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Verdict

Pesticides : la justice reconnait l'origine professionnelle de Parkinson chez un arboriculteur

La justice a reconnu jeudi 15 avril l'origine professionnelle de la maladie de Parkinson de Marcel Geslin. Décédé en juin dernier, l'homme avait travaillé pendant 37 ans dans la même entreprise arboricole.  

Pesticides : la justice reconnait l'origine professionnelle de Parkinson chez un arboriculteur otokostic/iStock

  • Publié 27.04.2019 à 10h06
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Un combat remporté après la mort. Jeudi 25 avril, la justice a reconnu l’origine professionnelle de la maladie de Parkinson de Marcel Geslin, un ancien employé arboricole décédé en juin dernier à 74 ans. Le 15 avril, le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass) du Maine-et-Loire a infirmé la décision de la commission de recours amiable de la Mutualité sociale agricole (MSA) de ce département. En octobre 2017, cette dernière avait rejeté la demande de reconnaissance de l'origine professionnelle de la maladie de Parkinson de Marcel Geslin.  "La maladie de Monsieur Geslin doit être prise en charge au titre de la législation sur les risques professionnels", conclut aujourd’hui le Tass dans son jugement, demandant à la MSA de Maine-et-Loire "d'opérer en conséquence les régularisations financières".  

Marcel Geslin a travaillé pendant 37 ans dans la même entreprise arboricole à Loiré, près d’Angers. "Il ne manipulait pas lui-même les produits phytosanitaires. Mais comme tous les employés à l'époque, il travaillait dans les rangs pendant et après les traitements", explique à la presse son frère et tuteur Michel Geslin, qui a mené le combat auprès de la justice.

En 2008, Marcel est tombé malade. Les spécialistes ont alors pensé à Alzheimer avant de lui diagnostiquer Parkinson quelques années plus tard. C’est alors que sa famille a lancé une demande de reconnaissance en maladie professionnelle provoquée par les pesticides. "Cette reconnaissance nous a été refusée une première fois en 2017 parce que le certificat initial de son médecin traitant n'avait fait mention que de 'troubles de mémoire'. Alors même que la Mutualité sociale agricole disposait de tous les avis des spécialistes", déplore Michel Geslin. En 2018, la justice réitère son refus pour des raisons de délai d’instruction.

"Nous avons fait bouger les choses"

C’est pourquoi, aujourd’hui, Michel Geslin est heureux. "C'est plus qu'une victoire pour l'honneur (…) Avec la médiatisation de l'histoire de mon frère, nous avons fait bouger les choses. D'autres victimes des pesticides se sont manifestées auprès de nous pour faire entendre leur voix et ne plus subir la loi du silence", s’enthousiasme-t-il.  

Bien évidemment, cette décision de justice a également été accueillie avec beaucoup d’espoir par le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest, créé il y a quatre ans. "C'est un cas emblématique car il montre que les organismes de protection sociale agricole, bien que parfaitement informés, préfèrent laisser filer. Pour qui veut faire reconnaître sa maladie, c'est un parcours du combattant", se réjouit son porte-parole Michel Besnard, cité par L'Obs. "Être reconnu en maladie professionnelle, c'est un dû pour tous ceux qui ont utilisé ou été exposés aux pesticides sans être informés des dangers, formés et protégés", renchérit le Collectif dans un communiqué, ajoutant que "Parkinson est au tableau des maladies professionnelles du régime agricole, comme maladie due aux pesticides". "Être reconnu en maladie professionnelle, c'est faire la preuve que ces pesticides rendent malades, tuent, anéantissent des familles", conclut le Collectif, qui revendique 14 reconnaissances auprès des Tass de sa région.

L’attribution d’une rente à vie

Et si ce chiffre peut impressionner, il est faible au regard du nombre de dossier recensés par Phytovictimes. Depuis sa création en 2011, l’association d’aide aux victimes professionnelles a réuni 429 cas à l’échelle nationale, dont 92 pour des maladies de Parkinson. "Une exposition à des pesticides peut entrainer divers symptômes : vomissements, nausées, maux de tête, grande fatigue, douleurs musculaires, eczémas, etc. Ceux-ci sont le signe d’une intoxication. Mais les pesticides peuvent aussi induire des pathologies lourdes : maladies neurodégénératives et troubles neurologiques (dont Parkinson), hypersensibilités chimiques multiples, leucémies, lymphomes, cancers du poumon, des reins, de la vessie, des testicules, du pancréas, de la prostate, de la peau, etc. Si vous avez déclaré de tels symptômes ou pathologies après avoir été exposé à des pesticides lors de vos activités professionnelles, vous pouvez demander la reconnaissance en maladie professionnelle. Cette reconnaissance permet la prise en charge des soins liés à la maladie, mais aussi l’attribution d’une rente à vie", est-il expliqué sur le site de l’association.

En 2017, les représentants de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) ont reconnu que l’usage de produits phytosanitaires était responsable de "2%" des maladies professionnelles des agriculteurs. "Il faudrait ne plus utiliser de produits chimiques bien évidemment", avait donc conclu Patrice Heurtaut, directeur de la santé-sécurité au travail de l’organisme de sécurité sociale agricole devant la Mission d’information sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.

Concernant Parkinson, cette dernière touche plus de 200 000 personnes en France. Il s’agit d’une maladie neuro-dégénérative qui se caractérise par la destruction des neurones à dopamine de la substance noire du cerveau. Ces derniers étant impliqués dans le contrôle du mouvement, les symptômes majeurs de la maladie sont la lenteur, les tremblements au repos et la rigidité. Si des traitements existent pour faciliter la vie des malades, rien ne permet pour l’heure d’arrêter l’évolution de l'affliction, qui varie énormément d'un patient à l'autre. 

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