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QUESTION D'ACTU

La chronique du Docteur Lemoine

Stress syndrom : on est indemne… mais tout reste à faire

On parle beaucoup à propos du confinement de stress traumatique. C’est probablement vrai pour tous ceux qui sont passés en réanimation et leur famille… Sans doute un peu excessif pour le seul confinement. Mais six cent mille Français sont victimes, chaque année, des conséquences psychologiques d’un événement stressant. Avec des conséquences graves qui pourraient pourtant être évitées.

Stress syndrom : on est indemne… mais tout reste à faire LightFieldStudios/iStock

  • Publié le 16.04.2020 à 08h00
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Quelle différence y a-t-il entre le rescapé d’un tsunami, le miraculé d’une grosse chute de ski et une grand-mère qui s’est fait braquer son sac au coin d’une rue ? Une nouvelle maladie que la médecine appelle le « SSPT*», acronyme d’origine anglo-saxonne qui définit les conséquences du stress post traumatique, en clair, tout ce qui découle de la rencontre avec l’immédiateté de sa propre mort. C’est un problème de santé publique insoupçonné en raison d’un mauvais dépistage, d’une prise en charge encore balbutiante et une méconnaissance des conséquences qui en découlent. Constat terrible, d’autant que ceux qui doivent bénéficier de ce dépistage ne sont pas que les victimes évidentes de catastrophes, mais aussi toutes celles ou ceux qui, à tort ou à raison, se sont sentis menacés, que ce soit par la maladie, la nature ou la société. 

La Société Française de Psychotraumatologie définit trois situations qui n’ont pas les mêmes conséquences en termes de développement du SSPT : 10 à 20% de risques en cas de catastrophe naturelle, 20 à 40% pour celles dites d’origine humaine, comme les accidents de la route, et 80% voire 100% pour les agressions sexuelles graves ou les prises d’otage. Une fréquence qui nécessiterait un repérage systématique, dès l’accueil aux urgences, avec la recherche d’un signe simple et constant : la déconnexion de la pensée, en particulier une incapacité à ressentir réellement la blessure... Par manque de psychiatres, cet examen, qui pourrait être délégué aux infirmiers, n’est la plupart du temps pas effectué. On estime que 1% des Français sont confrontés chaque année à ce problème, contre 4% aux Etats-Unis. Pas seulement parce que la détection est meilleure, mais parce que les situations traumatiques (armes à feu, état de guerre et violence urbaine en particulier) y sont plus fréquentes. D’ailleurs, les chiffres varient peu d’un pays à l’autre. On vante aujourd’hui le flegme des Japonais. Il est réel dans l’attitude mais quasi inefficace sur les conséquences du stress.

Si aucun traitement n’est institué, le SSPT se manifeste rapidement, au bout de quelques semaines, par trois types de symptômes : cauchemars avec répétition de l’accident, manifestations pseudo-dépressives, en particulier l’évitement du sujet, enfin une vigilance ou une méfiance inhabituelles. Les conséquences à long terme sont, à tort, rarement rattachées à l’accident. Pourtant, on sait que c’est le cas de nombreuses dépressions, prises de stupéfiants, ou résistances aux médicaments contre la douleur. On estime, par exemple, que 80% des prises de drogue importantes sont la conséquence de ce type d’accidents. Un responsable de urgences psychiatriques insiste sur des données très récentes montrant que le risque de suicide est multiplié par 6. Désormais, il faut rechercher le traumatisme antérieur dans de nombreuses souffrances inexpliquées. 

Agir dès les premières heures est simple et efficace. Moins avec des médicaments qu’avec des techniques centrées sur le traumatisme psychique et qui font appel à la réexposition au souvenir et un travail psychologique sur l’événement traumatique. Il faut mettre des mots sur les images… C’est la seule méthode qui ait réellement prouvé son efficacité. Malheureusement, en France, moins d’un traumatisé sur deux rencontre un médecin susceptible de prendre des mesures efficaces.

*SSPT : Syndrome de Stress Post Traumatique

Docteur Jean-François Lemoine

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