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QUESTION D'ACTU

Prix Nobel

Qu'est-ce qu'a changé la découverte du virus de l'hépatite C ?

Ce lundi 5 octobre, l'Académie royale des sciences de Suède a décerné son prix Nobel de médecine à trois chercheurs britannico-américains pour leur découverte du virus de l'hépatite C. Comment cette découverte a changé le monde ?

Qu'est-ce qu'a changé la découverte du virus de l'hépatite C ? Dr_Microbe/iStock

  • Publié le 05.10.2020 à 18h00
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L'ESSENTIEL
  • Le prix Nobel 2020 a été décerné à trois virologues pour leurs travaux d'identification d'un virus inconnu, de découverte de son génome et de compréhension de son mode d'action.
  • Ces découvertes ont permis d'éviter de nombreuses contaminations dans le monde. Ces résultats ont aussi permis le développement de traitements efficaces comme les antiviraux d'action directe commercialisés depuis 2014, soit 25 ans après ces travaux pionniers.

L'année 2020 sourit aux virologues. Après leur mise en avant cette année pour leur travail sur le coronavirus, c'est maintenant au tour du Comité Nobel 2020 de les récompenser. L'Académie royale des siens de Suède a récompensé les travaux des trois virologues, Harvey J. Alter, Michael Houghton et Charles M. Rice, pour leur découverte du virus de l'hépatite C en 1989. “Cela prend du temps de clairement voir quelle découverte est importante et à quel point elle l'est, assure après l'annonce le professeur Thomas Perlmann, secrétaire général du Comité Nobel de médecine ou de physiologie. Après 1989, quand le virus a été cloné, il est rapidement paru évident que cette découverte a été utile pour la sérologie [étude des sérums souvent en fonction d'une maladie, NDLR]. Mais il y a eu d'autres étapes et notamment beaucoup plus récentes comme le développement de médicaments antiviraux qui ont été incroyablement importants pour l'humanité." Une découverte dont les répercussions continuent d'améliorer notre vie des décennies plus tard donc, pas de tentation de primer un scientifique aux prises avec la Covid-19 pour l'instant.

Ces trois scientifiques ont chacun permis l'émergence de l'actuel traitement contre cette maladie du foie chronique. L'hépatite C se développe en silence durant des années. Attaquée par le système immunitaire, les cellules du foie infectées sont progressivement remplacées par un tissu cicatriciel fibreux, cette dégradation de l'état du foie provoque chez 10 à 20% des malades une cirrhose après 10 ou 15 années. “Le foie n’est alors plus capable d’assurer ses fonctions normales et des symptômes graves apparaissent : hémorragies au niveau de l’œsophage ou du tube digestif, ascite (liquide présent dans l’abdomen), œdèmes…” rappelle l'Inserm. Ils peuvent également développer un cancer du foie.

Le tournant des antiviraux d'action directe

Si le développement du dépistage date de 1989 et a permis de limiter les contaminations par transfusion sanguine, la percée majeure dans la lutte contre cette maladie date de 2014, soit 25 ans plus tard. Avant cette date, le développement de vaccin contre l'hépatite n'est pas effectif, et les patients atteints de cette maladie recevaient deux molécules — l’interféron pégylé et la ribavirine — durant pendant 6 à 12 mois et efficace dans 40% des cas. Les 60% restants se trouvaient dans une impasse thérapeutique. Or, en 2014, des nouveaux “antiviraux d'action directe” (AAD) sont commercialisés contre l'hépatite C et soignent près de 100% des patients après une cure de 2 à 3 mois. “Du fait de l’efficacité et de la prescription élargie des nouveaux traitements, le nombre de malades est en constante diminution depuis 2014”, assure l'Inserm qui rappelle que 232 000 personnes souffraient d'hépatite C chronique en 2011 contre 193 000 en 2016.

Une révolution bienfaitrice qui a cependant un prix salé : comptez une cure à 40 000€ par personne lors de sa commercialisation. Un prix fort qui pèse sur les finances de la Sécurité sociale, et donc, de tous les Français. Le ministère de la Santé décide de plafonner les dépenses annuelles liées à l'hépatite C à 750 millions d'euros. Deux années plus tard, d'autres ADD sont apparus sur le marché et la concurrence a tiré les prix vers le bas. Aujourd'hui, ces ADD coûtent autour de 28 000 € par personne, soit presque la moitié du prix affiché deux années auparavant. Un prix plus abordable pour les pays riches mais prohibitif ailleurs. “Dans le monde, l’enjeu reste important : 70 millions de personnes seraient chroniquement infectées — soit 1% de la population du globe — et plus de 350 000 personnes décèderaient chaque année des suites de cette maladie”, rappelle l'Inserm.

La découverte du virus en 1989 a permis le développement des nouveaux médicaments mais également le mieux comprendre sa propagation. Si hier, l'hépatite C était essentiellement transmise par transfusion sanguine, elle touche aujourd'hui essentiellement les usagers de la drogue qui se contaminent en partageant le matériel (seringues, pailles de sniff, compresses). Parfois, les outils de tatouages, de soins dentaires ou d'acuponcture mal stérilisés peuvent également être des agents contaminants. Selon l'Institut de recherche, l'hépatite C est l'unique maladie virale chronique à pouvoir être guérie. Une belle prouesse.

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