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QUESTION D'ACTU

Interview

Pandémie et confinement : “Les conséquences psychiatriques sont devant nous”

Dans un communiqué paru le 5 juin, la Fondation FondaMental alerte sur les conséquences de la pandémie et du confinement sur la santé mentale et lance une campagne d’appel aux dons pour soutenir la psychiatrie en ces temps difficiles. Pourquoi docteur a interrogé sa directrice, Marion Leboyer. 

Pandémie et confinement : “Les conséquences psychiatriques sont devant nous” PsychoBeard/iStock

  • Publié le 11.06.2020 à 17h15
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En France, 12 millions de personnes, soit une personne sur cinq, étaient suivies en psychiatrie avant la crise sanitaire. Davantage sont attendues dans les mois à venir. C’est pourquoi, le 5 juin, la Fondation FondaMental a publié un communiqué dans lequel elle alerte sur les conséquences de la pandémie sur la santé mentale et lance une campagne d’appel aux dons pour soutenir la psychiatrie en ces temps difficiles. Pourquoi docteur a interrogé la directrice de la Fondation, Marion Leboyer, professeure de psychiatrie à l’université Paris-Est Créteil et responsable du DMU Impact au groupe hospitalier Henri-Mondor, sur le sujet.

Comment ont été pris en charge les patients atteints de pathologies psychiatriques pendant le confinement ?

La majorité d’entre nous s'est servie de téléconsultations pour s’assurer que nos patients continuaient à être suivis et leur faire des ordonnances quand c’était nécessaire. Ainsi, les patients qui étaient suivis par un psychiatre de ville ou un hôpital n’ont pas été abandonnés. La téléconsultation s’est enfin déployée, à la plus grande satisfaction de tous. Dans l’ensemble, la majorité des patients atteints de troubles mentaux ont bien respecté le confinement, voire trop bien. Dans la région Ile-de-France, il y a par exemple eu une diminution de 50% des passages aux urgences psychiatriques, ce qui est considérable. 

Plusieurs psychiatres ont témoigné du fait que leurs patients avaient relativement bien vécu le confinement…

Cela dépend beaucoup des pathologies. Il est vrai que les anxieux l’ont plutôt bien vécu. Les patients qui étaient plus soumis à des situations stressantes ou qui avaient des difficultés sociales ont apprécié l’isolement, le repli sur soi, le fait de ne pas être soumis à une série de stimulations sonores…. En revanche, les patients lourdement atteints de schizophrénie, qui étaient par exemple pris en charge à l’hôpital de jour où ils sont stimulés grâce à divers exercices, ont plutôt vu leur cas s’aggraver. Quant aux patients bipolaires, ils sont beaucoup à avoir souffert de la rupture de rythme. Tout ce qu’on essaye de faire normalement, pour les pousser à respecter une alimentation régulière ou des horaires de sommeil stables, a été très difficile à maintenir pendant le confinement.

Maintenant que le confinement est terminé, les services psychiatriques sont-ils plus saturés qu’avant ? Quelles sont vos craintes pour l’avenir ?  

Nos services ont toujours été saturés mais maintenant nous nous attendons à voir de nouveaux patients. De nombreux Français ont été affectés par le stress, l’isolement social, les troubles du sommeil… On a assisté à une augmentation considérable des addictions, qui ont déclenché des épisodes dépressifs et des troubles anxieux, parfois sévères, y compris des stress post-traumatiques. Plusieurs enquêtes montrent également que les femmes ont particulièrement souffert du confinement. Beaucoup d’entre elles ont eu à charge le télétravail, l’éducation des enfants, la maison… Certaines ont même souffert de violences conjugales

On sait aussi que de nombreux soignants ont eu vécu des situations extrêmement douloureuses et traumatisantes. Certains ont eu besoin de soins psychologiques et psychiatriques pendant le confinement. A l’hôpital Henri-Mondor, où je travaille, on a en a pris en charge énormément et cela va continuer.  

Qui plus est, les difficultés économiques et le chômage qui attendent de nombreux Français vont forcément entraîner, chez des gens éventuellement prédisposés, des épisodes dépressifs. Enfin, il est important de rappeler que nous avons pu voir pendant les précédentes épidémies de coronavirus que les patients qui avaient été infectés avaient plus tendance à souffrir de troubles de l’humeur ensuite. En effet, la tempête cytokinique et l’anomalie inflammatoire font le lit de la dépression… En Italie, on a vu cette année une augmentation de plus de 30% de dépression chez les gens qui ont souffert de Covid.

Il faut donc qu’on soit très en alerte et en capacité d’assurer cette augmentation du nombre de cas qui va succéder à la crise sanitaire. Ainsi, nous sommes persuadés que les conséquences psychiatriques de la pandémie et du confinement ne sont pas derrière nous. C’est au contraire à venir.

