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Médicaments

Coronavirus : faut-il s'inquiéter d'une pénurie de médicaments à venir en Europe ?

Alors que la plupart des principes actifs pharmaceutiques sont fabriqués en Chine, actuellement paralysée par le coronavirus, les experts commencent à alerter sur le risque d'une potentielle pénurie de médicaments en Europe. Il est encore trop tôt pour paniquer, assurent toutefois les laboratoires et les politiques. 

Coronavirus : faut-il s'inquiéter d'une pénurie de médicaments à venir en Europe ? Gumpanat/iStock

  • Publié le 25.02.2020 à 19h30
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L’Union européenne est sur le qui-vive. Alors que le coronavirus, désormais connu sous le nom de Covid-19, continue de s’étendre, les experts craignent une possible pénurie de médicaments sur le Vieux continent. En cause, “80% des principes actifs pharmaceutiques (les molécules qui confèrent au médicament ses propriétés thérapeutiques ou préventives, NDLR) utilisés en Europe sont fabriqués hors de l'espace économique européen, dont une grande partie en Asie”, s’alarme l’Académie française de pharmacie. De leur côté, les laboratoires et les ministres européens de la Santé assurent toutefois qu’il est encore trop tôt pour paniquer, l’UE disposant de stocks de sécurité. Afin d’anticiper une crise potentielle, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a quant à elle demandé aux “organisations représentatives des industries de santé, médicaments, dispositifs médicaux et dispositifs médicaux de diagnostic in vitro” de réaliser un rapport sur le sujet. “Le résultat de ces interrogations devrait être disponible dans les prochains jours”, a assuré la Direction générale de la Santé à Pourquoi docteur ce mardi 25 février.

Les trente-cinq molécules de base en oncologie sont produites en Orient, surtout en Chine, par trois fabricants, s’inquiètent les professionnels de la santé. “Du fait de la multiplicité des maillons de la chaîne de production, il suffit d'une catastrophe naturelle ou sanitaire, d'un événement géopolitique, d'un accident industriel, pour entraîner des ruptures d'approvisionnement pouvant conduire à priver les patients de leurs traitements”, rappelle donc l’Académie de pharmacie, insistant sur le fait que l’épidémie chinoise “pourrait faire peser une grave menace sur la santé publique en France et en Europe”

2500 usines chinoises à l’arrêt

Alors que de plus en plus de populations se retrouvent confinées et que les fermetures d’entreprises s’enchaînent en Chine, il est indispensable de “relocaliser la production des matières premières pharmaceutiques”, plaide-t-elle. Depuis la crise du VIH/sida, les laboratoires ont commencé à délocaliser leur production dans des pays à bas coût de main d’œuvre, soumis à des régulations moins strictes. Dans le détail, environ 60% de la production se situe désormais en Chine et en Inde, ce qui permet de commercialiser les médicaments à des prix défiant toute concurrence et de traiter les patients plus rapidement et pour moins cher.

Outre les principes actifs, une proportion importante des excipients, les ingrédients qui facilitent l’absorption et la dissolution des médicaments dans l’organisme, et des produits intermédiaires, sont également produits dans la région. Or, aujourd’hui, 2500 usines chinoises sont à l’arrêt.  

Toutefois, il est encore trop tôt pour paniquer, les laboratoires européens peuvent compter sur des stocks de sécurité. Qui plus est, les plus importants disposent de différents fournisseurs. “Il n’y a pas de risque de rupture dans les trois à six mois. En revanche, si le virus continuait à se propager et que les usines ne redémarraient pas, la situation pourrait devenir critique”, a expliqué Bernd Schneider, spécialiste de l’industrie chimique au sein de la banque Alantra, lors d’un point presse jeudi 13 février. “À court terme, ça va, mais évidemment c’est quelque chose que nous devons continuer à surveiller. Nous sommes préparés pour ce genre de problèmes”, nuance Emma Walmsley, directrice générale du groupe britannique GSK. Rappelons par ailleurs que si la plupart des principes actifs sont produits en Asie, les plus complexes, qui entrent dans la composition des médicaments les plus innovants, sont fabriqués dans les pays occidentaux.

“Nous suivons la situation de près”

Pour les approvisionnements, nous suivons de près la situation pour nous assurer qu'il n'y a pas de discontinuité”, déclare quant à lui le laboratoire français Sanofi à l'AFP. “A l'heure qu'il est, nous sommes confiants que nos stocks existant sont suffisants pour couvrir les besoins de production et de distribution”, renchérit le Suisse Novartis. Enfin, Thomas Cueni, le directeur général de la fédération internationale des fabricants pharmaceutiques (IFPMA), assure que la situation n’était pas inquiétante pour le moment. “Évidemment, cela va dépendre de combien de temps la production manufacturière peut être touchée par l'épidémie”, précise-t-il. 

Même son de cloche du côté des politiques, réunis en urgence il y a deux semaines à Genève. “On n'a a priori pas de signal d'alarme sur un effondrement de la production mais on est très attentif, explique le n°2 du ministère français de la Santé, Jérôme Salomon. La situation en Chine entraîne des mesures d'endiguement extrêmement forte, avec une réduction d'activité qui concerne l'ensemble des secteurs. On est attentif au plan mondial et européen aux conséquences qu'ont ces réductions d'activité sur le commerce mondial, dont ce secteur important des produits de santé.” 

Afin d’anticiper au mieux les risques potentiels de rupture en produits de santé, l’ANSM a demandé aux organisations représentatives des industries de santé (…) d’identifier pour les produits commercialisés en France ceux dont la fabrication ou une partie est réalisée en Chine et de mobiliser les mesures ad hoc pour garantir la continuité de la couverture des besoins sanitaires pour les patients. Le résultat de ces interrogations devrait être disponible dans les prochains jours”, précise la Direction générale de la Santé à Pourquoi docteur.  

“A ce jour, l’ANSM n’a pas été destinataire de déclaration de tension”

Au niveau européen, les ministres de la Santé de l’Union désirent “renforcer la coordination déjà existante” afin “d'améliorer l'efficacité” des mesures nationales. “Nous avons besoin d'aller plus loin, de nous coordonner sur les mesures barrières, l'arrivée des voyageurs, l'analyse épidémiologique des cas, les stocks de protection”, explique l'ancienne ministre française de la Santé Agnès Buzyn. Rappelant que “cette crise” pouvait “s'installer sur plusieurs mois”, la ministre s’inquiète des conséquences sur la disponibilité des équipements de protection (gants, masques) pour les personnels soignants. Alors que la plupart des fabricants de ces équipements sont situés en Chine, les ministres demandent donc aujourd’hui à la Commission européenne doit faire en sorte de faciliter l’accès nécessaire à ces derniers.   

L’EMA (European Medicines Agency) a sollicité les parties prenantes européennes de l’industrie pharmaceutique de médicaments à usage humain et vétérinaire un partage des informations relatives aux alertes de rupture de stock transmises par les agences sanitaires de l’Union européenne (…) A ce jour, l’ANSM n’a pas été destinataire de déclaration de tension, l’ANSM est en lien avec nous et suit étroitement la situation”, détaille la Direction générale de la Santé. 

Si la situation continuait à se dégrader, les laboratoires devront s’appuyer sur de nouveaux fournisseurs et obtenir la validation des autorités de santé.

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