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Etude sur 53 000 personnes

Cancer du poumon : le scanner dépiste aussi des tumeurs inoffensives

Avec un scanner faiblement dosé par an, la mortalité par cancer du poumon des gros fumeurs pourrait être réduite de 20%. Mais selon une grande étude américaine, 18,5% des anomalies détectées n’auraient jamais évolué en cancer.  

Cancer du poumon : le scanner dépiste aussi des tumeurs inoffensives Un patient passe un scanner pour suspicion de cancer du poumon. Jim Cole/AP/SIPA

  • Publié 10.12.2013 à 10h30
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Si le dépistage des cancers contribue à sauver de nombreuses vies, médecins et patients sont de plus en plus confrontés à un effet pervers de cette stratégie : le surdiagnostic. Il s’agit de la découverte de tumeurs peu évolutives qui n'auraient jamais fait parler d'elles, ni mis la vie de la personne en péril. Les dépistages des cancers du sein et de la prostate doivent déjà faire face à cet écueil et il en serait de même pour le cancer du poumon, s'il était mis en place, selon l’étude américaine NLST publiée dans la revue JAMA Internal Medicine.


18% de surdiagnostic

Menée sur plus de 50 000 fumeurs ou ex-fumeurs depuis moins de 15 ans, cette étude a démontré en 2011 qu’un dépistage annuel par scanner à faible dose permettait de réduire de 20% le risque de mourir d’un cancer du poumon et de 6,7% le risque de décès toutes causes confondues, tant le cancer du poumon pèse lourd dans les statistiques de mortalité. De nouveaux résultats de l’étude NLST pointent aujourd’hui le risque de surdiagnostic associé à cette technique de dépistage. « 18,5% des anomalies dépistées se sont révélées être des cancers peu évolutifs ou non évolutifs, qui ne seraient pas devenus symptomatiques pendant les 7 années de suivi de l’étude », explique le Dr Bernard Milleron, onco-pneumologue et président honoraire de l’Intergroupe francophone de cancérologie thoracique.

 

« Mais cela ne remet pas en cause l’intérêt de cette technique de dépistage qui permet tout de même de réduire la mortalité par cancer du poumon de 20% », insiste ce spécialiste. Sur le papier, le cancer du poumon est effectivement un candidat idéal pour un programme de dépistage organisé comme il en existe pour le sein ou le colon.

 

Ecoutez le Dr Bernard Milleron, onco-pneumologue et président honoraire de l’Intergroupe francophone de cancérologie thoracique : « Tous les arguments sont réunis. C’est une maladie fréquente, liée au tabac dans 85% des cas, dont la guérison dépend du stade de diagnostic et qui peut rester très longtemps sans symptômes ».

 


Ces deux dernières années, sur la base de cette étude, les sociétés savantes américaines de pneumologie et de cancérologie se sont prononcées en faveur d’un dépistage annuel par scanner du cancer du poumon pour toutes les personnes de 55 à 74 ans ayant fumé au moins l'équivalent de 20 cigarettes par jour pendant 30 ans (30 paquets/année selon l’unité utilisée par les spécialistes) ou ayant arrêté depuis moins de 15 ans. En France, les autorités sanitaires jugent pour le moment les données scientifiques encore insuffisantes pour envisager de financer un tel dépistage systématique.


Définir la cible du dépistage organisé  

Pour Bernard Milleron, ces nouveaux résultats ne doivent pas condamner l’hypothèse d’un dépistage organisé en France mais au contraire permettre de mieux le définir pour réduire ce surdiagnostic. Une piste serait de restreindre la cible du dépistage aux personnes les plus à risque de cancer du poumon. « On pourrait envisager de mettre le curseur plus haut en terme de quantité de tabagisme, de prendre en compte les antécédents familiaux de cancer du poumon ou de considérer que 15 ans d’arrêt du tabac, c’est trop », avance l’onco-pneumologue.

L’autre difficulté est de différencier au moment du dépistage les cancers non évolutifs des tumeurs qui vont rapidement se développer et se disséminer en métastases. L’une des pistes serait de surveiller quelques mois les cancers dont l’aspect au scanner oriente vers ce type de cancers, pour voir s’ils évoluent ou non.

 

Ecoutez le Dr Bernard Milleron : « On sait qu’une tumeur qui double en moins de 400 jours est très évolutive. Mais pour les autres, il faut peut-être se donner 3 mois ou 6 mois avant de se précipiter vers les investigations invasives et notamment la chirurgie ».

 

Un axe de recherche très important actuellement consiste à identifier des biomarqueurs spécifiques des tumeurs évolutives, ce qui permettrait de les détecter dès le stade du dépistage. « Mais sans attendre les biomarqueurs, il y a déjà des vies à sauver avec un dépistage organisé, insiste le Dr Milleron. On pourrait très bien, comme cela a été le cas pour le cancer du colon, commencer par une grande étude nationale avec des personnes volontaires pour répondre aux questions qui se posent comme le surdiagnostic, l’irradiation occasionnée par le scanner ou l'influence du dépistage sur l'arrêt du tabac, qui reste la priorité. Pourquoi attendre alors que le cancer du poumon est le cancer le plus meurtrier en France ? »


Dépistage individuel ou collectif ?

L’étude Nelson menée sur plus de 15 000 patients en Hollande et en Belgique doit apporter de nouveaux éléments début 2015 sur ce dépistage par scanner à faible dose. En attendant, les experts français ont adopté une position en demi-teinte en faveur d’un dépistage individuel dans des conditions très strictes. C’est à dire que les personnes à risque peuvent se voir proposer un scanner par leur médecin mais sans forcément que la Sécurité sociale ne le rembourse.

 

Ecoutez le Dr Bernard Milleron : « A condition que la personne soit à risque, volontaire pour arrêter de fumer et au courant des avantages et des inconvénients de ce dépistage, je ne peux pas lui refuser une mesure qui réduit de 20% sa mortalité par cancer du poumon ».

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