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QUESTION D'ACTU

L'interview du week-end

Tabous, manques d'humanité, séparation... : «Après 13 fausses couches, j'ai finalement accouché d'une petite fille»

Environ 23 millions de fausses couches se produisent tous les ans, soit 44 chaque minute. Pourtant, comme le déplore The Lancet dans un nouveau rapport, cet événement est toujours tabou, et mal accompagné. A 37 ans, Laëtitia Rimpault nous raconte comment elle a vécu ses treize fausses couches, avant de donner finalement naissance à sa petite fille grâce à la PMA. 

Tabous, manques d'humanité, séparation... : \ Ponomariova_Maria / istock.

  • Publié le 02.05.2021 à 09h00
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L'ESSENTIEL
  • 23 millions de fausses couches se produisent chaque année dans le monde, soit environ 15% du total des grossesses, selon un nouveau rapport publié dans The Lancet.
  • 10% des femmes feront deux fausses couches au cours de leur vie, et 7% en subiront trois, voire plus.

- Pourquoi docteur - Vous avez fait 13 fausses couches. A quoi étaient-elles dues ?

Laëtitia Rimpault - Les causes de mes fausses couches successives ont été identifiées très, très tard. Elles étaient dues à une insuffisance ovarienne précoce, avec des problèmes chromosomiques sur les ovocytes. Je souffrais également d’une sous-activité immunitaire au niveau de l’endomètre, ainsi que d’une petite mutation sanguine.

- Comment cela a-t-il impacté votre quotidien ?

Après onze fausses couches, je me suis séparée de mon conjoint de l’époque. Il avait déjà une petite fille, et me disait qu’il fallait que je me fasse à l’idée de ne jamais être maman, ce qui était inenvisageable pour moi. J’ai commencé à lui en vouloir, et nous avons finalement rompu.

Je me suis ensuite remise en couple, avec un homme prêt à me suivre jusqu’au bout. Notre relation amoureuse a été moins affectée par mes problèmes de fertilité, car avec lui, je n’ai fait « que » deux fausses couches avant de tomber enceinte.

- Comment avez-vous vécu vos fausses couches ?

Ma première fausse couche a été hyper choquante, j’ai pris un véritable coup de massue : je savais qu’on pouvait perdre un bébé, mais je ne m’y attendais pas du tout. Comme l’hôpital considère que ce n’est pas grave de faire une fausse couche, on m’a renvoyé chez moi sans aucun accompagnement psychologique.

Par la suite, plus je faisais de fausses couches, plus mon espoir d’être maman diminuait. C’était dur, tout comme l’incertitude qui me rongeait. Je me demandais sans cesse si ça allait marcher un jour… Mais dans mon malheur, j’ai quand même eu de « la chance », car je n’ai fait que des fausses couches précoces, à maximum un mois et demi de grossesse.

- Quand avez-vous décidé de vous tourner vers la PMA ?

Ma gynécologue m’a orientée très rapidement vers la PMA, car j’ai fait trois fausses couches entre mars et août 2014.

- Comment avez-vous vécu ce parcours de PMA ?

Cela a été difficile à vivre, et très lourd à supporter. Dans ma première structure de soins, nous n’avons pas du tout été soutenus avec mon conjoint. On avait l’impression d’être des clients, et pas des patients. Nous n’étions qu’un numéro parmi tant d’autres. Lorsque j’ai changé de PMA, il y avait un peu plus d’humanité dans la façon de faire et les mots employés, donc c’était mieux.  

Mais globalement, les couples qui suivent des parcours de PMA sont livrés à eux-mêmes, avec des médecins beaucoup trop cashs, qui banalisent une expérience extrêmement rude.

- Vous ne vous êtes jamais découragée ?

Non. Tant que les médecins ne me mettaient pas un stop définitif, je ne pouvais pas me faire une raison. Mais mon corps et mon mental ont pris de nombreux coups.

- Comment avez-vous finalement réussi à concevoir ?

Au bout de cinq ans, j’ai finalement eu recours à un don d’ovocytes, et cela a fonctionné.

- Vous êtes passée par une clinique tchèque. Que pensez-vous du don d’ovocytes en France ?

Cela commence à bouger, mais en France, il n’y a pas assez de donneuses d’ovocytes. Si je ne m’étais pas tournée vers l’étranger, j’aurais dû attendre un don pendant deux ou trois ans, alors que je me battais déjà depuis 5 ans pour avoir un enfant.

En République Tchèque ou en Espagne, les donneuses d’ovocyte sont plus jeunes et les délais d’attente sont beaucoup plus courts, de deux à trois mois maximum. Elles reçoivent aussi une petite compensation financière, ce qui aide certainement beaucoup à développer le don d’ovocyte. C’est, pour moi, un modèle à suivre, et la France est en retard sur cette question.  

- Vous évoquez le manque d’empathie du corps médical face à votre situation. Avez-vous des exemples ?

Lors de ma huitième fausse couche, j’ai eu très mal, avec des contractions qui se manifestaient sans arrêt. A l’hôpital, on m’a mise dans un couloir, à la vue de tous, sans me proposer aucun anti-douleurs. Alors que je pleurais toutes les larmes de mon corps, la médecin qui m’a reçue m’a dit, froidement : « C’est quasiment fini. Rentrez chez vous et prenez un doliprane ». Là encore, aucun anti-douleurs ne m’a été prescrit.

Autre chose : tout au long de mon parcours, les médecins qualifiaient mes embryons perdus de « résidus de fausse couche ». C’est un terme barbare, super difficile à entendre.

- Vous y pensez encore, à ces 13 fausses couches ?

Cela va mieux avec le temps, surtout depuis l’arrivée de ma fille. Je me dis que c’était elle qui m’étais destinée. Mais toutes ces fausses couches m’ont marquée, et j’y pense encore de temps en temps.

- Pour vous, les fausses couches et l’infertilité sont-elles toujours un tabou en France ?

Oui, même si les choses évoluent un petit peu. Au début de mon parcours, personne ne m’en parlait. Puis, quand j’ai commencé à me confier sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes m’ont raconté des histoires similaires. Idem pour mes collègues et ma famille.

Beaucoup de femmes n’osent encore pas parler de leur fausse couche aujourd’hui. Certaines parce qu’elles ont honte, d’autres parce qu’elles ne veulent pas remuer le couteau dans la plaie…

- Voulez-vous ajouter quelque chose à destination des femmes qui peinent à avoir un enfant ?

Lorsqu’elles tombent enceintes, il faut qu’elles contrôlent leur potentiel manque de progestérone, et qu’elles insistent auprès des médecins pour faire des piqûres supplémentaires en cas de besoin, même si on leur dit que ce n’est pas grave. J’ai failli perdre ma fille à cause de ça. C’est un truc tout bête à contrôler, mais souvent, en France, on ne le fait pas.

Pour en savoir plus, lisez le livre "Mes étoiles et mon futur - Journal de fausses couches à répétition", de Laëtitia Rimpault (éditions St Honoré).

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