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Démence frontotemporale: être actif physiquement et mentalement pour retarder la maladie

Etre actif physiquement et mentalement pourrait ralentir le développement de la démence frontotemporale chez les personnes génétiquement prédisposées. 

Démence frontotemporale: être actif physiquement et mentalement pour retarder la maladie nd3000/iStock

  • Publié le 17.01.2020 à 18h00
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La démence frontotemporale, ou DFT, est la forme de démence la plus courante chez les personnes de moins de 65 ans. Elle représente 5 à 15% de l’ensemble des cas de démence. Elle peut perturber la personnalité, la prise de décision, le langage ou les capacités de mouvement, et apparaît généralement entre 45 et 65 ans. Elle entraîne souvent un déclin cognitif et physique rapide et la mort en moins de 10 ans. Malheureusement, il n’existe à l’heure actuelle aucun médicament pour la traiter. Aujourd’hui, des chercheurs ont toutefois découvert qu’un mode de vie physiquement et mentalement actif conférait une résilience à cette maladie neurodégénérative, même chez les personnes génétiquement prédisposées. Les résultats de cette étude sont parus dans la revue Alzheimer's and Dementia.

“Il y a une incroyable variabilité dans la DFT, même chez les personnes qui présentent les mêmes mutations génétiques à l'origine de leur maladie. Certaines personnes sont tout simplement plus résiliantes que d'autres pour des raisons que nous ne comprenons pas encore”, explique Kaitlin Casaletto, membre de l'Institut Weill des neurosciences de université de Californie (Etats-Unis) et autrice de cette étude. “Notre hypothèse était que les activités que les gens pratiquent chaque jour de leur vie pouvaient contribuer aux trajectoires très différentes que nous voyons en clinique, y compris le moment où la maladie se développe et la façon dont elle progresse”, poursuit-elle.

Ses collègues et elle ont donc étudié comment les styles de vie de 150 personnes présentant des mutations génétiques dominantes affectaient la progression de la maladie. Tous les participants ont subi des IRM initiaux pour mesurer l’étendue de la dégénérescence cérébrale causée par la maladie, des tests de mémoire et de pensées et ont présenté leur niveau actuel d’activité cognitive et physique au quotidien (lecture, temps passé avec des amis, jogging, etc.). Dans le même temps, les membres de leur famille ont été évalués régulièrement. Puis, ces opérations ont été répétées lors de visites de suivi annuelles. Après deux ou trois visites, les chercheurs ont commencé à constater des différences significatives dans la vitesse et la gravité de la DFT entre les participants les plus et les moins actifs, mentalement et physiquement.

Le sort des malades “peut-être pas gravé dans la pierre”

Dans le détail, ils ont constaté que le déclin fonctionnel était 55% plus lent chez les 25% des participants les plus actifs en comparaison aux 5% les moins actifs. Un an après le début de l’étude, même s’ils présentaient des signes d’atrophie à l’imagerie cérébrale, les participants les plus actifs mentalement et physiquement avaient des résultats cognitifs deux fois supérieurs aux moins actifs. Ainsi, le mode de vie d’une personne peut ralentir les symptômes de la maladie et procure une certaine forme de résilience cognitive aux conséquences de la dégénérescence cérébrale.

“Il s'agit d'une maladie dévastatrice en l'absence de bons traitements médicaux, mais nos résultats suggèrent que même les personnes ayant une prédisposition génétique pour la DFT peuvent encore prendre des mesures pour augmenter leurs chances de vivre une vie longue et productive. Leur sort n'est peut-être pas gravé dans la pierre”, s’enthousiasme Kaitlin Casaletto.

Désormais, les chercheurs s’attendent à constater des différences encore plus importantes dans le déclin cognitif entre les groupes plus ou moins actifs car l’étude continue. “Nous avons vu des effets si importants au cours de la première ou des deux premières années seulement chez les personnes atteintes d'une maladie très légère — si ces résultats se confirment, nous pourrions voir qu'un mode de vie actif place les individus sur une trajectoire différente pour les années à venir”, détaille Kaitlin Casaletto.

Adopter des modes de vie plus productifs

Bientôt, les scientifiques incluront des évaluations plus détaillées et objectives de l’activité physique et mentale des participants, en les équipant par exemple de capteurs d’activité FitBit portables, afin de pouvoir comprendre la quantité d’activité nécessaires pour favoriser la résilience cognitive.  

A l’heure actuelle, l’étude n’ont montré qu’une corrélation, concèdent les chercheurs. “Il est possible que certains participants aient un style de vie moins actif parce qu'ils ont une forme plus sévère ou agressive de DFT, qui a déjà une influence sur leur capacité à être actif. Des essais cliniques qui manipulent les niveaux d'activité cognitive et physique chez les personnes atteintes de mutations de la DFT sont nécessaires pour prouver que les changements de mode de vie peuvent modifier l'évolution de la maladie”, admet Casaletto. Mais si ces résultats ne sont pas définitifs, elle espère toutefois qu’ils encourageront les équipes de soin et les personnes ayant des antécédents familiaux de DFT à adopter des modes de vie plus productifs.  

“Nous pouvons voir que les différences de style de vie ont une influence sur la résilience des personnes atteintes de DFT malgré une génétique très pénétrante, alors nous pouvons maintenant commencer à poser des questions plus fondamentales, comme comment ces comportements affectent réellement la biologie du cerveau pour conférer cette résilience. Cet effet biologique est-il quelque chose que nous pourrions reproduire pharmacologiquement pour aider à ralentir la progression de cette terrible maladie pour tout le monde”, s’enthousiasme-t-elle.   

Alzheimer et l’activité physique  

Les résultats de cette étude rejoignent les nombreuses conclusions selon lesquelles l’exercice physique est l’un des meilleurs moyens de prévenir ou de ralentir d’Alzheimer, la forme de démence la plus courante à travers le monde. Récemment, des chercheurs ont enfin compris pourquoi l’activité régulière pouvait prévenir du déclin cognitif. Leurs travaux montrent que l’irisine, une hormone libérée dans l’organisme quand on fait du sport, favorise aussi la croissance neuronale de l’hippocampe du cerveau, une région qui joue un rôle essentiel dans l’apprentissage et la mémoire. 

“L’ensemble de ces résultats suggère que l'irisine pourrait être exploitée pour trouver une nouvelle thérapie pour prévenir ou traiter la démence chez les humains. En attendant, j'encouragerais certainement tout le monde à faire de l'exercice, à promouvoir les fonctions cérébrales et la santé en général”, conclut Ottavio Arancio, auteur principal de l’étude et chercheur au collège de médecins et de chirurgiens Vagelos de l'université de Columbia.

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