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QUESTION D'ACTU

Porte d'entrée de l'infection

Covid-19 : la salive pourrait être contaminante

Une nouvelle étude souligne le rôle que joue la bouche dans la transmission du SARS-CoV-2. Selon ces nouvelles données, le virus pourrait infecter les cellules buccales, ainsi que le système digestif, ce qui implique de nouvelles stratégies visant à réduire la transmission virale, en particulier chez les patients asymptomatiques.

Covid-19 : la salive pourrait être contaminante FabrikaCr/iStock

  • Publié le 30.03.2021 à 13h30
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L'ESSENTIEL
  • Les chercheurs ont découvert dans les tissus buccaux de patients des "portes d'entrée" pour l'ARN viral du SARS-CoV-2, ce qui indique que les cellules buccales sont sensibles au virus.
  • Les tissus buccaux sont bien une source du virus, de même que la salive : cela explique pourquoi les personnes asymptomatiques sont contagieuses même si elles n'ont pas de symptômes pulmonaires.
  • Ces travaux suggèrent aussi qu'une infection orale au SARS-CoV-2 est probablement à l'origine des symptômes oraux de la Covid-19, notamment la perte de goût et d'odorat.

Le SARS-CoV-2 ne se contente pas d’infecter le système pulmonaire : il peut aussi contaminer d’autres parties de l’organisme, notamment la bouche. C’est ce que montre une nouvelle étude du National Institute of Dental and Craniofacial Research (NIDCR), l'agence principale fédérale américaine pour la recherche scientifique sur la santé et les maladies dentaires. Publiée dans la revue Nature Medicine, elle met en lumière le rôle joué par les tissus buccaux et la salive dans la transmission du nouveau coronavirus. Selon les chercheurs, cela pourrait expliquer pourquoi les patients asymptomatiques sont aussi contagieux, ainsi que la variété des symptômes buccaux de la Covid-19, tels que la perte de goût et d’odorat, la sécheresse buccale et l’apparition d’aphtes.

Des cellules buccales vulnérables au virus

De précédentes études avaient déjà établi que la salive des personnes touchées par la Covid-19 contenait des niveaux élevés du virus et que, de fait, le test salivaire s’avérait presque aussi fiable que l’écouvillonnage nasal profond pour diagnostiquer la maladie. Les scientifiques n’étaient en revanche pas certains de la provenance du SARS-CoV-2 dans la salive : de l’écoulement nasal ou des expectorations pulmonaires. De plus, ces hypothèses n’expliquent pas comment le virus se retrouve dans la salive des personnes ne présentant pas de symptômes respiratoires. "Sur la base des données de nos laboratoires, nous soupçonnions qu'au moins une partie du virus présent dans la salive pouvait provenir de tissus infectés dans la bouche elle-même", explique Blake Warner, chercheur clinique adjoint et chef de l'unité des troubles salivaires du NIDCR, qui a dirigé l’étude.

Les scientifiques ont donc étudié les tissus buccaux de personnes en bonne santé afin d'identifier les régions de la bouche susceptibles d'être infectées par le SARS-CoV-2. Deux "portes d’entrée" pour le virus ont été trouvées dans la bouche : dans les cellules des glandes salivaires et dans les tissus qui tapissent la cavité buccale, qui contiennent des instructions d'ARN pour la fabrication de de récepteur ACE2 et d'enzyme TMPRSS2, deux protéines dont se sert le virus pour pénétrer dans les cellules.

Cette découverte indique une vulnérabilité accrue de la cavité buccale au virus, car ce dernier a certainement besoin des deux protéines d'entrée pour accéder aux cellules. De plus, "les niveaux d'expression des facteurs d'entrée sont similaires à ceux des régions connues pour être sensibles à l'infection par le SARS-CoV-2, comme le tissu qui tapisse les voies nasales des voies aériennes supérieures", souligne le Dr Warner.

Après avoir confirmé que certaines parties de la bouche sont bien sensibles au SARS-CoV-2, la deuxième étape de la recherche a consisté à rechercher des preuves d'infection dans des échantillons de tissus buccaux provenant de personnes atteintes de la Covid-19. Les échantillons recueillis auprès de patients décédés montrent que l'ARN du SARS-CoV-2 était présent dans un peu plus de la moitié des glandes salivaires examinées. Des séquences spécifiques d’ARN viral ont même été trouvées dans le tissu des glandes salivaires de l'une des personnes décédées, ce qui indique que les cellules fabriquaient activement de nouvelles copies du virus, ce qui renforce les preuves de l'infection.

La perte de goût et d’odorat enfin expliquée

Quid des personnes atteintes d’une forme légère de Covid-19 ou asymptomatiques ? Pour savoir si les tissus buccaux pouvaient être une source du virus dans leur salive, les chercheurs ont étudié in vitro la salive de huit personnes asymptomatiques, en l’exposant à des cellules saines. La salive de deux des volontaires a alors entraîné l'infection des cellules saines. Cela signifie que même les personnes sans symptômes peuvent sans doute transmettre le virus à d'autres personnes par la salive.

Cette hypothèse a ensuite été confirmée quand les chercheurs ont souhaité explorer la relation entre les symptômes oraux et le virus dans la salive. Ils ont recueilli la salive de 35 volontaires touchés par une forme légère de la maladie, ou asymptomatiques. Parmi les 27 personnes qui présentaient des symptômes, celles dont la salive contenait le virus étaient plus susceptibles de signaler une perte du goût et de l'odorat, ce qui suggère qu'une infection orale pourrait être à l'origine des symptômes oraux de la Covid-19.

Selon les chercheurs, les résultats de l'étude suggèrent que la bouche, via les cellules buccales infectées, joue un rôle plus important dans l'infection par le SARS-CoV-2 qu'on ne le pensait auparavant. "Lorsque la salive infectée est avalée ou que de minuscules particules sont inhalées, nous pensons qu'elle peut potentiellement transmettre le SARS-CoV-2 plus loin dans notre gorge, nos poumons ou même nos intestins", expliquent les auteurs de l’étude, qui précisent que d’autres recherches sont désormais nécessaires pour confirmer ces résultats.

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