Pendant le confinement, vous avez mis en place CovidEcoute, une plateforme pour les Français en situation de détresse psychologique…

Nous avions ouvert la plateforme CovidEcoute le 15 avril pour aider les gens pendant le confinement, mais nous l’avons fermée. C’était une action complètement bénévole mise en place par la fondation FondaMental et ses partenaires. Nous avons réussi à mobiliser 200 bénévoles, spécialisés dans la prise en charge des troubles de l’humeur et des troubles anxieux, qui se sont mis à disposition de la plateforme pour venir en aide aux appelants. Il y a eu plus de 1 000 consultations, cela a été très rapide. Nous avons constaté que la grande majorité des appelants étaient des primo consultants, des personnes qui n’avaient jamais été en contact avec la psychiatrie avant. Nous avons également remarqué que les femmes et les personnes en situation de précarité étaient plus touchées.

Si le confinement a été compliqué pour beaucoup de gens, certains sont surtout ébranlés par le déconfinement et redoutent aujourd’hui de sortir de chez eux…  

On n’est pas mal chez soi. On est moins exposés aux difficultés relationnelles, au stress du travail, à toute une série de contraintes d’horaires ou de transports… Les anxieux ont peut-être mieux vécu cette période-là que l’actuelle. Si chaque cas est unique, il est certain que cette situation de déconfinement est angoissante.

Il faut réapprendre à faire des choses arrêtées pendant longtemps, on ne sait pas trop si le virus est encore là ou non, quelles vont être les conséquences sur le plan professionnel, économique… On entend quand même toute une série de choses inquiétantes. Beaucoup de gens nous ont dit : “C’était beaucoup plus facile pour moi pendant le confinement où on me disait très clairement ce que j’avais le droit de faire ou de ne pas faire, alors que maintenant où on ne sait pas trop ce qui va se passer sur le long terme…”.

Aujourd’hui, il y a des risques de troubles de l’humeur et de troubles anxieux. Si vous avez le moindre doute sur le fait d’être déprimé ou anxieux n’hésitez pas à consulter. Ce sont de vraies maladies, ça doit être pris en charge et ça peut se soigner facilement. Cela n’est pas invraisemblable, après ce que l’on vient de vivre, d’avoir développé une pathologie anxieuse ou dépressive. Même pour les gens qui n’en avaient jamais eues avant.    

FondaMental a lancé une campagne d’appel aux dons pour soutenir la recherche en santé mentale et des actions de soin et de prévention…

Le manifeste a plusieurs objectifs. Il s’agit d’abord d’attirer l’attention sur le fait que, plus que jamais, la psychiatrie a besoin de soutien. C’était déjà le maillon faible du système mais aujourd’hui il faut vraiment une mobilisation. 

Nous allons développer une nouvelle plateforme ayant pour objectif de faciliter et d’accélérer l’accès aux soins aux patients, qu’il s’agisse de patients en rupture de soins ou de nouveaux patients qui ont besoin d’un psychiatre, d'un addictologue, d’un psychologue… Nous savons que de nombreuses personnes tardent à avoir accès aux soins car elles peinent à trouver le bon professionnel. Nous sommes donc en train de développer des outils qui les aideront dans leurs recherches et permettront de poursuivre les téléconsultations. Nous avons donc besoin de fonds pour cela, mais également bien sûr pour la recherche.

De nombreuses études sont nécessaires sur la Covid et la psychiatrie et sur la Covid et la santé mentale. Nous avons besoin d’études épidémiologiques, par exemple. On ignore si les patients porteurs de pathologies psychiatriques ont été plus ou moins exposés à l’infection par la Covid. Or, il est extrêmement important de savoir s’il y a des facteurs de risque ou au contraire de protection. Il faut tirer les leçons de cette épidémie afin d’être bien préparés au cas où un événement similaire se reproduirait.

C'est également pour cette raison que nous devons également comprendre les conséquences psychologiques du confinement : quelles sont les personnes les plus vulnérables et qu’est-ce qu’il aurait fallu mettre en place pour les aider ? Il paraît également essentiel d’étudier l'influence de la téléconsultation : est-ce une bonne chose ou non ?

Enfin, toute une série de recherches biologiques s’imposent. Est-ce qu’après la Covid, on est plus à risque de développer des pathologies psychiatriques, en particulier des troubles anxieux et de l’humeur ? Qu’est-ce qui se passe au niveau du terrain immuno-inflammatoire des patients ?

Pour aider les personnes fragiles et soutenir la psychiatrie, il faut que les gens s’engagent et signent le manifeste. Une fois que vous avez signé, nous proposons de faire un don.

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