez être ébloui. Et c'est très difficile quand on est ébloui, parce qu'après, il y a un temps de récupération de la vision. Quand on est ébloui, nous le voyons tous quand on passe dans un tunnel, pendant quelques secondes, on a du mal à percevoir notre entourage.

- Pour les joueurs amateurs de foot, est-ce qu'ils doivent eux aussi faire contrôler leur vue régulièrement, même sans chercher à atteindre des performances extraordinaires ?

Oui, bien sûr. C'est réellement la base. J'invite, oui, tous les sportifs, même du dimanche, à avoir un suivi parce qu'on a des solutions aujourd'hui. Les lunettes, ce n’est vraiment pas pratique quand on fait un sport, mais des lentilles, pour jouer au foot, c'est utile. Donc c'est la base.

"Stimuler sa vision ce sont des entraînements très spécifiques"

Ensuite, parfois de la chirurgie est nécessaire, mais il faut au moins optimiser et pas être perturbé par sa vision. Après, la stimuler comme un sportif de haut niveau, cela prend beaucoup de temps, ce sont des entraînements spécifiques.

- Cette acuité visuelle qui demande des yeux en parfait état et après la bonne connexion avec le, avec le cerveau, elle doit se contrôler à quelle fréquence ?

Si on est une personne lambda, c'est tous les deux ans.

- Et à partir de quel âge, ça peut commencer à décliner ?

Il y a des modifications de l'acuité visuelle toute la vie. Il peut y avoir des changements d'astigmatisme, de myopie, toute la vie. Et puis après, il y a le déclin lié à la presbytie, qui est la vision de près vers quarante-cinq ans. Mais la vision de près, c'est quand même moins, moins utile lorsqu'on fait un sport. C'est plutôt la vision de loin qui est primordiale.

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