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Jeunes mamans : après l'adolescence, la « matrescence »

Face au manque d'informations sur les changements psychiques et physiques qui accompagnent le début de la maternité, la psychiatre américaine Alexandra Sacks a mis au point le concept de matrescence, mot qui contracte "maternité" et "adolescence". 

Jeunes mamans : après l'adolescence, la « matrescence » Highwaystarz-Photography/iStock

  • Publié 25.05.2019 à 19h00
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"La meilleure maman du monde", "personne ne peut remplacer une maman", "toujours prête à pardonner, toujours la plus courageuse"… Chaque année à l’occasion de la fête des mères, ces dernières sont célébrées partout dans le monde et les bienfaits de la maternité vantés en long, en large et en travers. Mais si devenir mère est bien sûr magique pour des milliards de femmes, il s’agit également d’une transformation physique et psychologique extrêmement perturbante. Face au manque d’explications sur le sujet, Alexandra Sacks, psychiatre américaine spécialisée dans l’accompagnement des femmes enceintes et des jeunes mères, a puisé dans l’anthropologie pour trouver un mot des plus rassurants pour désigner ce chamboulement : la matrescence, contraction de "maternité" et "adolescence".

"Vous souvenez-vous de quand votre corps s’est mis à changer de façon étrange et que tout le monde s’attendait à ce que vous réagissiez de façon adulte ? C’était l’adolescence. Ces mêmes changements arrivent à une femme qui attend un enfant et nous n’avons même pas de mot pour définir ce processus. Nous en avons besoin", amorce-t-elle dans une conférence TED donnée il y a un an.

"J’ai reçu de nombreux appels de femmes me disant : "je viens d’avoir un enfant et je suis inquiète, je ne suis pas faite pour cela, cela ne me plait pas, est-ce que je fais une dépression post partum?"", se souvient-t-elle. "Je liste les symptômes et je réalise qu’elle ne souffre pas de dépression mais cela ne la rassure pas. Elle n’est pas censée se sentir comme ça, assure-t-elle. Je lui demande alors : "à quoi vous attendiez-vous ?"" Je m’attendais à ce que la maternité me fasse me sentir entière et comblée. Je pensais que mes instincts maternels me diraient quoi faire, je pensais que je voudrais toujours faire passer le bébé en premier", me répond-elle"". Et la psychiatre d'assurer : "ce sont des attentes surréalistes".

"Tout tourne entre une attraction et le rejet"

Elle poursuit : "Je ne savais pas comment les aider car leur dire qu’elles n’étaient pas malades ne les aidait pas à se sentir mieux. Je voulais trouver un moyen de normaliser cette transition (…). Je n’ai pas trouvé grand choses dans les livres médicaux, je me suis tournée vers l’anthropologie et cela m’a pris deux ans pour trouver un mot convenable : matrescence. Cela n’est pas un hasard si ce mot ressemble à adolescence. Ce sont deux époques où les hormones se bousculent. Comme l’adolescence, il ne s’agit pas d’une maladie, donc les médecins n’en parlent pas. C’est pourquoi, on confond ça avec une affliction plus sérieuse : la dépression post-partum".

Avec la matrescence, "tout tourne entre une attraction et le rejet", explique Alexandra Sacks. Grâce à l’ocytocine, une hormone produite au cours de la naissance, "le cerveau de la mère zoome, cette hormone attire son attention pour que le bébé soit désormais le centre de son monde”, développe-t-elle. Et si ce processus est vital pour la survie de l'enfant, "en même temps, son esprit (de la mère, NDLR) rejette cela car la mère se souvient que son identité a tant d’autres composantes -d’autres relations, son travail, ses loisirs, une vie spirituelle et intellectuelle, sans parler des besoins physiques: dormir, manger, faire de l’exercice, avoir des rapports sexuels, aller aux toilettes, seule". "Si ces femmes savaient que la plupart des autres trouvent ça dur, si elles savaient que l’ambivalence est normale, elles se sentiraient moins seules et moins stigmatisées. Il n’y a pas de quoi avoir honte", assure la psychiatre, encourageant toutes les femmes à s’exprimer sur le sujet afin de briser le tabou qui l’entoure aujourd’hui.

Prendre la parole pour réduire les dépressions post-partum

Persuadée que la prise de parole pourrait aider à réduire le nombre de dépressions post-partum, Alexendra Sacks enchaîne les interventions dans les médias et a créé de nombreux groupes pour faire témoigner les jeunes mamans. Elle a également co-écrit avec Catherine Birndorf, directrice du Motherhood Center à New York City, un livre intitulé Ce que personne ne vous dit : un guide pour comprendre vos émotions de la grossesse à la maternité. "Il existe tellement de livres sur comment préparer le corps et le bébé mais il s’agit également de votre cœur et de votre état d’esprit, cela peut bien et mal se passer en même temps", explique-t-elle pour présenter son ouvrage dans l’émission américaine Modern Motherhood.

Inspirée par son travail, la journaliste sportive française Clémentine Sarlat a créé il y a quelques mois le podcast La matrescence qui recueille des témoignages de mères qui ont mal vécu l’allaitement ou évoque la charge mentale des nouvelles mamans. Mais ce podcast ne se focalise pas seulement sur les femmes. Il s’adresse également aux jeunes pères avec des épisodes intitulés Etre père sans plonger dans la masculinité toxique ou Peut-on apprendre à être parents.  

Ainsi donc la materescence est à ne pas confondre avec la dépression post-partum, trouble psychiatrique post-natal qui touche 10 à 15% des jeunes mères. Son diagnostic repose sur les critères d’un épisode dépressif majeur, avec comme spécificité une apparition des symptômes dans les 4 ou 6 semaines suivant l’accouchement (certaines mères sont toutefois frappées par la maladie jusqu’à un an après la naissance). Les symptômes les plus fréquents sont des difficultés à s’endormir, des conduites hyperactives, des difficultés de concentration, de l’irritabilité, de l’anxiété, une fatigue permanente et troubles de l’interaction avec l’enfant.

Voir ci-dessous une intervention télévisée d'Alexandra Sacks (en anglais) :

 

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