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QUESTION D'ACTU

Aversion/récompense

Tabac : comment les fumeurs deviennent-ils accros à une substance qui, instinctivement, les dégoûtait ?

La nicotine déclenche à la fois l'aversion et le plaisir dans le cerveau. Plus une personne fume, plus le système de motivation change. En ciblant les neurones responsables de l'aversion à la nicotine, des chercheurs canadiens espèrent mettre au point des médicaments plus efficaces pour arrêter le tabac.

Tabac : comment les fumeurs deviennent-ils accros à une substance qui, instinctivement, les dégoûtait ? Tamara Dragovic/iStock

  • Publié 03.12.2019 à 15h00
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Tous les fumeurs s’accordent sur un point : leur première bouffée de cigarette ne fut pas paradisiaque. Le premier contact avec le tabac dégoûte toujours. Cette réaction instinctive envers l’amertume (prenez les enfants et les endives) permettait à nos ancêtres d’éviter les plantes toxiques. Et pourtant, les adultes reviennent de leur plein gré vers le tabac pour finalement devenir accro. Des chercheurs canadiens ont essayé de comprendre le mécanisme à l’origine de ce curieux pardoxe. Leur étude, publiée le 27 novembre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences montre que les réponses de récompense et d'aversion sont générées par deux populations différentes de neurones qui se trouvent dans la même région du cerveau, l'aire tegmentale ventrale. A terme, cette meilleure compréhension de l’addiction à nicotine pourrait peut-être permettre de mettre au point de meilleurs traitements thérapeutiques pour arrêter le tabac, espèrent-ils. 

Afin de différencier les deux populations de cellules neuronales activant la nicotine dans l’air tegmentale ventrale, les chercheurs de l’Université de Toronto (Canada) ont d'abord travaillé avec des souris sans récepteur de nicotine. Ces rongeurs étaient donc au début complètement indifférents à la nicotine. Puis, les scientifiques les ont infectés avec un virus pour introduire des récepteurs de nicotines dans les neurones dopaminergiques ou GABA. Ils ont ensuite exposé les animaux à des niveaux de nicotine correspondant ceux d’un gros fumeur. Ils ont alors remarqué avec surprise que l’aversion était activée par les neurones à dopamine tandis que les neurones GABA envoyaient le signal de la récompense. Un résultat en opposition avec les théories connues selon laquelle la dopamine est réservée au circuit de la récompense.

Toutefois, une fois la personne addict, le cerveau est “piégé” et le système de motivation change. “L'aversion (envers la nicotine, NDLR) devrait être là tout le temps, mais plus quelqu'un fume, plus il va y avoir des changements dans la quantité de récepteurs et dans les processus de signalisation dans le système de récompense du cerveau, explique Taryn E. Grieder, principal autrice de l'étude. Bien que les neurones dopaminergiques soient responsables de l'aversion chez les animaux non dépendants, ils signalent à la fois la récompense et l'aversion une fois la dépendance établie, Il ne s'agit plus d'éprouver une sensation agréable, mais de soulager la sensation désagréable de ne pas avoir assez de drogue”, poursuit-elle. Ainsi, le besoin de soulager l’effet négatif du manque de nicotine devient plus fort que la répulsion instinctive à la nicotine.

Mettre au point un nouveau traitement pour faciliter l’arrêt du tabac

“La dépendance à la nicotine qui résulte du tabagisme à long terme est une épidémie mondiale. Nous montrons ici que les récepteurs nicotiniques contenant des sous-unités spécifiques, situés dans le système de récompense du cerveau, médient l'expérience des effets aigus et aversifs de la nicotine, selon les neurones qu'ils contiennent. Ces résultats fournissent des preuves contradictoires à la croyance populaire selon laquelle le système dopaminergique cérébral ne fait que médier les effets gratifiants de l'abus de drogues, et fournissent plutôt la preuve que les effets de motivation aversifs de la nicotine sont également signalés par ce système”, notent donc les chercheurs dans leur étude.

“Nos résultats mènent à une meilleure compréhension des substrats neurobiologiques de la récompense et de l'aversion pour la nicotine et peuvent donc mener à de nouvelles cibles possibles pour les traitements pharmacothérapeutiques de la dépendance au tabac.”

L’objectif à long terme serait de développer un médicament renforçant l’aversion à la nicotine, du style de l’Antabuse, qui provoque des nausées et des vomissements quand on ingère de l’alcool avec afin de dissuader les alcooliques de boire. 

Cancer du poumon, asthme, problèmes de peau, maladies cardiovasculaires, anxiété…

Les conséquences néfastes du tabac sur la santé sont très larges. Le tabagisme est à l’origine de maladies cardiovasculaires, de 16 cancers (surtout celui du poumon) soit le tiers de tous les cas de cancer. Il peut entraîner 21 maladies chroniques, dont l’asthme, le diabète et le dysfonctionnement érectile, pour ne citer que les plus connues. Les fumeurs ont également plus de risques de développer ou d’aggraver des problèmes psychologiques comme l’anxiété, la dépression ou la nervosité. Enfin, le tabac fait vieillir la peau prématurément et, en plus de diminuer la qualité de vie (troubles du sommeil, efforts physiques difficiles), il réduit l’espérance de vie de dix ans.

En France métropolitaine, en 2015, “75 320 décès ont été estimés attribuables au tabagisme sur les 580 000 décès enregistrés”, a annoncé Santé publique France fin mai. Parmi ces décès 61,7% sont dus à un cancer, 22,1% à une maladie cardiovasculaires et 16,2% à une pathologie respiratoire (16,2%).

“Comme dans la plupart des pays industrialisés, le tabagisme reste la première cause de décès évitables en France”, notait l’organisme. Toutefois, les comportements sont en train de changer puisque, depuis 2016, le nombre de consommateurs quotidiens de tabac aurait baissé de 1,6 million en France.

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